''Lights go out and I can't be saved
Tides that I tried to swim against''

Cela fera bientôt deux ans que Luna avait choisi cette vie. Cette tranquillité qui ne lui ressemblait pas. Mais pouvons-nous parler de tranquillité lorsqu’on devient la compagne d’un célèbre journaliste et l’amie de deux autres aussi bien connus ?

''And when the samba played
The sun would set so high
Ring through my ears and sting my eyes
Your Spanish lullaby''

Il y avait des jours où elle se demandait à quoi aurait pu ressembler sa vie si elle était encore l’amante de Zantafio. Ou encore propriétaire d’un chenil expérimental à Montréal. Il y en avait d’autres où elle ne posait pas ces questions et profitait de cette chance qui lui était souvent étrangère.

''I can feel your love teaching me how
Your love is teaching me how
How to kneel
Kneel''

Cependant, ces chansons chantés par Spirou, Seccotine et Fantasio avaient de quoi la rassurer, tant ils lui étaient familières. Tous étaient réunis dans le salon, un ordinateur portable sur les genoux (sauf pour Seccotine, qui, en raison de sa grossesse, déposa son ordinateur sur la table à café) et des écouteurs aux oreilles. Et Luna les regarda, son bras entourant Lily-Ann, qui écoutait attentivement son ventre.

- Hihihi ! Bougé !

Luna sourit à la petite blondinette, elle aussi ayant ressenti le bébé dans son ventre. Le trio d’oncles de la bambine étaient tous d’accord pour dire qu’elle était le portrait craché de sa mère, à l’exception des yeux, qu’elle tenait de son père. Et bien d’autres choses, qu’on allait découvrir plus tard…

Soudain, le bruit de la sonnette de porte retentit dans la pièce. À regret, l’Italo-belge se leva, mais Spip, ayant remarqué ce mouvement, en fit part à Spirou, qui quitta l’écran des yeux et retira ses écouteurs.

- Où vas-tu ?

- Puisque vous êtes tous accros à vos ordinateurs, je vais répondre…

Mais le rouquin se précipita sur elle et l’en empêcha en la faisant asseoir sur le canapé.

- Ne bouge surtout pas, je vais m’en occuper…

Contrairement à ce qu’il croyait, sa belle ne fut pas ravie. Il n’eut cependant pas le temps de se disputer avec elle, puisqu’il devait répondre à la porte.

- Ne pas bouger, ne pas bouger… maugréa la jeune femme. Vivement l’accouchement !

- Luuuuunaaaaaa !

Ce n’était pas Spirou, se dit-elle.

- Ma toute petite Lunaaaaaa !!!

Non, ce n’était pas lui. C’est impossible ! Est-ce vraiment… ?

Eh oui, Vito Cortizone entra en trombe dans le salon, levant du coup les têtes de Fantasio et de Seccotine.

- Hé, monsieur-la-déveine ! salua amicalement le blond. Comment allez-vous ?

Mais le mafioso ne répondit pas, les yeux rivés sur sa fille. Sa fille… enceinte jusqu’aux yeux !

- Maledictione ! s’écria-t-il. Luna… ma toute petite…

Il fondit en larmes alors que la jeune femme restait perplexe.

- Papa ?

Elle se fit aussitôt enlacer par cet homme qui a quitté New-York pour la revoir.

- Ma Luna… Ne t’inquiètes pas… ton père va tenter de te libérer… de tes ravisseurs…

- Quoi ?

Aussitôt, elle se défit de l’étreinte, déboussolée. Puis, elle comprit : son père croyait que Spirou et Fantasio l’avaient kidnappée. Elle ne put faire mieux que d’en rire…

Fantasio et Seccotine s’échangèrent un regard plein d’incompréhension.

- As-tu compris quelque chose ? demanda le journaliste.

- Malheureusement, non. C’est cet accent qui m’en empêche…

Vexé, Vito s’adressa à eux en français.

- Qu’avez-vous fait à ma Luna ?

- Nous ? Rien, répondit le blond. Demandez plutôt à votre gendre… Oh, le voilà !

Spirou entra justement dans le salon, chancelant, une main appuyée à un œil qui noircissait… à vue d’œil.

- En voilà des façons de se présenter à la p-

De son œil indemne, il vit enfin qui l’avait frappé en entrant. Mais il n’eut pas le temps de réagir, Vito le plaquant furieusement contre le mur.

- Toi…

Or, le mafioso sentit une morsure au tibia, ce qui le força à relâcher le rouquin.

- Ça faisait un temps que je n’avais pas mordu quelqu’un, sourit Spip.

Luna trouva alors l’opportunité de s’opposer entre son père et son amant.

- Papa, cela fait des années que j’ai fuit New-York… Pourquoi me retrouver maintenant ?

Vito hésita à raconter cette longue histoire. En effet, comment lui expliquer que, depuis qu’il avait appris le lien unissant sa fille et Spirou, il avait fait plus que son possible pour la retrouver ? Il ne voulut point commenter ces embarquements illégaux (et ces expulsions par-dessus bord), ni ces harcèlements animaliers, ni ces embouteillages provoqués accidentellement, ni le reste de ses malchances. Par contre, il pouvait bien dire que…

- C’est Raulo qui m’a dit où tu étais. Il était dur à convaincre, mais j’ai pu le faire changer d’avis en lui promettant un petit voyage en Russie…

Russie ? Voilà qui n’étonna pas Luna, sachant que c’était là où habitait Nikita Vlalarlev. Mais pourquoi voulait-il voir Nikita ? Ça, c’est une autre histoire…

- Spirou ? Est-ce que tout va bien ?

Le rouquin repoussa gentiment le bras de Seccotine, disant qu’il va bien. Mais son œil, pourtant, disait le contraire… C’était cet état qui poussa Luna à reprendre la parole.

- Regarde où j’en suis, papa. Que ça te plaise ou non, je reste ici.

- Petite impertinente ! Tu iras réfléchir dans ta chambre !

- Je ne suis plus petite !

Fantasio se vit obligé se s’interposer.

- Très bien, je vois que vous avez un différent à régler, mais, pour le moment, il vaudrait mieux que je montre notre chambre d’ami à celui qui vient de loin…

- Chambre d’ami, mon œil !

Vito, n’ayant pas entendu le sarcasme de Spirou, accepta volontiers l’invitation et suivit le blond alors que son genre se laissa tomber sur le canapé.

- Aïe… maintenant, je sais que ces coups de poing se transmettent de père en fille…

Avant que Luna ait pu répliquer, Seccotine s’éclipsa en promettant de revenir dans la pièce avec une serviette d’eau froide. Entre temps, Lily-Ann grimpa sur le canapé et regarda Spirou d’un œil inquiet.

- Bobo ?

Le rouquin lui sourit faiblement.

- Ce n’est rien. Vraiment rien…

Ayant retrouvé entièrement ses esprits, il put se relever et mener la fillette vers sa chambre pour un petit somme. Mais ayant, il embrassa Luna et lui dit :

- Je reviens très vite.

Était-ce une prédiction ? Car, quelques minutes après, Luna appela Spip et lui dit, sourire aux lèvres :

- Dis à Spirou que le bébé va enfin naître…



Musicographie :
Spirou chantait Clocks, de Coldplay
Seccotine, La Isla Bonita, de Madonna
et
Fantasio, Vertigo, de U2

Sur ce, à bientôt pour l’accouchement tant attendu :D