Cigarette au coin des lèvres, Fantasio tentait son possible afin de contacter Spirou. Il se maudissait de ne pas avoir sur lui son téléphone portable, qu’il avait laissé dans leur chambre d’hôtel. Après le cinquième essai, il raccrocha, énervé, et sortit de la cabine téléphonique extérieure.

- Tu n’as pas réussi ? demanda Seccotine, qui l’attendait avec Spip.

- Tu es perspicace, toi !, ironisa le blond.

- Allons, son portable est peut-être fermé, voilà tout.

- J’espère au moins qu’il va bien…

D’un sourire rassurant, elle lui répondit :

- Mais oui, ne t’inquiètes pas. On va le rappeler plus tard, tu vas voir…

- Alors, on y va ? s’impatienta Spip. Je n’ai pas envie de finir en esquimau.

Tous embarquèrent dans le véhicule loué de Seccotine.

- Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? demanda Fantasio.

- Retrouver tes ravisseurs.

- Quoi ?!?

Le regard de la jeune femme se faisait sérieux.

- Mon intuition féminine me dit que c’est ici qu’ils devaient t’amener. Il y a forcément une raison…

- Je m’excuse, mais Québec, c’est une ville comme une autre.

- Alors là, tu te trompes ! Québec est la première cité fortifiée en Amérique du Nord. Elle fut fondée en 1608 par Samuel de Champlain et servit, entre autres, à la traite des fourrures, dont celle du castor, populaire en Europe à cette époque.*

Devant l’étonnement du journaliste, elle sourit.

- Voilà pourquoi j’étais ici. Pour les préparatifs du 400ème anniversaire de fondation.

- Ça va, je n’ai pas besoin d’un cours d’histoire…

- Au moins, ils ne prenaient pas la fourrure des écureuils, se rassura Spip.

Soudain, Seccotine s’arrêta brusquement, envoyant Fantasio contre le tableau de bord (puisqu’il n’était pas attaché).

- Ne me dis pas que c’est encore ces pu***ns plaques de glace ! se fâcha-t-il.

Sans lui répondre, la blondinette sortit de la voiture et son collègue comprit pourquoi : un traîneau à chiens a été renversé et les chiens en question, du nombre de quatre, ne cessaient d’aboyer. Heureusement, il y avait déjà quelqu’un pour calmer la petite meute. Fantasio et Spip décidèrent donc de venir en aide à la jeune femme.

- Ce n’était pas compliqué, remarqua Seccotine, une fois le traîneau rapidement remis en place.

Les chiens finirent par se tranquilliser. L’inconnu vint vers le trio, où il enleva ses lunettes de ski et abaissa son capuchon d’anorak jaune, révélant de longs cheveux châtains. Une femme !

- Merci de m’avoir aidée !

- Oh… euh… répondit Fantasio, agréablement surpris. C’est naturel d’aider une si jolie femme comme vous.

- Ça y est, il recommence ! soupira Spip, reconnaissant le caractère donjuanesque du blond.

- Je me présente : Katy Hudson.

- Enchantée. Moi, c’est Sophie. Seccotine pour les intimes.

- Sophie ?!? La célèbre Sophie, reporter internationale ?

Modestement, la blondinette répondit :

- Oui.

- Oh, vous êtes mon idole ! Risquer sa vie pour mettre la vérité à nu… C’est très héroïque de votre part !

- Vous savez, je suis journaliste moi aus-

- Vous en avez dû voir, des vertes et des pas mûres !

Fantasio, voyant que Katy ne s’intéressait pas à lui, enragea secrètement contre Seccotine, la cause de ce désintérêt.

- Vous savez quoi ? Pour vous remercier, je vous invite à prendre un café !

- Pourquoi pas ? accepta la reporter. Ça va nous réchauffer un peu…

Après s’être donné rendez-vous à un des restaurants du Vieux-Québec, la musher retourna à son traîneau alors que la blondinette retourna à son véhicule, où son collègue et Spip l’attendirent.

- Oh, c’est vrai ! se rappela soudainement Seccotine. Les ravisseurs ! J’avais oublié…

- Il était temps que tu t’en souviennes…

- Mais je ne peux refuser son invitation, se défendit la jeune femme. Désolé, Fantasio, mais ce sera pour plus tard…

Furieux, le journaliste sortit de la voiture. Le plus froidement possible, il lui dit :

- Alors, amuse-toi bien !

Et il claqua la porte. Seccotine posa son front contre le volant, soupirant.

- Ik ?

Elle tourna sa tête, voyant Spip la regarder intensément. Elle lui sourit.

- Heureusement que tu es là, dit-elle en le caressant.

- Entre un jaloux et une sympathique, le choix est vite fait, rassura l’écureuil.

-xxx-

- Elle se pense meilleure que moi, hein ? Oh, regardez-moi : je suis Miss-je-sais-tout-et-j’ai-tous-le-monde-à-mes-pieds ! Elle ne m’aura pas, moi ! Pfft ! J’ai vraiment besoin de relaxer!

Suite à ce défoulement intérieur tout au long de sa marche sur le trottoir, Fantasio chercha ses cigarettes dans la poche de son anorak lorsqu’il vit un attelage de chiens s’approcher dangereusement de lui. Il oublia sa dose de nicotine et se dégagea de leur chemin. Les deux pieds dans la rue, il provoqua un bouchon de circulation alors que le traîneau passa en trombe, les chiens aboyant furieusement.

- Chauffard ! hurla le blond au musher au manteau orange.

- Cr**s de piéton, vas-tu bouger ton c*l ? cria un conducteur d’automobile.

-xxx-

Dans un restaurant chaleureux, une serveuse vint apporter les breuvages à Katy et Seccotine.

- Voici les cafés. Mais je vois pas pourquoi vous avez commandé un chocolat chaud.

- Oh, j’aime bien un peu de sucré après l’amer, sourit Seccotine.

Dès que la serveuse fut hors de vue, la blondinette laissa sortir Spip de son manteau et le laissa s’abreuver de ce chaud liquide.

- Il est mignon, votre animal de compagnie.

- Oh non, il appartient à mon collègue.

- Le blond ?

- Non, un autre collègue. Un bon ami à moi…

Comme leur table donnait sur une grande fenêtre, la blondinette pouvait voir à l’extérieur les quatre chiens de traîneaux, attachés à un poteau, mais pourtant calmes, malgré les grimaces que Spip leur faisait.

- Vos chiens aussi sont mignons.

- Merci. Mais ce sont avant tout des champions. Je les entraîne pour la course qui aura lieu dans pas long.

- La Grande Virée** ?

Souriant légèrement, Katy lui répondit :

- On ne peut rien vous cacher…

- C’est mon métier, vous savez.

Quelqu’un s’assoit près d’eux, laissant les deux femmes surprises.

- Fantasio ? s’exclama Seccotine. Tu saignes du nez !

- Mais non, j’ai seulement appris ce que voulait dire « manger une volée ».

Il prit un napperon, qu’il appliqua contre sa blessure.

- C’est incroyable le nombre de cinglés dans une même ville…

- Que vous est-il arrivé ?

Voyant que Katy était intéressé par son sort, Fantasio laissa paraître son plus beau sourire.

- Oh, rien de grave. Une meute de chiens a failli passer sur mon corps, mais mon instinct m’a évité une telle catastrophe…

- Attendez ! Une meute de chiens ? Avec un traîneau ?

- Oui, pourquoi ?

Il commençait à comprendre que c’était plus son histoire et non lui-même qui la captivait.

- Savez-vous à quoi ressemblait le musher ?

- Le quoi ?

- Le maître des chiens de traîneaux, traduit Seccotine.

- Attendez… Ah oui ! Il portait un manteau orange.

Le visage de la châtaine s’assombrit.

- Toujours lui !

- Lui ? demanda la blondinette.

- Oui, qui est-ce ? voulut savoir Fantasio.

- Il se nomme Michael Peterson. Un des meilleurs mushers du circuit. Mais ses chiens sont si agressifs… que je le soupçonne de dopage.

- Dopage ? s’exclamèrent le duo blond en même temps.

- Chut, pas si fort !

- Je peux pas croire qu’on puisse faire ça, se désola Seccotine.

- Tu sais, avec ce qui se produit en sport, tout est possible, répondit son collègue. J’ai même entendu parler que certains chevaux étaient dopés avant les courses.

Soudain, une idée s’illumina dans l’esprit de Katy.

- Mais vous êtes journalistes ! Vous le saurez si cela est vrai pour les chiens !

Enquêter sur cet obscure affaire ? Voilà qui pouvait être intéressant. Mais Fantasio pensa à son meilleur ami, dont il n’avait pas la moindre idée où il pouvait être. Mais s’il abandonnait ce projet, ce sera Seccotine qui s’en chargera. Et à elle, la première page ! Non, il n’allait pas la laisser s’en sortir aussi facilement ! Et puis, il était prêt à faire plaisir à Katy…

- Je veux bien vous aider.

- Mais Fantasio ! répondit Seccotine. Et Spirou, là dedans ?

- Je suis sûr qu’il va bien.

- Appelle-le, au moins.

Il le fit, toujours sur un téléphone publique, mais toujours pas de réponse.

- Tu vois ? répliqua le blond en revenant à sa place. Alors, en attendant que je le retrouve, je vais le faire.

- Alors, ce sera en équipe, assura Seccotine, souriante.



(*) On parle justement de l’économie de la Nouvelle-France (seule colonie française en Amérique) dans mon cours de littérature québécoise. Ça m’a un peu influencé ^^
(**) Course ayant lieu à Québec durant le Carnaval de Québec, un des plus importants festival d’hiver au monde