[Fic] Guide de survie à la vie quotidienne - Épisode 7
Par Kristaline, samedi 30 décembre 2006 à 22:10 :: [Fanfictions] :: #288 :: rss
Titre: Guide de survie à la vie quotidienne – Épisode 7 : Comment expliquer l’inimaginable, 2/2
Auteur: kristaline
Rating: PG-13
Disclaimer: Éditions Dupuis
Notes: Apparition de nouveaux personnages. Attendez-vous à être surpris 
- Cette maison me semble si vide…
Les yeux de Spirou passaient du thé qu’il versait au visage de sa tendre mère. Blanche, qui était pourtant rousse, commençait pourtant à avoir des cheveux gris à ses tempes. Il lui sourit, se faisant rassurant.
- Elle ne l’est pas quand Lily-Ann est ici, dit-il en lui remettant sa tasse.
Mais Lily-Ann n’était pas là. Elle accompagnait son père, qui était parti chercher sa femme à l’aéroport. Voyant qu’il était omis dans l’explication de son maître, Spip se vexa.
- Et moi alors ? Je ne mets pas de vie dans ce château ?
Voyant l’écureuil s’agiter, Blanche sourit.
- Cela ne m’étonne pas que tu aies ce petit animal comme compagnon. Tu as toujours tenté d’apprivoiser les écureuils de la forêt. Et, quand tu réussissais, tu voulais à tout prix le montrer aux autres.
Cette patience résultant de toutes ces tentatives fut utile pour Spirou, qui sut comment gagner la confiance de Spip – en fait, n’importe qui qui aurait su le libérer de la cage d’un savant fou aurait eu sa confiance – mais aussi garder son amitié. Et c’est cette belle amitié qui créa ce lien invisible, attribuant au rongeur une vie de longue durée.
- Alors… fit la mère après avoir avalé une gorgée. Quand est-ce que ta fiancée va arriver ?
- Euh… Luna et moi ne sommes pas fiancés, répondit le fils, embarrassé.
Le sourire de Blanche se fit moqueur.
- Auriez-vous peur de vous enfoncer dans la routine ?
- Quoi ?
Face au comportement ahuri du rouquin, le sourire de la future quinquagénaire s’élargit encore plus.
- Je peux comprendre. Tu as toujours été sensible. Je me rappelle de ces nuits où tu pleurais ta première peine d’amour…
Spirou baissa la tête, honteux. Il se souvenait lui aussi de ces nuits où il pleurait sa rupture avec Suzette, rupture qui fut douloureuse pour lui. Aujourd’hui, il trouvait ce désarroi ridicule, puisque qu’il n’avait pas à verser des larmes pour une fille qui, à l’aube de son adolescence, l’avait quitté pour un jeune boutonneux – mais qui avait du poil au menton. Pourtant, à cause de cela, il était devenu plus méfiant et avait refoulé ses sentiments… jusqu’à sa rencontre avec Luna Cortizone.
- Cette fille dont tu me parles souvent… Luna… J’ai vraiment hâte de la rencontrer.
Il y avait des jours où Blanche s’inquiétait du célibat de son fils. Elle allait même jusqu’à croire que cette cohabitation avec Fantasio était plus que de la cohabitation… Mais la voilà rassurée, à présent. Et elle pouvait enfin espérer la venue prochaine d’un petit-fils ou d’une petite-fille…
- Spirou ? Spip ?
Spirou se releva, reconnaissant la voix de Luna. Après s’être excusé, il quitta le salon et la rejoignit à l’entrée. Il l’embrassa furtivement, puis lui prit la main, un léger sourire aux lèvres.
- Viens. Je connais quelqu’un qui a très envie de te rencontrer…
-xxx-
- On est presque arrivés.
Une secousse sur son bras tira Seccotine de son sommeil. Dans les brumes l’amenant à son réveil, elle reconnut le mouvement du véhicule et, en tournant sa tête, se rappela immédiatement qui était le conducteur. Ce dernier lui sourit.
- Ce reportage t’a vraiment épuisée, remarqua Fantasio.
- Ne m’en parles pas, soupira la blondinette.
Puisqu’elle arrivait de Bombay, il pouvait comprendre comment le voyage a dû être long. Cependant, elle retrouva sa bonne humeur habituelle en s’étirant longuement.
- Alors… commença-t-elle. Comment s’est passé cette semaine sans moi ?
Ce fut au tour de son époux de soupirer.
- Ne m’en parles pas…
Il voulait à tout prix éviter de lui parler de sa semaine. En effet, ce serait trop long d’expliquer comment, une fois de plus, Gaston a bousillé les contrats avec De Mesmaeker – encore une fois, Fantasio s’étonnait qu’il puisse revenir aussi souvent après toutes ces gaffes et maladresses.
Amusée, Seccotine lui dit ironiquement :
- Eh bien… la communication règne par ici…
- On a des semaines de fous, c’est pour ça qu’on n’ose pas en parler, avoua Fantasio.
- Peut-être que des vacances nous feraient un grand bien.
Des regards complices furent échangés. Soudain, Seccotine détourna la tête et vit ce qui l’avait intriguée du coin de l’œil : plus loin, sur la route bordée de forêts, une personne en manteau rouge marchait. À première vue, elle avait crue que c’était Spirou. Mais, plus le véhicule avançait, plus elle se rendit compte que ce n’était pas Spirou.
Pendant ce temps, Fantasio avait ralenti et immobilisé le véhicule au bord du chemin. Avant que la blondinette ait eu le temps de le questionner, il sortit dehors et héla :
- Hé, Abalie ! Si j’étais toi, je cesserais de faire de l’auto-stop !
La personne se retourna et, derrière le pare-brise, Seccotine eut un choc. Sous le capuchon se trouvait une jeune adolescente aux traits presque identiques à ceux de Spirou, surtout en ce qui concernait cette chevelure rousse. Cependant, elle avait les yeux bleus et le sourire qu’elle offrit à Fantasio était d’une fraîcheur désarmante.
- Fanfan !
Et elle se jeta dans les bras du blond, qui était légèrement irrité.
- Pour la dernière fois, ne me surnomme pas « Fanfan ».
Mais la jeune fille rigola et se faufila sur le siège arrière, où elle put admirer Lily-Ann, callée dans son siège adapté, dans la lourdeur de son sommeil.
- Votre fille est magnifique.
- Normal, elle vient de moi.
Légèrement vexée, surtout puisque Lily-Ann ressemblait physiquement à elle, Seccotine donna une bourrade à Fantasio. Puis, elle demanda à l’adolescente :
- Tu me sembles familière… Mais j’ignore qui tu es.
Elle lui sourit d’une façon énigmatique, puis lui répondit :
- Il est vrai que je ressemble beaucoup à mon frère.
- Ton frère ?!
La jeune femme était sidérée. Est-ce possible ? Spirou avait-il une sœur ? Elle se tourna vers Fantasio, qui lui fit un sourire moqueur.
- Tu… tu le savais, toi ?
Alors qu’il attachait sa ceinture de sécurité, il lui répondit :
- Tu connais Spirou : il est très discret sur sa vie privée. Je ne connais Abalie seulement lorsque j’ai mis les pieds sur son village natal pour la première fois.
C’était vers la fin des études du rouquin, qui, pour une fois, avait abandonné l’idée de prendre le train pour proposer à Fantasio de l’accompagner jusqu’à sa demeure familiale. C’était là-bas qu’il avait croisé cette gamine espiègle, à la coupe de cheveux garçonne, qui privilégiait les pantalons plutôt que les robes. Maintenant, elle venait d’entrer dans l’adolescence et elle prenait des traits de plus en plus féminins.
La voiture ayant enfin reprit la route, le conducteur ajouta :
- Je parie que tes parents nous attendent chez nous.
- Ma mère y est, répondit Abalie. Mais mon père…
Elle soupira, puis finit sa phrase :
- Mon père a dû rester là-bas. L’hôtel est plein cette fin de semaine… Tous des couples !
C’était la fin de semaine avant la St-Valentin, aussi était-il normal que nombre d’amoureux voulaient leur part d’intimité à cette période de l’année.
- Mais… si tu étais venu avec ta mère, que faisais-tu là-bas ? voulut savoir Seccotine.
- Je me promenais, répondit simplement la jeune fille.
Puis, prise par une étrange frénésie, elle ajouta :
- Oh ! Je dois vous raconter ça : avant que vous arriviez, j’ai croisé un bel homme.
- Tu n’es pas un peu jeune pour t’intéresser aux garçons ? rigola Fantasio.
- Bah quoi ? Il n’y a pas de mal à apprécier la beauté d’un grand ténébreux aux yeux noirs…
Grand ? Ténébreux ? Aux yeux noirs ? Inquiet, le blond cacha ses craintes, mais il lui demanda :
- Un grand ténébreux aux yeux noirs, dis-tu ?
- Oui… J’ai parlé un peu avec lui. Il disait que la maison, celle tu habites là-bas, lui appartenait auparavant…
Zantafio ! Il était sûr que c’était lui, maintenant. Lorsqu’il tourna sa tête vers Seccotine, cette dernière était pâle comme un drap.
- Secco ! Est-ce ça va ?
- Ou… Oui, ça va…
Elle hochait de la tête, mais il voyait bien ces mains aux jointures blanches, agrippées solidement au siège. La pauvre, se disait-il, sa dernière rencontre avec lui n’a pas été un cadeau… Où pouvait-il être ? C’est ce qu’il demanda à Abalie, qui lui répondit :
- Parti comme il est venu : dans la forêt. Avec un gros moustachu…
Pas de doutes : c’était lui.
-xxx-
Pour Luna, cette conversation avec Blanche fit oublier ses étranges retrouvailles avec Zantafio. Jusqu’à ce que Fantasio entra en trombe dans le salon et prit Spirou à part… et qu’elle surprit leur conversation secrète en sortant de la pièce elle aussi.
- Zantafio est dans le coin ?!?
Son impulsivité l’avait poussée à poser cette question, afin d’être sûre d’avoir bien entendu ce que Fantasio venait de dire à sa sortie. Ce dernier confirma.
- Qu’est-ce qu’il nous veut, cette fois-ci ? demanda Spirou.
- Moi je le sais.
Les deux hommes se tournèrent vers l’Italo-belge, qui avoua sa brève et ancienne liaison avec le mégalomane. Elle ne décrivit pas ce sentiment qui l’animait lorsqu’elle le voyait, ni l’intensité de ces aventures, ni ce mélange de peine et de dégoût d’elle-même lorsqu’elle rompit avec lui. Elle avouait avec une voix neutre et froide, qui disparut au moment où elle songea à celle qu’elle n’avait pas encore revue.
- Où est Seccotine ?
- Elle met Lily-Ann au lit.
Cependant, Fantasio prit lui aussi une expression d’inquiétude.
- Mais, maintenant que tu en parles, Luna, je dois vous avouer que je m’inquiète pour elle… Elle fait semblant d’être forte, mais on dirait que le fait que mon cousin est dans les parages lui ramène des souvenirs qui sont loin d’être agréables…
Spirou devait se contrôler pour ne pas réagir. Il ne pouvait supporter la souffrance de ceux qu’il aimait et serait prêt à mettre en pièces la personne responsable de ces torts. Or, il n’était pas question de céder à la panique, surtout en présence de sa famille.
- Pour le moment, commença-t-il, il faut garder notre calme. Je n’ai pas envie que ma mère et ma sœur soient au courant de ces histoires.
- Ta sœur ?! s’étonna sa compagne. C’est bien elle qui est entrée dans le salon ?
- Tu n’es pas la première à être surprise, se moqua Fantasio.
- Ensuite, continua le rouquin, je propose des tours de garde entre nous trois.
- Nous quatre !
Ce petit cri porta le trio à fixer Spip, tapant furieusement du pied.
- Je suis quoi, moi ? Une girouette ?
- D’accord, Spip, sourit son maître, tu peux nous aider, si tu le souhaites.
Mais il retrouva rapidement son sérieux et ajouta :
- Au moindre signe suspect, il n’y aura que nous à réveiller. Surtout, et surtout, n’en parlez pas à Seccotine. Elle a besoin de se remettre de ses émotions.
Tous comprirent la consigne. Au bon moment, puisque Seccotine vint les rejoindre et proposa d’entrer à nouveau dans le salon. Et Luna prit enfin conscience de la présence d’Abalie, la sœur de Spirou, de dix ans plus jeune que lui. Lorsque le grand frère les présenta, la rouquine fit une drôle de révérence tout en disant :
- On m’a dit tant de bien à votre sujet.
Voilà une belle-sœur qui plut à Luna. Sa fraîcheur, son humour, sa gourmandise… Rapidement, elle devint la petite sœur qu’elle n’avait jamais eue.

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