Aujourd’hui était un jour bien spécial, un jour de grande occasion. Pour une rare fois, le comte de Champignac a quitté la tranquillité de son village, le temps d’une visite à Spirou, Fantasio et Secco- tiens, mais où sont-ils, ces deux là ?

- Fantasio et Seccotine vont arriver d’une minute à l’autre, répondit le rouquin. En attendant, que diriez-vous d’une liqueur ?

- Volontiers, répondit le vieux savant. Je ne voulais pour rien au monde rater cela…

Spirou dut abandonner le ménage de la maison, le temps de servir un de ces breuvages alcoolisés entreposés dans le bar. Le comte prit une gorgée avant de déclarer :

- Je suis heureux d’être le témoin d’un de ces miracles de la nature dont je ne me lasse jamais : celui de la vie.

Nous sommes au printemps, plus précisément au mois de mai. Il y avait à peine quelques jours, Seccotine avait ressenti les premières contractions et voilà que Fantasio fut pris de panique. Heureusement que son meilleur ami et la future mère avait suffisamment de sang froid pour le ramener à la raison…

- Vous auriez dû voir sa tête lorsqu’elle a crevé ses eaux, raconta le rouquin à propos du nouveau papa. Sur le moment, je n’ai pas rigolé, je devais garder mon calme, mais c’était mémorable ! On aurait dit un poisson rouge !

- Tiens, c’est le coin des potins ici ?

- Luna !

L’homme de ménage ne se fit pas prier pour enlacer sa tendre.

- Je n’ai pas pu m’empêcher de prendre le premier avion dès ton appel, expliqua la jeune femme. Oh, salut, monsieur le comte !

Le vieil aristocrate rebelle lui répondit d’un signe de tête, se souvenant de sa présence à Champignac, en ce Noël de l’an passé, lorsqu’elle lui fut présentée après avoir tant entendu de choses à son sujet.

- Mademoiselle Cortizone, quelle bonne surprise de vous revoir.

- Je vous en prie, vous pouvez m’appeler Luna.

Au même moment, Spip arriva.

- Tiens, serait-ce la grande vilaine ?

- Oh, serait-ce l’ami fidèle de mon chéri ? J’ai une petite surprise pour toi…

De sa sacoche, la fille de capo sortit…

- C’est une noisette Tonda Romana. Elle vient du pays de ma famiglia.

Avec méfiance, l’écureuil la saisit.

- Belle noisette. Encore faut-il qu’elle soit bonne…

Il la porta à ses crocs et fut subitement conquis par cette saveur étrangère. Il ouvrit brusquement ses yeux alors qu’il sentit cette main couleur mat sur sa tête.

- Si tu en raffoles, j’en ai d’autres avec moi.

- Luna, te rends-tu compte que tu peux toucher Spip sans qu’il te morde ?

Le rongeur ne tenait pas compte de la remarque de son maître, troublé par ce toucher étrangement agréable…

- Pour une voleuse de cœurs, elle a les mains plutôt douces…

- Devinez qui est là !

Fantasio venait d’arriver, valise en main. Mais le plus précieux à ses yeux, c’était Seccotine qui le tenait dans ses bras.

- Hooon… firent en chœur Spirou et Luna, attendris.

- Je ne vois pas en quoi cette valise est mignonne.

Mais le nouveau père ne faisait que blaguer. Après tout, il savait très bien que sa fille nouveau-née avait de quoi faire sa fierté…

-xxx-

- Comment elle se nomme ? demanda le comte.

- Lily-Ann, répondit la blondinette.

- C’est Seccotine qui a trouvé le nom, avoua son mari. Et ça lui va plutôt bien…

Spirou sentit soudain une main le tirer hors de la chambre de la petite. Il se résigna à abandonner la contemplation de cette scène charmante et à suivre Luna vers la cuisine.

- J’ai quelque chose à te dire, murmura-t-elle une fois arrivés à destination. J’y ai pensé beaucoup ces derniers mois, mais c’est finalement le choix de Fantasio qui m’a poussé à prendre une décision : je reste.

Alors qu’il avait perdu tout espoir de vivre à ses côtés, voilà qu’elle lui disait l’impensable.

- Quoi ?!? Mais… quel choix ?

Sourire énigmatique, elle lui répondit :

- As-tu oublié qu’il nous a nommés parrain et marraine de Lily-Ann ? Cette enfant se doit d’avoir les deux en même temps…

Il ne pouvait réaliser le bonheur qui commençait à le submerger. Il s’accouda au comptoir, songeur.

-Voilà qui est ironique, se moqua le rouquin. Pour l’amour d’un homme, tu refuses, mais pour l’amour d’une filleule, tu acceptes.

- Bien sûr ! D’après toi, qui va s’en occuper lors que vous serez en reportage ? Je doute que Seccotine restera longtemps à la maison…

- Seccotine et Fantasio ont heureusement trouvé un terrain d’entente : lorsqu’elle doit partir, nous resterons à la maison et vice-versa.

- Et si vous êtes tous les trois sur le terrain, hmm ? Heureusement que Luna va rester, elle !

Luna, nounou d’enfants ? Spirou ne pouvait s’empêcher de trouver cela étrange. Puis, il laissa tomber. Après tout, peut-être que cela allait l’assagir…

- Tu me permets que j’en parle à Fantasio ?

Cela ne dérangea nullement la jeune femme, qui laissa partir son journaliste bien-aimé. Peu de temps après, elle sentit un frottement contre ses jambes.

- Dis, je pourrais en avoir une autre ? supplia Spip.

Elle le prit dans ses mains et il resta toujours docile.

- Eh bien, on dirait qu’on a fait la paix, nous deux, sourit-elle.

- J’attends toujours la noix…

-xxx-

- Pourquoi tu me le demandes ? Bien sûr que je veux qu’elle reste !

Spirou ne réfléchit plus et, fou de joie, sauta dans les bras de Fantasio.

- Hé !… Doucement ! Tu… m’étouffes !

- Pardon !

Il le laissa enfin respirer. Le blond fouilla dans ses poches et sortit…

- Un cigare ?!?

- Jusqu’à la toute fin, j’ai espéré avoir un fils…

Un faible sourire éclaira le photographe.

- Finalement, garçon ou pas, on va fêter ça !

- Garde-le. Tu sais bien que je ne fume pas.

- Comme tu veux…

Alors qu’il s’apprêtait à l’allumer, un raclement de gorge se fit entendre.

- Fantasio, reprocha gentiment Seccotine, qu’est-ce que j’ai dit à propos de la fumée ?

- Je crois qu’il a besoin d’un léger rappel… sourit l’espiègle rouquin.

- TOUS SUR FANTASIO !

Ce fut le début d’une poursuite amicale qui mena Fantasio, Seccotine, Spirou et Luna dans le jardin. Cette histoire se termina là, mais, bien entendu, leur vie commune à cinq allait bientôt commencer… pas pour longtemps, car la famille allait à nouveau s’agrandir. Mais ça, c’est une autre histoire…



FIN