[Fic] Les liens du sang - Chapitre 5
Par Kristaline, mercredi 4 octobre 2006 à 14:40 :: [Fanfictions] :: #210 :: rss
Titre: Les liens du sang - Chapitre 5 : L'art de maîtriser la situation
Auteur: kristaline
Rating: De PG13 à R
Disclaimer: Éditions Dupuis
Notes: Nous interrompons le programme principal pour un petit intermède. En gros, on ne verra pas Spirou, ni Fantasio, ni Spip, ni Ororéa tout le long de ce chapitre 
Pour Luna, la transaction avec ces hommes avait si bien passée… qu’ils avaient invité leurs femmes (ou leurs amantes) à en faire autant ! Sachant qu’il s’agissait d’une toute autre clientèle, l’Italienne dut préparer un nouveau plan d’action, mis à exécution dès le lendemain.
- Un dernier nœud et… voilà !
Elle contourna Raulo, où elle put mieux l’admirer.
- Pourquoi est-ce moi qui porte le tablier ? râla l’homme.
- Tu sais bien que la cuisine n’est pas ma matière forte, dit-elle en guise de réponse. Et les femmes adorent les hommes qui cuisinent !
- Mais votre copain est nul là-dedans !*
- Il ne peut être parfait dans tout…
Elle entendit la sonnerie de la porte.
- Je vais répondre !
Avant qu’elle quitte la cuisine, elle dit à son homme de main :
- Et surtout, suis mes ordres à la lettre et tout ira bien.
-xxx-
Toutes les femmes étant réunis dans le salon, Luna pouvait enfin commencer la présentation. Elle posa une valise sur une table, l’ouvrit et prit l’objet entre ses mains, provoquant un « Ohhhh » de stupéfaction.
- Mesdames, mesdemoiselles, je vous présente ce 9 mm que je prénomme : Vedova.
La jeune femme souriait à l’effet que ce pistolet de luxe provoquait.
- Sa crosse est en argent véritable, incrustée de pierres précieuses de votre choix : rubis, émeraude ou encore saphir. Sa petitesse vous permet de la porter dans votre sac à main ou, encore mieux, sur vous.
Elle souleva sa robe jusqu’à mi-cuisse, juste assez pour permettre aux futures clientes d’apercevoir la jarretière permettant à l’arme d’être cachée.
- Croyez-moi, cette arme sera votre meilleure amie le jour où vous trouverez votre mari, au lit avec son amante.
Les rires fusèrent, donnant au salon une ambiance se rapprochant étrangement d’une présentation de plats Tupperware. Soudain, la sonnette résonna à nouveau.
- Raulo ! Va répondre !
- Mais mes canapés vont brûler !
Soupirant, elle s’excusa auprès de ces dames et alla ouvrir la porte. Un couple s’y tenait là, tous deux fin de la vingtaine. L’homme avait les cheveux noirs et sa posture ressemblait à un « S » tant il n’était pas droit. Sa compagne, une rousse à lunettes, avait un ventre très saillant. Pas de doutes, elle était enceinte.
- Oui ? Comment puis-je vous aider ?
- Euh… on est bien chez Spirou et Fantasio ? demanda l’homme.
- Oui, mais ils ne sont pas ici.
- Et vous êtes ? voulut savoir la rouquine.
- Lu-
Elle s’interrompit. Était-ce une bonne idée de leur dire son vrai nom ? D’un coup que c’était des policiers ? C’était ridicule, il y avait une femme enceinte ! Mais d’un coup que cette femme portait un faux-ventre ? Elle décida de mentir sur son identité, juste au cas où…
- Lucy.
- Enchanté. Moi, c’est Gaston. Gaston Lagaffe.
- Et moi, c’est Jeanne.
- Ohhh… c’est vous les collègues dont Fantasio s’est-
Elle se tut une autre fois, s’apercevant qu’elle allait dire « plaint », puis reprit en corrigeant :
- … tant… vanté de vos talents.
- Merci, sourit Jeanne.
- Pouvons-nous entrer ? demanda son époux.
- Eh bien, euh…
Luna ne savait quoi répondre. Si elle les lassait entrer, ils pouvaient découvrir ces caisses d’armes dispersées dans la maison. Dans le cas contraire, ils la trouveraient malpolie. Elle décida de prendre le risque, puisque c’était sa spécialité.
- Oui, entrez.
Et elle referma la porte derrière elle.
-xxx-
Les canapés de Raulo arrivèrent à point pour les nouveaux venus, qui acceptèrent de prendre une bouchée lorsqu’ils prirent place dans le salon.
- Qui est-ce ? demanda une des futures clientes.
- Des collègues de mon caro, expliqua Luna. Ils sont mariés et attendent présentement leur premier enfant.
Au mot enfant, toutes les invitées se pâmèrent de cet événement.
- Depuis quand êtes-vous mariées ?
- Depuis dix-sept mois, madame, répondit Gaston.
- Oh, comme je vous envie ! Moi, ça fait cinq ans et je n’ai aucun enfant !
- Arrêtez de vous plaindre, dit une autre femme. Je suis mariée depuis douze ans et mon homme n’a jamais voulu que je sois enceinte ! Il dit que c’est mauvais pour ma ligne…
- Mais pourquoi êtes-vous toujours mariée avec lui ? demanda Jeanne, horrifiée d’une telle injustice.
La dame questionnée s’alluma une cigarette, prit une bouffée et répondit :
- Sans moi, le commerce ne marcherait pas.
- Eh ho ! Vous fumez devant ma femme ! se fâcha le responsable des courriers. Vous savez que c’est mauvais pour la santé ?
- Aïe !
- Vous voyez ? Même mon petit se plaint en donnant des coups de pied !
- Brenda, je vous demande d’éteindre votre cigarette, ordonna la maîtresse de démonstration d’armes de poing.
La femme le fit. Puis, une lueur de défi dans les yeux, elle demanda :
- Et vous, Luna ? Votre relation avec votre caro dure depuis combien de temps ?
- Luna ? s’exclama Jeanne. Ce n’est pas Lucy, votre nom ?
À cet instant, l’Italienne ne savait si elle devait égorger celle qui avait donné son véritable nom. Elle rit nerveusement.
- Je vous ai dit Lucy ? Oh, pardon ! J’ai confondu mon nom avec une chanson des Beatles…
- Aïe !!!
- Jeanne, ça va ? s’inquiéta Gaston.
- Non… le bébé… je crois qu’il s’en vient !
Toutes les autres femmes se levèrent d’un bond et aidèrent la future mère à se lever, puis l’accompagnèrent vers le véhicule usagé noir et jaune. Gaston tenta de démarrer l’automobile mais…
- Il n’y a plus d’essence !
- Oh !
Le petit cri de Jeanne fit tourner la tête de son mari : il constata qu’elle venait de crever les eaux sur son siège. Nerveux, il demanda :
- Je pourrais emprunter un des vos véhicules ?
Luna et ses futures clientes hésitèrent. Elles voulaient bien venir en aide aux futurs parents, mais… tous les véhicules étaient volés.
- Ils… n’ont plus d’essence, s’excusa la compagne de Spirou.
- Aïïïe…
- Il faut faire quelque chose ! paniqua Gaston.
Malgré le branle-bas de combat qui commençait, Luna gardait son sang-froid.
- On pourrait appeler une ambulance ? essaya Jeanne.
Alors là, hors de question ! Les ambulanciers pouvaient découvrir les armes ! Soudain, un éclair de génie apparut dans l’esprit de la cachotière. Elle se proposa pour aller téléphoner les ambulanciers. Au lieu de cela, elle trouva la boîte électrique et éteignit toutes les lumières.
- MES CANAPÉS !
Elle sourit, sachant que Raulo allait gober son histoire de panne de courant.
- Mince, je ne peux plus téléphoner ! dit-elle le plus naturellement possible.
Elle sortit de la maison alors que Jeanne eut une autre contraction.
- Je suis désolée, mais… je ne peux plus appeler !
Gaston fouilla sur lui, mais s’aperçut qu’il avait oublié d’amener son portable.
- Auriez-vous un portable ?
Derrière le dos du gaffeur, Luna leur fit signe de ne pas en donner. Les femmes lui obéirent.
- Oh, s’il vous plaîîît, se plaignit la rousse. Je veux pas accoucher iciii…
Une main sur son épaule, la maîtresse de cet étrange jeu la réconforta.
- Ne vous en faites pas… je sais comment faire.
-xxx-
Luna ne mentait pas : elle savait superviser un accouchement. Souvent, afin d’éviter l’hôpital, où les mafiosos pouvaient être retracés, leurs épouses accouchaient à la maison, avec l’aide des autres femmes de la famiglia. C’était une recommandation que son père avait instauré rigoureusement et il insista pour que sa fille puisse assister, puis prendre charge à la naissance.
À 23 ans, avec plus d’une dizaine d’accouchements en expérience, la jeune femme transforma la chambre de Fantasio et de Seccotine en salle de travail – elle n’avait pas envie que le sang tache les draps de Spirou. Pendant que les femmes déshabillèrent Jeanne et l’installèrent dans le lit, Luna prit à part Raulo et lui ordonna :
- Va siphonner les voitures de ces dames. Je veux que la bagnole de ce couple soit remplie d’essence lorsque le bébé va naître. Mais ne vide qu’à moitié, hein ? Je n’ai pas envie qu’elles tombent en panne elles non plus…
Elle retourna à la salle de travail, donnant quelques ordres aux femmes.
- Peggy, trouvez-moi une bassine d’eau ! Pas trop creuse ! Rachel, des serviettes ! Brenda, des chandelles !
- Mais il fait jour !
- Croyez-moi, on en aura pas fini avant cette nuit.
- Cette nuit ?!? s’exclamèrent Jeanne et Gaston, troublés par plus d’heures de travail que prévu.
- Ne vous en faites pas, tout va bien aller…
-xxx-
Et la nuit tomba. Comme le courant ne revenait pas – Luna n’avait pas encore remis en marche la boîte électrique – plusieurs chandelles furent allumées dans la chambre. Les contractions de Jeanne devenaient de plus en plus fortes et Gaston était de plus en plus nerveux. Pour contrôler son stress, il avait tenté de fabriquer un éventail électrique dans le but de rafraîchir sa tendre, mais suite à l’échec, Luna le jeta hors de la chambre.
- Pourquoi faites-vous ça ? paniqua Jeanne.
- Il nuit à votre travail.
Parlant de travail, l’Italienne regarda dans l’entrejambe de l’accouchée.
- Ça y est, tout est dilaté. À mon signal, vous allez pousser.
Sous les encouragements de la sage-femme, le future mère poussa. Un peu plus tard, elle cria au moment même où la criminelle vit la tête sortir. Quelques instants passèrent et Pierre « Pierrot » Lagaffe, leur premier fils, était né.
-xxx-
Se souvenant des directives de sa patronne, Raulo annonça à Gaston qu’il avait ramené de l’essence. Alors que les invitées quittèrent le domaine, le responsable des courriers put donc installer la nouvelle maman sur la banquette arrière, tenant précieusement le nouveau-né contre elle. Avant de partir pour l’hôpital, il retourna voir Luna, qui mettait le linge souillé à la lessive (le courant était « miraculeusement » revenu), et lui dit :
- Je ne vous connais pas assez, mais je dois admettre que Spirou est chanceux de vous avoir rencontré.
Elle était flattée par ce compliment. En retour, elle lui répondit qu’elle était ravie de les avoir rencontrés, puis le laissa filer. Au bon moment, puisque son portable sonnait (car si Gaston avait su qu’elle avait un portable pendant tout ce temps, elle y aurait goûté).
- Oui ?
Elle entendit la voix de son amant et son cœur se sentait plus léger après cette longue journée.
- Oh, Spirou ! Que je suis contente de t’entendre !
Il la taquina, s’étonnant d’une telle spontanéité.
- J’ai eu une dure journée. Je venais à peine d’inviter quelques unes de mes clientes à prendre un café que Jeanne et Gaston sont venus me voir.
Il s’étonna de savoir que Jeanne allait la voir à un stade de grossesse très avancée.
- Justement, elle a crevé ses eaux ici.
Il devenait inquiet, mais Luna le rassura aussitôt.
- Ne t’en fais pas, tout s’est bien passé. Ils ont eu un beau garçon. Et toi, comment se passent tes vacances ?
Sa réponse ne fut pas celle qu’elle espérait. Soudain, son dernier cauchemar lui vint en tête, comme un mauvais pressentiment.
- Spirou, je t’en prie, n’y vas pas !
Il ne voulait rien savoir. Il comptait aller jusqu’au bout. Le cœur de la jeune femme se serra, révoltée de ne pas être près de lui.
- Puisque je te le dis que c’est trop dangereux ! Je le sens !
Les mots qu’il lui dit n’avaient rien de blessant, mais faisaient monter les larmes aux yeux.
- Non, raccroche pas !
Trop tard… Elle grogna d’impuissance, puis, soudainement, voulut parler à Fantasio. Malheureusement, elle ne se rappela plus de son numéro de portable. Elle comprit qu’elle n’avait pas d’autre choix.
Elle prit son sac à dos, y glissa son portefeuille, son arme de poing fétiche, quelques minutions et une collation. Elle le hissa sur une épaule et vint dans le salon, où Raulo roupillait sur le canapé. Elle l’obligea à ouvrir les yeux et lui dit :
- Désolée de te réveiller sans ton accord, mais, quand tu seras dispo, apporte toutes les armes restantes pour la Toscane. Je pars pour le Canada.
- Pour votre chéri ?
Le regard déterminé, Luna répondit :
- Pour lui, je suis prête à tout.
- No.
- Si.
- Noooo !
- Siiiii !
- Rhôôô…
Son râlement se transforma en ronflements. Luna n’attendit pas plus longtemps et sortit à l’extérieur, où elle enfourcha sa moto.
(*) Allusion à la fic Cuisine facile en 20 minutes, d’Amber.
Lexique italien/français :
Vedova : veuve =» plutôt morbide comme nom pour une arme, non :P ?
Caro : chéri

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