Après moult tribulations afin de se rendre à destination, Spirou et Fantasio (et Spip, bien entendu) finirent par arriver à Dorval, en milieu d’après-midi, où un homme, fin vingtaine et cheveux noirs, les accueillit.

- Bienv’nu au PET, messieurs.

- Au quoi ? demanda Fantasio.

L’homme sourit, amusé de la réaction des reporters.

- L’aéroport Pierre-Elliot-Trudeau, bien sûr.

- Qui est-ce, ce Pierre Elliot Trudeau ? demanda Spirou. Il a dû faire quelque chose d’important pour que cet aéroport porte ce nom.

- Bof…

Jamais Spirou et Fantasio ne comprendront cette attitude.*

- En tout cas, j’me nomme Félix. Félix Charlebois.**

- Ah, c’est vous, le médecin qui devait venir nous chercher ? demanda Fantasio.

- Exact.

Soudain, Spip sortit du sac de Spirou en s’étirant.

- Ouf ! C’est plus confortable qu’un voyage en Fantacoptère ou en bateau.***

Entre temps, le médecin écarquilla les yeux à la vue de l’écureuil.

- C’t’un suisse, ça ?

- Non, il est belge, comme nous, assura Spirou.

- Non, j’veux dire si c’est une espèce d’écureuil.

- Avez-vous besoin de lunettes pour le savoir ? demanda Spip, vexé.

- Excusez-moi, c’est le stress qui m’rend comme ça. Si vous voulez bien me suivre…

Après avoir récupéré les bagages, le trio suivit Félix jusqu’à la sortie, où ils furent surpris par le grand froid. Au fait, veuillez prendre note que les sacres, français ou québécois, seront censurés.

- Pu***n ! s’exclama le blond – qu’est-ce que je disais ? C’est froid !

- En passant, reprit Félix, on dit pas pu***n, mais bien tab*****k.

- Je peux très bien dire ce que je veux !

- Ouais, mais vous aurez l’air fou.

- Dans les deux cas, ce n’est pas joli, dire de gros mots, se moqua le rouquin.

- Coudonc, vous êtes ben mal habillés ! On dirait des manteaux d’printemps ! J’comprends que vous ayez froid à moins vingt-huit degrés. V’nez, j’connais une place où trouver des anoraks.

Après avoir réussi à trouver l’automobile grise du médecin dans le stationnement, ils purent enfin partir et s’engager sur l’autoroute. Une trentaine de minutes suffirent pour arriver à la boutique que Félix privilégia. Bien entendu, Spirou et Fantasio choisirent leurs nouveaux vêtements d’hiver selon leur couleur fétiche. Puis, lorsque tout fut payé, il faisait déjà noir à l’extérieur.

- Maintenant qu’on est bien vêtus, commença Spirou, il faudrait maintenant connaître…

- Ce pourquoi vous êtes là ? interrompit Félix. Ouais, j’comprends.

-xxx-

Ils se retrouvèrent à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, dans l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie. C’était en ce lieu qu’étaient réunies toutes les personnes victimes de ce mystérieux loup-garou. Or, c’était aussi là que travaillait Félix.

- Heureusement, personne en est mort, expliqua-t-il. Mais, depuis quelques jours, nous avons dû les mettre en quarantaine.

- Quoi ? Ils seraient contagieux ? demanda Fantasio.

- Voyez par vous-mêmes…

Le médecin leur ouvrit une porte, derrière laquelle deux patients, tous deux de sexe masculin, étaient au lit, cloués par des bandes en cuir. Tous, hormis Félix, étaient impressionnés par la quantité phénoménale de pilosité sur ces endormis.

- Dites, constata Spip, est-ce qu’ils auraient un lien de parenté avec le chien du voisin ?

- Rassurez-vous, dit l’homme aux cheveux noirs, ne se souciant point des pensées de l’écureuil. Nous leur administrons un calmant sur chacun d’eux dans l’attente d’un remède.

- Ils seraient agressifs ? s’informa Spirou.

- Tous le sont. Toutes les victimes ont en commun une forte agressivité, une poussée de croissance dans le tissu musculaire, ainsi qu’une très forte montée de pilosité.

- Même chez les femmes ? s’étonna Fantasio.

- Même chez elles, ouais.

- En savez-vous la cause ? demanda le rouquin.

- Pour l’instant, non, mais nos chimistes travaillent sans arrêt sur ça.

Le temps s’écoula, jusqu’à très tard le soir, Spirou et Fantasio se renseignant avec Félix sur ce mystérieux mal. Quoiqu’il en soit, l’origine ne fut pas encore trouvée. Le médecin leur suggéra de les conduire jusqu’à l’hôtel, mais avant, le blond sortit de l’hôpital pour fumer sa pipe, les lois interdisant de fumer à l’intérieur de l’hôpital. Son meilleur ami le rejoignit peu après, accompagné de son fidèle animal de compagnie.

- Alors ? lui demanda-t-il.

- J’ai les doigts qui gèlent ! râla Fantasio. Non, mais qui a eu la brillante idée de faire fumer les gens à moins cinquante degrés ?

Spirou sourit, amusé.

- Est-ce que tu as déjà essayé d’arrêter ?

- Non ! Je déteste perdre mes habitudes.

- Même les mauvaises ?

- Surtout les mauvaises !

Un léger sourire apparut sur les lèvres du fumeur.

- Après tout, personne est parfait.

Lentement, il laissa échapper la fumée de ses poumons. Soudain, il entendit un tumulte provenant de l’hôpital.

- Ce n’est pas normal, constata le rouquin.

- Il fait froid, je pourrais au moins fumer en paix ? protesta son ami.

Un éclat de fenêtre au deuxième étage fit changer d’avis pour Fantasio. Une des victimes du loup-garou, en jaquette d’hôpital et recouvert d’un pelage brun, se releva sans problèmes et courut vers nos héros, une lueur menaçante dans ses yeux.

- Aïe aïe aïe ! s’alarma Spip. Maintenant, je suis convaincu qu’il est plus dangereux que le chien du voisin !

- Vite, retournons à l’hôpital ! suggéra Spirou.

Malheureusement, l’étrange créature leur coupa le chemin avant d’y parvenir.

- Mauvaise idée ! déclara Fantasio. Demi-tour !

Le rouquin approuva cette alternative et le suivit, l’écureuil sur ses talons. Cependant, ce n’était pas ainsi qu’ils allaient semer leur assaillant, qui les rattrapaient de plus en plus vite. À la vue d’une ruelle entre deux immeubles, Spirou proposa :

- Fantasio ! Il faut se séparer !

Comprenant que, une fois séparés, l’un d’eux allait être épargné, le blond lui répondit :

- Je prends la ruelle !

Et ils se séparèrent. Le rouquin ne se retourna pas, préférant garder ses énergies pour sauver sa peau, au cas où il était toujours poursuivi. Or…

- Iiiik !

Averti par Spip, il se retourna : la dangereuse bête n’était pas derrière eux…

-xxx-

Un cul-de-sac ! Pris dans une impasse, Fantasio fit volte-face : elle était là, se léchant les babines de plaisir. Haletant, l’adrénaline à fond, il prit la première chose à portée de main : un couvercle de poubelle.

- Allez, approche ! hurla-t-il. Les gros méchants loups ne me font pas peur !

Le gros méchant loup en question s’élança vers lui, mais Fantasio calcula mentalement le moment opportun pour le frapper. Utilisant le couvercle à la fois comme bouclier et masse, il le propulsa contre la gueule de la créature, qui retomba au sol, assommée.

- Alors, là, c’est incroyable ! pensa le blond. Je suis génial !

La tête remplie de fierté, il ne vit cependant pas le dard qui l’endormit…

-xxx-

Dans son approche, Spirou s’arrêta et se cacha derrière des escaliers.

- Cette voiture n’était pas là lorsque nous avons couru, remarqua-t-il en voyant l’automobile, immobilisée devant la ruelle.

Il vit une des portes s’ouvrir alors que deux silhouettes emportèrent avec eux un homme, probablement inconscient. Le rouquin pâlit d’effroi en reconnaissant les mèches blondes de ce dernier. Fantasio !

Spip, reconnaissant lui aussi le meilleur ami de son maître, courut vers la voiture et s’y faufila, bien avant Fantasio et ses ravisseurs. Spirou voulut rappeler son écureuil à l’ordre, mais un coup à la tête l’envoya dans les ténèbres de Morphée…



(*) Mais moi, je peux vous l’expliquer ;) Pierre Elliot Trudeau a été Premier ministre du Canada de 1968 à 1979, puis de 1980 à 1984. Il a, entre autres, établit des relations avec la Chine communiste ainsi que rapatrier la constitution canadienne sans l’accord du Québec. Les souverainistes québécois ne l’ont pas pris, dont notre homme qui accueillit Spirou et Fantasio ;) Mais bon, la fic n’est pas là pour plaider la cause souverainiste, alors retournons au programme principal :P (**) Un mélange de Félix Leclerc et de Robert Charlebois, deux chanteurs québécois bien connus en Europe, n’est-ce pas ;) ? (***) Voir L’homme qui ne voulait pas mourir