Cher Fantasio,
Comme tu as pu le constater par toi-même, j’ai emporté tout ce que j’avais. J’ignore le temps qu’il me faudra avant de te revoir. Je ne sais pas non plus ce qui va arriver à nous deux. Mais il va bien falloir que je t’appelle un de ces jours. Quand ? Encore là, je n’ai aucune réponse. Je suis désolée…

Se


Ils n’étaient que trois et pourtant, le départ de Seccotine avait créé un grand vide dans cette maison si grande. Le vide prenait encore plus d’ampleur dans cette chambre, où il s’était passé tant de choses… Tant de disputes, tant de réconciliations… Tant d’insultes, tant de mots d’amour… Tant de gifles, tant de caresses…

Assis au bout de son lit, il entendit quelqu’un entrer.

- Fantasio ?

Ce dernier, honteux de ses larmes, se cacha derrière ses mains, refermées sur la lettre.

- Va-t-en ! Il n’y a rien !

Spirou n’était pas dupe. Il s'assit à côté alors qu'il posa une main réconfortante sur le dos de son meilleur ami.

- J’ignore ce qui a pu se passer entre toi et Secco. Et je ne veux pas le savoir. J’espère simplement que tout va se passer pour le mieux…

- Tu ne comprends pas. Elle ne me pardonnera jamais pour ce que je lui ai fait.

- Ne dis pas ça !

Ce ton ferme fit tourner la tête de Fantasio, où il put lire la détermination dans le regard de son ami.

- Ne dis pas qu’elle ne te pardonnera jamais. Quand on aime quelqu’un, on est prêt à tout pardonner.

Sur ces mots, il sortit de ses poches une cartouche de minutions.

- J’ai trouvé ceci en rangeant mes vêtements.

- Bah, ce n’est rien…

- Non, il y en avait une vingtaine ! De différents calibres et de différentes marques en plus !

Fantasio ne put s’empêcher d’être étonné.

- Tu crois que Luna a… ?

- D’après toi, qui d’autre avait les clés de la maison durant notre absence ?

Cependant, un sourire s’afficha sur le visage de Spirou.

- Mais tu sais quoi ? Je ne lui en veux pas, bien que je ne sais rien de ce qu’elle fabriquait avec tout ça.

Les larmes ne coulaient plus. Il restait encore de l’espoir. Après tout, si Luna pouvait se faire pardonner d’un épris de justice, il avait peut-être une chance, ne serait-ce que mince…

- Ik !

Fantasio sursauta, voyant que Spip avait apporté son portable, ouvert. Il le prit, caressant au passage la tête de l’écureuil.

- Merci d’avoir répondu.

Lorsqu’il entendit la voix de son interlocuteur, son cœur s’arrêta de battre pendant une seconde.

- Ah, que serait le monde sans moi ? se questionna Spip, fier de lui.

-xxx-

Elle lui avait donné rendez-vous dans un petit café du coin. En attendant son arrivée, elle s’était commandé un verre de lait. Elle devait prendre soin d’elle-même… et de lui… ou d’elle…

Elle se souvenait comment elle avait pu tomber enceinte. Sur le coup, la nouvelle confirmé par le test de grossesse l’avait ébranlée. Elle ne se sentait pas prête à devenir mère. Elle sentait qu’elle ne pouvait pas en être une. Pas encore. Pas avant d’avoir atteint le sommet de sa carrière.

D’un coup de tête, elle avait été jusqu’à prendre un rendez-vous dans une clinique d’avortement. Mais, à la minute où on vint la chercher dans la salle d’attente, une voix en elle lui criait de ne pas y aller. Une voix d’enfant…

Pourquoi tuer cette vie naissante, qui ne demandait qu’à vivre ? Était-ce moins importante que de risquer sa vie pour une renommée que nombre de gens pouvaient oublier le lendemain ? Elle comprit que cette sombre idée était absurde et annula sans remords le rendez-vous.

Maintenant, Seccotine attendait Fantasio. Elle lui en voulait encore de ce faux pas, mais elle reconnut que c’était aussi de sa faute. Elle reconnut qu’elle voyait son copain moins souvent, qu’elle avait accordé moins de priorité à son couple. Elle ne voulait plus refaire ces erreurs. Elle espérait ne pas avoir été trop dure avec lui lorsqu’elle l’avait quitté…

Lorsqu’il arriva dans le café avec un bouquet de fleurs, elle n’en crut pas ses yeux. Cependant, avant qu’elle ait pu ouvrir la bouche, il lui répondit :

- Je sais, ce ne sera pas suffisant pour me faire pardonner. Mais j’ai passé devant le fleuriste et ces fleurs m’ont fait penser à toi.

Comme il était attentionné, malgré son caractère de grincheux… Ce caractère qui la faisait tant sourire quand elle pouvait le provoquer. Mais elle savait qu’elle pouvait aussi provoquer cet égarement, ce qu’elle avait appris à ses dépends.

- Et… au risque de récolter une gifle…


Fantasio sortit de ses poches un écrin de velours. Seccotine devint bouche bée…

- Non… tu n’as pas…

Le sourire en coin du blond la força à en avoir le cœur net. Elle l’ouvrit et ce qu’elle redoutait scintillait dans la lumière du jour.

- Mais… tu es fou !

- Je sais. J’ai fait une connerie dans le passé, alors j’en ai fait une plus grosse en passant devant le bijoutier.

Il s’agenouilla devant la jeune femme tout en gardant sa main entre les siennes. Pour un instant, il dut plier à nouveau son orgueil et lui dire ce qu’il ressentait vraiment :

- Fou ? Oui. Mais un fou qui tient à toi.

Elle était très émue. Or, elle craignait que cette demande en mariage ne soit là que pour réparer une bêtise. Elle baissa la tête, ne sachant pas quoi répondre, excepté un soupir.

- Je… Fantasio… il est encore trop tôt…

- Que veux-tu dire ?

Elle releva son regard. Si elle ne pouvait mieux s’expliquer avec les mots, elle espérait le faire avec les yeux du cœur.

- Tu m’as fait très mal… Tu le sais… Il faudra du temps pour en guérir…

Elle ne voulut pas le blesser, aussi voulut-elle ajouter :

- Mais je t’aime. Ça, il n’y a aucun doute.

Comme un gentlemen, il lui baisa la main.

- Alors, si tu m’aimes… Accorde-moi le reste de ma vie pour prendre soin de toi…

Et, posant sa main sur le ventre de Seccotine, il ajouta :

- Et de lui… ou d’elle…

Il le savait ? Surprise, elle ne put s’empêcher :

- Ça ne te dérange pas du tout ?

- J’avoue que ça m’a fait tout un choc. Je crois même en avoir fait quelques cheveux blancs.

Cette remarque la fit sourire, reconnaissant en lui son angoisse de la vieillesse.

- Tu vois bien que je vieillis, rajouta-t-il. Il serait en effet grand temps de fonder une famille…

Blagueur, il souligna :

- Et justement, tu es la femme idéale pour porter ma descendance.

Seccotine pouffa de rire.

- Et toi, répondit-elle, tu es un homme si facile à mener par le bout du nez.

- Quoi ?

Il n’eut pas trop le temps de se vexer, car elle se pencha et l’embrassa tendrement.

- C’est oui… mais à une condition.

- Laquelle ?

Elle fit mine de réfléchir, question de le faire languir un peu, puis elle dit :

- Ne plus fumer dans la maison.