Champignac en Cambrousse (Belgique), 13 juin 2006

-Et si vous récitez les calculs, inversez les molécules, observez avec un recul et… voilà!
Alors que le comte de Champignac récitait les formules de sa nouvelle invention révolutionnaire, il y avait longtemps que Fantasio s’était endormit sur l’épaule de son ami et collègue Spirou. Le rouquin, lui, écoutait avec attention. Il était subjugué par cette invention qu’il qualifierait de révolutionnaire.
-Vous croyez que ça marchera?
Le conte releva la tête vers lui.
-Absolument, Spirou!
-Alors dans ce cas, ça serait absolument génial! Vous vous imaginez tout ce qu’on pourra faire avec ça! Et toi, qu’est-ce que t’en pense, Fantatio? Fantasio? Fantasio!
Spirou donna un bon coup de coude dans les côtes de son ami qui se réveilla enfin.
-Hein? Oui? Quoi?
Spirou pointa l’invention du comte.

Fantasio regarda la machine. Elle ressemblait vaguement à un hot-dog long de trente centimètres, à la différence que le « pain » était gris et que la « saucisse » était noire et munie de cinq cavités.
-Et ça sert à quoi? demanda Fantasio sur un ton qui se voulait intéressé mais qui ne l’était définitivement pas.
-Ça? Mais c’est une invention RÉ-VO-LU-TION-NAIRE!!! lui répondit le comte avec une voix surexcitée. C’est le Transépoc! Ça sert à voyager au travers des époques et des lieux. On a juste à rentrer le lieu et la date ou on veut aller grâce à ces petits trous ici pour être soudainement téléporté. Tu veux essayer?
Le comte brandit la machine sous le nez du reporter.

Fantasio accepta. Après tout, il ne courrait pas vraiment de risque si on comptait le nombre de fois ou les inventions du comte fonctionnaient… Il saisit la machine et entra une date au hasard. Sans attendre les recommandations du comte, il enclencha la machine.

POUF!!!

Une drôle de détonation s’en suivit. De la fumée envahit la pièce. Elle prit quelque minutes à se dissiper. Par terre, il n’y avait plus aucune trace de Fantasio, seulement le Transépoc.
-C’est normal tout ça? demanda Spirou, inquiet.
-Pas du tout! paniqua le comte. Il n’a pas rentré de lieu!!!
-Et?
-Tu imagines la catastrophe s’il se retrouve sur la lune, seul et sans oxygène?!?
Le teint de Spirou pâlit considérablement.
-Oh non… Fantasio…


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Romano-Fafard (Galaxie de l’ornithorynque chauve), 10 novembre 2037

Charles Patenaude, capitaine du célèbre vaisseau Romano-Fafard, faisait les cent pas dans la salle de commandement en l’exécrable compagnie de son second officier et scientifique, Brad Spitfire.
-Je peux pas croire que vous la laissiez continuer ses inventions sans rien dire! Un moment donné, elle va tous nous faire sauter et…
-Non Brad.
Après que Charles lui aie donné un coup du revers de la main dans la nuque en prononçant sa formule magique, le scientifique s’écroula.

Charles Patenaude était un capitaine juste et courageux. Blond, les yeux gris-bleu, costaud, il incarnait la force et inspirait le respect. Pour sa part, Brad était grand, mince et chétif. Ses cheveux bruns peignés sur le côté de manière très statique, les yeux pers sombres, il n’était pas laid du tout, mais ne savait pas se mettre à son avantage. Si Charles attirait la confiance et l’admiration, Brad, lui, attirait les coups comme un cadavre attire les mouches. D’ailleurs, ainsi affalé sur le sol, il avait vraiment l’air d’un mort.

Alors que Charles avait cette pensée plutôt réjouissante, « elle » arriva. Accompagnée d’un gigantesque androïde sur lequel il y avait écrit « S-2 », Pétrolia Parenteau-Stanislavski sautait de joie en entrant dans la pièce, ce qui avait pour effet de faire bouger ses mèches bouclées de couleur brun-rouge sur ses épaules.
-Capitaine! Capitaine! Je viens de créer l’invention du siècle! J’ai appelé ça le « truc-bine pour flyer dans l’vide full gros en allant full vite pis qui est full nice ».*
-Hein?!?
Charles n’avait rien comprit de ce que sa technicienne venait de lui dire. Il faut dire qu’ayant grandit sur une station spatiale russe seule avec son robot, elle n’avait pas développé un très bon vocabulaire…
-Ben… j’ai pensé à lui mettre un nom plus court, parce que ça c’était le nom scientifique. J’ai appelé ça une « gogosse patentée ».**
Brad, qui s’était relevé, lui jeta un regard rempli de méprise.
-Pourquoi pas une « affaire » tant qu’à y être?
-J’y avait pensé, mais je me disais que c’était laid comme nom.
Brad poussa un long soupir.

Charles l’ignora et se tourna vers Pétrolia.
-Et à quoi sert cette « invention du siècle », comme vous avez dit, Pétrolia?
-C’est simple capitaine. Ça sert à voyager dans le temps! Avec ça, on peut aller à la date qu’on veut et au lieu qu’on veut! C’est pas cool juste un peu!
-Mais c’est absolument génial! s’enthousiasma le capitaine. On pourrait peut-être envoyer Brad au Crétacé supérieur?
-Ha. Ha. Ha. Très drôle, répliqua le concerné. Moi je suis certain que ça marche même pas.
-Très bien, fit Charles en prenant la gogosse patentée des mains de Pétrolia. C’est vous qui allez tester la machine.
-Je suis désolé, mais je peux pas. J’ai un traitement de canal par MSN tantôt…
-Tout de suite! Et c’est un ordre!
Brad grommela quelque chose pour lui-même et prit l’invention. Sans même attendre que Pétrolia lui explique son bon fonctionnement, il l’enclencha et elle lui sauta à la figure, répandant dans le pièce une fumée noire et malodorante.

Lorsque la fumée fut dissipée, on pu constater la disparition de Brad et que la machine était sur le sol, en pièces.
-Oh non! s’exclama Pétrolia.
-Brad! Notre seul scientifique à bord! Y’é pu là!
-C’est pas pour ça que je m’inquiétais. C’était plus pour mon invention, fit la technicienne.
Charles ne put s’empêcher de sourire. Toutefois, devant l’urgence de retrouver le seul homme sur le vaisseau capable de lire un rapport de sonde, il sonna l’alerte.



  • Traduction approximative : « La chose pour aller très vite dans le grand vide et qui est super cool »
    • « Gogosse » voudrait dire « machin » et « patente », « patenter » et autres mots de même famille se rapporteraient à « bricoler », « bricole »… Tout cas, vous avez comprit le principe…