Pour la deuxième fois cette nuit, Fantasio ouvrit les yeux. Son mal de tête était moins pire, mais toujours présent par ces aboiements qui ne pouvaient cesser. Il évita de regarder le cadavre, qui gisait à ses côtés, et porta son regard sur Seccotine, toujours endormie.

Non, il ne regretta pas de lui avoir demandé un baiser. Maintenant qu’il savait exactement ce qu’il ressentait pour elle, il voulait se battre pour sa vie. Il y avait encore une chance de s’en sortir. Cependant, il devait défaire ses liens. Mais comment ?

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- On y est ! dit Félix, reprenant son souffle.

Spirou eut un serrement au cœur en voyant la voiture. La vitre, du côté du conducteur, avait bel et bien été fracassé par un coup de feu. La portière étant ouverte, il fut soulagé de voir qu’il n’y avait aucune trace de sang sur le siège, signe que personne n’a été blessé.

Il était plutôt étonné que la police n’était pas au courant de cela. Mais l’enlèvement s’étant fait dans une rue déserte, dans la nuit, et qu’il n’y avait que des commerces fermés autour d’eux, tout était facilement explicable.

Soudain, une boule de fourrure sauta dans les bras du rouquin.

- Spip ! Tu es sain et sauf !

- Enfin, tu es là ! Un peu plus et j’allais mourir congelé !

Sans plus attendre, l’écureuil se jeta au sol et sautilla sur place.

- Ik ! Ik !

- Kessé qu’y veut ? demanda le médecin.

- Spip, est-ce que tu sais où sont Fantasio et Seccotine ?

Le petit mammifère ne répondit pas et courut.

- Hé ! Attend-nous !

- Calvaire ! J’viens d’courir, moé…

Mais Félix suivit tout de même Spip et son maître. Ils prirent bientôt une ruelle, qui mena au bâtiment situé derrière le restaurant. Par la fenêtre, ils purent voir quatre personnes, attachées à une chaise, entourées de cages à chien.

- Ce sont eux ! reconnut Spirou.

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Soudain, Fantasio entendit un faible cognement. Quelle ne fut pas sa surprise de revoir son meilleur ami à la fenêtre. Il faillit crier sa joie, mais les mafiosos n’étaient peut-être pas trop loin.

Il l’expression songeuse du rouquin, il comprit que ce dernier tentait un moyen d’entrer dans ce chenil sans alarmer les travailleurs de l’ombre. Impossible d’ouvrir la fenêtre de l’extérieur. Il fallait d’abord débloquer le loquet qui assurait la fermeture.

Usant de ses forces, il sautilla avec sa chaise. Sa démarche était peut-être étrange, mais c’était la seule façon de se rendre à cette possible ouverture. Et puis, le ridicule ne tuait pas et il avait envie de garder sa peau.

Arrivé à la fenêtre, il étira une de ses grandes jambes sur le loquet. Seule la pointe du pied le toucha, ce qui n’était pas suffisant pour la poussée. Il dut se servir de son autre pied, qu’il plaça sur le mur, qui le servit à pencher sa chaise vers l’arrière, de façon à monter l’autre pied plus au hauteur.

Le problème, c’est que si le pied était plus haut, il était plus loin de son objectif. Ceci obligea Fantasio à se coller le plus possible au mur, puis il recommença. Il usa de toute la souplesse qu’il pouvait avoir, donna un solide coup de pied au loquet… et perdit l’équilibre.

La chute lui valut tout un choc à la tête, mais rien n’était cassé, heureusement. Avec ce fracas, Spirou comprit que le temps était maintenant compté et entra le premier à travers la fenêtre, désormais déverrouillée. Il redressa son collègue et, tout en dénouant les liens, lui chuchota :

- Je te félicite, mon vieux.

- Pas de quoi… marmonna le blond, encore assommé.

Entre temps, Félix défit les entraves de Katy alors que Spip grugea celles de Seccotine. Les deux femmes n’ayant pas encore repris conscience, le rouquin crut bon que ces dernières devaient être en sûreté les premières.

- Félix, tu repasses par la fenêtre.

Tel un félin, le médecin repassa dans la même ouverture. Spirou, qui avait pris la musher dans ses bras, la passa délicatement dans ceux du Montréalais, qui partit aussitôt. Il ne fit qu’un demi-tour et vit trois inconnus, leurs armes chargées.

- Il est temps pour nous de vous dire addio, dit celui dans la quarantaine.

Au même moment, Seccotine, blottie contre Fantasio, s’éveilla. Ses yeux confus croisèrent ceux de son porteur.

- Fanta… ?

- Chut… murmura-t-il. Tout va bien aller…

Décidément, il s’était passé quelque chose entre eux… Voilà pourquoi le journaliste se plaça devant eux.

- Épargnez-les, dit-il fermement. Et tuez-moi.

- Spirou, c’est de la folie !

Le rouquin ne prit pas compte de l’avis de son ami et ajouta :

- Qu’attendez-vous ? Je n’ai rien à perdre !

Or, avant que l’un d’eux décide de l’achever, voilà qu’un coup de poing assomma ce dernier.

- Je vous défends de vous en prendre à lui !

- Luna !

Spirou n’était pas réjoui à l’idée de la revoir. Au contraire, son cœur blessé se remplissait de haine. L’Italo-américaine ne remarqua pas cette attitude et continua à engueuler ses hommes.

- Bandes d’idiots ! Vous ne savez pas faire la différence entre un espion et un mafioso !

- Rhôôôô !!! râla « l’espion » dans l’autre pièce.

Fantasio, qui voyait dans cette dispute une bonne occasion de fuir, prit une tentative, mais l’un des hommes de Luna remarqua le geste et tira tout près de lui.

- Voyez ce qui arrive lorsque vous nous engueulez, patronne, dit-il.

- Je m’en fiche ! Maintenant, nous allons tout laisser à l’abandon et allez me suivre gentiment !

Cependant, discret comme toujours, Spip avait escaladé les cages à chien, évitant habilement les coups de griffes des animaux, enragés d’être prisonniers.

- Il est temps que nous nous en mêlons, n’est-ce pas ?

Agile, il ouvrit une porte, libérant un husky. Ce dernier projeta sa fureur contre ceux qui l’avaient mis en cage, c’est-à-dire les mafiosos. Puis, ce fut deux, puis trois, puis quatre…

- Attention, patronne ! Certains d’entre eux ont les hormones !

- Lesquels ?

- Euh…

- Tant pis, je m’en charge !

Voyant une arme dans ses mains, Spirou n’hésita pas et la désarma d’un coup de pied. Par contre, ce n’était pas suffisant pour la rendre totalement inoffensive et elle faillit l’assommer une nouvelle fois. Tout la meute étant libéré, elle n’eut d’autre choix que de s’enfuir…

- Spirou ! Il faut y aller !

Fantasio avait raison. Le rouquin refoula sa rage au fond de lui et appela Spip. Ce dernier, fier de son plan, sauta volontiers sur son épaule. Seccotine, qui avait retrouvé toute sa conscience, les attendit de l’autre côté de la fenêtre. Quelques mètres plus loin, ils furent rejoints par des policiers.

- Ne bougez pas !

- Quoi ? fit Seccotine, étonnée. Mais on se sauve de la mafia !

- Eille ! protesta une voix au loin. J’voulais juste aider un ami, câliss !

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Heureusement, les malentendus furent vite dissipés au poste de police. Cependant, le permis de conduire de Félix fut saisi pendant trois mois. Au moins, j’suis pas en prison, se consola-t-il.

Les chiens, capturés par la police, furent confié à la SPCA. Puisque les nanorobots n’étaient que temporaires, ils finirent par être éliminés par l’urine et tous les canidés retrouvèrent leur propre caractère. Il en était ainsi pour les humains, dont les premières victimes reprirent leur apparence originelle quelques jours plus tard.

- C’est beau, vous pouvez partir, dit l’enquêteur à Spirou, Fantasio, Seccotine, Félix et Katy. Quelqu’un m’a avoué que vous en faites pas partie.

Mais qui ? Spirou eut sa réponse en voyant Luna, escorté par un policier et une policière. La criminelle fit un sourire qui troubla le rouquin pendant quelques secondes. Puis, il se ravisa. Elle avait joué avec son cœur ! Elle méritait d’être incarcérée pour ses crimes !

- Tu viens, vieux ? lui demanda Fantasio. Une bonne nuit de sommeil nous attend.

Il le suivit, espérant que ceci allait panser ses blessures de l’âme…