Il avait passé des nuits blanches à le concevoir. Il avait même consulté des dizaines de livre pour mieux se préparer. Tout était prévu sur un plan, esquissé en vitesse, qu’il suivait pourtant rigoureusement.

Bien sûr, il n’avait pas toujours le temps pour le faire. Et étrangement, lui qui adorait s’y adonner, il lui arrivait de ne pas en avoir envie certains soirs. Mais finalement, après des mois de labeur, Fantasio allait mettre en ligne son blogue – et non, il n’avait pas l’intention d’avoir un enfant (mais que faites-vous pour imaginer pareils trucs ?).

Enfin, il allait maintenir un contact direct avec les internautes du monde entier. Bien entendu, il avait son propre site sur la toile, mais la mode était maintenant à ces journaux, remis constamment à jour. Certains racontaient leur vie, d’autres commentaient l’actualité. Quant à Fantasio, il allait mettre les clichés qui n’avaient pas été retenus par la rédaction – d’accord, il le faisait déjà sur son site, mais la quantité de photos était très minime et ne formait que le portfolio, alors que sur son nouveau blogue, la galerie sera encore plus large.

Il profita de l’absence de Spirou et de Spip, car il leur voulait faire la surprise, pour ouvrir son ordinateur portable. Ce qu’il l’aimait, cet appareil ! Des dizaines et des dizaines de Go de mémoire dans le disque dur, des centaines et des centaines de Mo de mémoire vive… de quoi utiliser le plein potentiel pour ses logiciels de retouche.

Et soudain, il ne vit plus cette lumière cathodique.

- Devine qui est là ?

Seccotine ! Pris par surprise, Fantasio se dégagea de ses mains, qui lui obstruèrent la vue, et abaissa en vitesse son écran.

- Pourquoi fais-tu ça ? taquina la jeune femme. Étais-tu en train de regarder des femmes dans des positions douteuses ?

- Qu’est-ce que tu fais là ? se défendit le blond, se retournant vers elle. Je te croyais à Glasgow !

- Surpris, non ? demanda sa copine, fière du résultat.

- Un peu, oui…

- Pas si je me fie à ta première réaction…

Elle se pencha pour saisir ses lèvres, ce qu’il accepta volontiers. Il devait à tout prix la distraire, l’éloigner de son bureau… car que pouvait-il se passer si elle devait voir ses clichés numériques ? Il refusa de songer à la moindre catastrophe et l’attira plus à lui.

- Est-ce que je t’ai tant manqué ? rigola Seccotine.

Fantasio laissa planer le mystère, puis la laissa échapper de son étreinte pour se lever de sa chaise.

- Et si on fêtait ça ? J’ai une bouteille de vin qui pourrait bien se marier avec un bon rôti de veau…

-xxx-

Le repas était au four et le vin, au froid. En attendant que tout cela fut prêt, la blondinette proposa une séance de relaxation dans un bain chaud, ce que le photographe refusa. Maintenant qu’elle était occupée, il pouvait enfin se consacrer à la finalisation de son blogue.

Mais sa souris d’ordinateur ne lui répondait plus ! Il avait beau la faire bouger dans tous les sens possibles, de gauche à droite, de l’avant à l’arrière, le curseur restait toujours à la même position. Le sang bouillait dans ses veines, ses sourcils froncèrent, toute sa tête était emplie d’irritabilité. Après tant de mois de travail, tant d’acharnement pour codifier le design… rien.

- PU***N, MAIS TU VAS MARCHER, OUI ?

Il avait beau hurler, ce qu’il craignait tant était arrivé : un bug.

- Fantasio ?

Vif comme l’éclair, il abaissa son écran et se retourna : Seccotine, le corps et les cheveux enveloppés dans des serviettes de bain.

- Quoi ? demanda-t-il impatiemment.

L’ombre d’un sourire se dessina sur les lèvres de la journaliste.

- Refuser un bain avec moi, ce n’est pas dans tes habitudes.

Il soupira, vaincu. Décidemment, il ne pouvait rien lui cacher. Entre temps, elle releva l’écran et mit la main sur la souris.

- Hum… il y a de quoi à hurler avec ça, dit-elle en remarquant l’immobilité du pointeur. As-tu essayé le pavé tactile ?

- Non, je l’ai désactivé.

- Peut-être que…

Elle regarda derrière l’ordinateur. Elle sourit à nouveau après avoir effectué un simple geste.

- Essaie.

Il prit la souris et… ça fonctionne !

- Mais… comment ?!

Les yeux de Seccotine se plissèrent de plaisir.

- La première chose à faire : toujours vérifier les branchements.