[Fic] Les crocs de l'hiver - Chapitre 9
Par Kristaline, mercredi 30 août 2006 à 20:06 :: [Fanfictions] :: #191 :: rss
Titre: Les crocs de l'hiver - Chapitre 9 : Les liens se resserrent
Auteur: krystalyne
Rating: R
Disclaimer: Éditions Dupuis
Notes: Autre chapitre classé R
Des aboiements à n’en plus finir, amplifiant le terrible mal de tête de Fantasio, ligoté solidement sur une chaise. Il ouvrit péniblement les yeux et, bien qu’entravées de la même manière que lui, il fut soulagé d’avoir Seccotine et Katy dans son champ de vision.
- Fantasio ? lui demanda sa collègue, inquiète. Tu vas bien ?
Un faible sourire suffit pour la rassurer. Cette attention qu’elle lui portait… il ne détestait pas ça. Ayant soudainement conscience de cette pensée, il attribua cette « divergence » au coup reçu dans la voiture.
Maintenant l’esprit en éveil, il tourna sa tête dans les deux sens et vit, depuis la seule ampoule électrique, des chiens en cage. Des huskys, des malamutes, des alaskans… tous faits pour la course en traîneau. Pas de trace de Spip…
- J’espère qu’il ne lui ai rien arrivé, pensa-t-il.
Puis, il vit, à côté de lui, un homme à l’anorak orange : Michael Peterson ! Ce dernier avait une tête blonde, plus cendrée que celle de Fantasio ou de Seccotine. Tête qui était penchée à l’avant, les lèvres entrouvertes. Trou dans son manteau et chute rouge… qui finit au bas de sa chaise, dans une mare de sang.
La nausée prit d’assaut le journaliste alors que deux hommes s’approchaient des captifs.
- C’est ce qui arrive lorsqu’on ne paie pas ses debitos…
Fantasio les reconnut immédiatement : c’était eux qui l’avaient enlevé, à Montréal…
- Quoi ? fit Katy. Vous l’avez… tué ?
- Gli affari sono gli affari.
- Dites, ce serait bien que vous parliez français sans avoir à utiliser l’italien à toutes les phrases, suggéra le blond.
Devant l’attitude menaçante de celui dans la quarantaine, il ne put que rire nerveusement et ajouter :
- Mais vous pouvez faire ce que vous voulez. Et puis, j’adore la sonorité de l’italien…
- Silenzio !
Le cri de l’autre homme fit taire Fantasio, victime d’un autre élancement venant de la région cérébrale.
- J’ai mal… Donnez-moi des Aspirines, n’importe quoi pour soulager ça…
- J’ai un bon remède… dit cet autre homme, pointant une arme sur la tempe du reporter.
-xxx-
Spirou fulmina. Mais il était aussi angoissé. Cependant, il était aussi reconnaissant envers Félix, qui emprunta l’autoroute en direction de Québec.
Il lui raconta en détail l’appel de Fantasio, puis la fuite de Luna.
- Attends une minute, interrompit le médecin. La fille d’à matin était là ? Dans la même chambre que toé ?
Voyant le regard honteux du jeune homme, il ne put s’empêcher de sourire.
- Mon vieux, tu l’as fourrée, mais tu t’es fait fourré toi aussi.
Et comme le regard honteux se métamorphosa en un regard haineux, il s’excusa.
- Come on, c’pas grave. Ça arrive à tout l’monde…
Le rouquin soupira. Puis, il sortit son portable et lui montra la photo.
- Est-ce que tu connais cette place ?
- Si j’connais ça ? C’t’un resto d’un Vieux-Québec. Mais ça coûte un bras aller manger là-d’dans.
- Je ne veux pas aller manger là, je veux juste que tu me conduises là.
- Ok. J’pensais pas le refaire un jour, mais… attache ta tuque !
- Quelle tuque ?
Brusquement, Félix appuya sur l’accélérateur.
-xxx-
- Per favore !
L’homme à la gâchette fixa Seccotine, qui le regarda fermement.
- Dites-nous au moins si monsieur Paterson est mort à cause des hormones…
- Quelles hormones ?
- Celles qui rendent les chiens agressifs et qui nous empêchent de nous entendre ! cracha Katy.
L’homme pointa son arme sur la musher.
- Vous en savez un peu trop. Je pourrais vous tuer… mais vos commanditaires seraient prêts à tout pour vous retrouver. Vous faites un bel otage, vous savez…
- Et nous ? demanda Fantasio.
- Vous allez crever ! répondit celui dans la quarantaine.
- Ah, putain, c’est pas vrai !
-xxx-
À haute vitesse folle, le véhicule de Félix avait dépassé Trois-Rivières. Les voilà donc à mi-parcours.
- J’ai une bonne nouvelle pour te remonter l’moral, annonça le médecin. Avant de quitter l’boulot, les policiers ont capturé le loup-garou qui avait mordu tous nos patients. Figure-toé que, d’après les papiers qu’il avait sur lui, c’est un musher, un gars qui élève des chiens d’traîneaux. Les chiens en question étaient à la SPCA, où on a pu faire un prélèvement. Et… bingo ! Y’avaient des hormones dans l’sang !
- Des hormones ?
- (Bon, d’accord, ça ne concerne pas les loups-garous, mais Seccotine, Katy et moi croyons fortement qu’il y a un trafic illégal d’hormones pour les chiens de traîneaux. Et devine d’où ça vient ?)
- Le trafic illégal ! s’exclama Spirou. Le musher s’est fait mordre par ses chiens et a contaminé d’autres humains !
- Ça explique tout.
Soudain, une alarme de police retentit.
- Bonjour, la police !*
- Il faudrait s’arrêter…
- Es-tu malade ? Faut sauver ton chum !
Et Félix accéléra de plus belle…
-xxx-
Ça y est, il allait mourir bêtement, comme ça, dans un chenil transformé en laboratoire… D’innombrables souvenirs lui vinrent en tête, même ceux dont il ne se rappelait point, mais tous convergeaient à ce visage, souvent source d’un conflit qu’il avait nié jusqu’à maintenant.
Physiquement, il n’avait rien à lui reprocher. Elle était mignonne et désirable. C’était plutôt à son caractère très ambitieux qu’il lui en voulait, cause de nombreux reportages volés sous son nez. Elle était sa rivale et, s’il y avait une chose qu’il ne faisait pas, c’était bien de coucher avec l’ennemi.**
Mais pourquoi cette obsession dans son esprit ? Il devait s’en débarrasser, quitte à recevoir le coup…
- Euh… puis-je avoir une dernière volonté ?
- On peut toujours essayer, accorda le plus vieux des deux mafiosos.
- En fait… tout dépendra de la blondinette que vous voyez.
- De moi ? s’étonna Seccotine.
Oublier son orgueil… Ouvrir son cœur…
- Toi seule peut tout clarifier ce qui m’embête depuis longtemps…
- Je veux bien t’aider. Dis-moi ce que tu veux.
Que leur rivalité n’ait rien à voir. Qu’il n’y ait qu’eux, en tant qu’êtres humains…
- Un baiser.
La jeune femme rougit à cette proposition. Était-ce bon signe ?
- C’est d’accord, sourit-elle.
On la détacha, tout en lui faisant promettre de ne pas s’enfuir. Elle avança vers Fantasio, confiante, se pencha sur son visage et l’embrassa. Cela dura quelques secondes mais, avant qu’elle ne retire ses lèvres, il étira son cou de façon à prolonger ce moment.
Il eut sa confirmation : il l’aimait ! Et il voulut que cet instant ne se termine jamais… Malheureusement, Seccotine fut ramenée en arrière.
- Sur ta chaise ! ordonna celui qui avait une arme.
Mais avant qu’elle s’exécute, elle chuchota au blond, taquine :
- Il était temps…
Alors qu’elle était à nouveau attachée solidement, un troisième homme arriva par une porte conduisant à une autre pièce.
- Messieurs, notre prétendu spia aurait du sang italien, lui aussi.
- Je ne suis pas un espion ! hurla une voix dans l’autre pièce.
- Si !
- Noooo !!!
- Siiiiii !!!
- Rhôôôô !!!
- Désolés, mesdames et messieurs, mais il est temps pour vous de faire dodo, dit l’homme armé.
Et les mafiosos leur administrèrent à chacun une dose de somnifère…
-xxx-
La poursuite n’avait pas cessé entre la voiture en fuite et les policiers.
- J’espère que tu sais quoi faire… s’inquiéta Spirou.
- Rendus à Québec, j’te jure qu’y nous r’trouvera pus…
À l’approche de la ville, ils empruntèrent une sortie, dans laquelle le virage était serré. Heureusement, le médecin avait le contrôle, malgré le froid, la neige et la glace.
- J’t’avais-tu dit que j’avais fait des courses de char quand j’tais jeune ?
- Non.
- Maintenant, tu l’sais.
Avec la patience digne de son métier, il réussit à semer les représentants de la loi. Puis, avant de sortir du véhicule, il dit :
- Envoye, sors de là pis cours !
Le rouquin ne le questionna pas immédiatement. Il le fit cependant lorsqu’il arriva à sa hauteur.
- Pourquoi ?
- C’est ben simple : c’est pour éviter d’nous retrouver !
Le journaliste espéra que le médecin savait quoi faire…
(*) Référence à une chanson de RBO (Rock et Belles Oreilles), groupe humoristique québécois connu dans les années ’80 et ’90.
(**) Moi, j’en connais un qui l’a fait (sauf qu’il ne savait pas que la fille était dans le coup :P)
Glossaire italien/français :
Debitos : dettes
Gli affari sono gli affari : Les affaires sont les affaires.
Per favore : S’il vous plaît
Spia : Espion
Glossaire québécois/français :
… tu l’as fourrée, mais tu t’es fait fourré toi aussi : On peut traduire comme ceci : « tu l’as baisée, mais tu t’es baisé toi aussi ». N’oubliez pas que « fourrer » est considéré comme vulgaire 
Attache ta tuque : Expression voulant dire « accroche-toi bien »
SPCA : Société protectrice canadienne des animaux
Chum : dans le contexte, ça veut dire : « ami »
Char : auto

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