Lily-Ann était si mignonne… Elle l’était encore plus lorsqu’elle dormait. Sur le côté, en position fœtal, un pouce entre ses lèvres, tout en elle était sérénité. Comme il est bon d’avoir l’innocence d’un enfant…

Soudain, une légère secousse tira Spirou de sa contemplation.

- Eh, vieux ! Ta compagne va mettre bas !

- Spip, je t’en prie, Lily-Ann dort…

- Suis-moi ou sinon JE HU-

Mais le rouquin plaqua sa main sur la bouche de l’écureuil et tous deux sortirent de la chambre. Enfin, il libéra son animal domestiqué.

- Voilà. Maintenant, tu peux agir sans la réveiller.

- Tu es sourd ou quoi ? LUNA VA ACCOUCHER !

- Luna va accoucher ! s’exclama Seccotine en les rejoignant.

- Enfin ! Quelqu’un qui sait m’écouter !

Sans plus attendre, Spirou se précipita vers les escaliers mais, au passage, bouscula Fantasio et Vito.

- Spirou ? Mais qu’est-ce qui t’arrive ?

- Luna va accoucher !

- Quoi ? Ma Luna ?

Sans un mot, le rouquin continua sa course, le mafioso sur ses talons.

- Euh… et moi, dans tout ça ? demanda le blond.

-xxx-

Toujours assise sur le divan, Luna contrôlait tant bien que mal sa respiration, mais les contractions étaient aussi douloureuses. Elle sentit alors deux mains sur ses épaules.

- Ça va aller. Je suis là.

Elle avait le goût d’engueuler son amant, surtout en ce qui concerne ce moment d’absence qui lui parut si long, mais elle n’eut pas le temps, car une autre voix ajouta :

- Ma toute petite… Ton papa est là.

- Combien de fois vais-je te répéter que je ne suis plus ta toute petite ? murmura Luna entre ses dents.

Avec l’aide de Spirou, elle put se relever et être soutenue par lui.

- Ne t’inquiète pas, lui dit-il. Nous serons vite rendus à l’hôpital…

- Il en est hors de question ! s’opposa Vito. Elle accouchera selon la tradition sicilienne : à la maison !

- On ne change pas les plans, papa ! J’ai choisi l’hôpital et c’est à l’hôpital que nous i- Aïe !

Ne pouvant plus supporter la douleur de sa fille, Vito se plia à sa demande.

- Mais c’est moi qui conduit ! ajouta-t-il.

- Je ne vous fais pas confiance !

- Arrêtez, tous les deux ! Réconciliez-vous ou je vous force à vous embrasser !

Spirou pâlit comme un drap.

- Tu n’es pas sérieuse, j’espère ?

- Le seul baiser que je pourrais lui donner est celui de la mort…

- Papa !

Une autre contraction lui coupa le souffle. Spirou décida d’en finir avec cette querelle.

- Je propose de l’amener à l’hôpital. Après, nous aurons amplement le temps de nous disputer.

- Je suis entièrement d’accord, approuva le mafioso.

-xxx-

Cependant, la journée était loin d’être terminée. En effet, lorsque Spirou se présenta à la réception…

- Si vous êtes venus pour un œil enflé, ce n’est pas l’endroit, répondit une stagiaire. C’est un hôpital ici, pas une clinique.

Le rouquin, qui avait jusque là oublié ce petit « inconvénient », faillit perdre patience.

- Pour l’œil ? Ça ne se voit pas que je suis venu pour un accouchement ?

Mais ce n’était pas tout, car, en cours de route vers l’aile de maternité, nombre d’infirmières se proposaient de lui apporter quelques soins.

- Mais mon œil va bien ! s’opposa farouchement Spirou.

Luna agrippa solidement la main que lui avait tendue son amant, tentant de garder tout le sang-froid dont elle était capable. Puisqu’elle en aura vraiment de besoin…

-xxx-

Lorsque Fantasio, Seccotine et Lily-Ann (et Spip, caché dans une poche de veston de Fantasio) arrivèrent quelques heures plus tard, ils retrouvèrent Vito dans la salle d’attente du bloc opératoire.

- Que se passe-t-il ? demanda le blond. Pourquoi on vous retrouve ici plutôt qu’à la maternité ?

- Je crois savoir pourquoi… souffla son épouse.

Elle confia sa fille à son père, puis elle prit place près du mafioso.

- Ne vous inquiétez pas, votre fille va s’en sortir. Ce n’est pas une césarienne qui va la faire mourir !

- Secco, je trouve que tu sautes trop vite aux conclusions, réprimanda Fantasio.

- Non… dit faiblement Vito. Elle a raison…

De douloureux souvenirs lui vinrent à la mémoire, remontant à plus d’une vingtaine d’années. Toutes les femmes de la famiglia s’étaient activées autour de Francesca, qui ne cessait de s’épuiser dans ce pénible accouchement. On lui avait pourtant dit qu’elle n’était pas faite pour porter un enfant, qu’il y avait des moyens de détourner « les voix du Seigneur », mais elle ne voulait rien savoir. Au risque de perdre sa vie, elle avait fini par donner naissance à Luna, cette nuit-là.

Et, lorsque le nouveau père put prendre pour la première fois cette fragile enfant nouveau-née, les larmes lui vinrent aux yeux. Pour une rare fois, il était chanceux dans sa malchance…

-xxx-

Un vague sourire éclaircissait le visage de Luna. Les lumières aveuglantes du bloc opératoire donnait à Spirou, dont sa tête était penché au-dessus d’elle, un effet de contre-jour. Elle ne dit pas un mot à propos du casque de chirurgie, qui cachait ses cheveux et le rendait ridicule. Elle n’avait pas la force… seulement celle de sourire…

L’opératoire s’était très bien déroulée. Alors que l’enfant était confié aux soins des infirmières, le chirurgien pratiquait les points de suture nécessaires pour refermer l’ouverture à l’abdomen. La nouvelle maman ne broncha pas, mais il fallait avouer que l’anesthésie locorégionale y était pour quelque chose.

Le rouquin embrassa la brunette sur le front. Il admirait le courage dont elle faisait preuve, depuis cette décision prise avant l’accouchement jusqu’à la toute fin. Lui-même ignorait s’il aurait été capable d’une telle ténacité…

- M. Spirou ?

Il se retourna. Une infirmière lui tendait l’enfant, emmailloté d’une couverture bleu. Avec émotion, le jeune homme prit dans ses bras son fils à peine naissant. Si délicat, si replié… il avait si peur de le déranger dans son sommeil…

Puis, se rendant compte que sa compagne n’allait pas tarder à imiter son enfant, le rouquin le lui présenta.

- Regarde, Luna… C’est Gaeth… Notre fils…



Message de l’auteure : Eh oui, un garçon ! Amber, tu me dois 10 euros ! ;)