Le comte semblait nerveux comme ça n’était pas possible. Spirou le regardait prendre des papiers de calculs et diverses matériaux de construction pour des inventions et fourrer le tout dans une valise.
-Monsieur le comte? On pourrait pas tout simplement reconstruire la machine et faire l’opération inverse pour ramener Fantasio?
-C’est impossible Spirou. Ça n’est pas moi qui ai conçu les plans de cette machine. Ce sont deux garçons qui sont venus me voir lors d’une grande conférence scientifique à Montréal. Ils m’ont donné leur plan parce qu’ils n’avaient pas le budget pour fabriquer leur création. On doit absolument retrouver ces deux garçons! Ils m’ont donné le nom de leur école, alors ça devrait être assez simple… Il n’y a qu’eux qui sachent comment ajuster le Transépoc de manière à ce que nous puissions faire opération inverse même sans avoir de lieu. S’ils sont capables, bien entendu…
Spirou ravala sa salive, inquiet de ne jamais revoir son ami.

Le comte ferma sa valise puis, il se tourna vers le reporter.
-Tu vas venir avec moi, Spirou?
-Bien sûr! répondit le rouquin sans l’ombre d’une hésitation.

Spirou et le comte se dirigèrent vers le garage. Le comte mit sa valise dans a voiture du reporter, située sur l’allée asphaltée de l’entrée. Il s’en alla pour entrer dans la voiture quand il senti quelque chose lui tirer le bas de ses pantalons.
-Ah! Spip! On allait t’oublier!
L’écureuil ignora la remarque et se mit à gesticuler en malade en pointant le bout de l’allée.
« Y’a un homme inconscient! Faut savoir qui c’est! »
Spirou, bien entendu, ne comprit rien de ce que Spip avait dit, mais il avait saisit le sens de ses mouvements.

Le rouquin se rendit au bout de l’allée en courrant, suivi de près par le comte de Champignac et par Spip. Il vit bel et bien quelqu’un par terre, inconscient. Un homme dans la mi-vingtaine dont le visage était taché de suie. Spirou lui secoua doucement l’épaule pour le réveiller. L’homme ouvrit les yeux, l’air confus. Il regarda autour de lui, puis, dans une violence telle que Spirou en sursauta, il se rassit et hurla :
-PÉTROLIIIIIIIIIIIIIIIAAAAAAAAAAAAA!!!!!!
Il semblait totalement furieux. Son visage était presque aussi rouge que son uniforme.

Il remarqua Spirou qui l’observait, ce qui semblait le calmer.
-Excusez-moi, murmura-til, gêné.
-Vous êtes canadien? demanda le comte.
L’homme tourna la tête et regarda le drapeau du Canada de cousu sur sa manche.
-Oui. Ça cause un problème?
-Mais pas du tout! Au contraire, ça m’arrange! Vous connaissez Montréal?
-Comme la fond de ma poche, certifia l’homme.
-Parfait!!!
Spirou dévisagea le comte pour son drôle de comportement.

Le reporter se leva et murmura à l’oreille du comte :
-Pourquoi lui avez-vous demandé ça?
-On aurait bien besoin d’un guide!
-On devrait peut-être attendre de savoir qui il est.
-Heu… Oui, en effet…
Le teint de Pacôme avait légèrement rougit.

Spirou se tourna vers l’inconnu qui s’était relevé.
-Qui êtes-vous?
-Moi? Je suis Brad Spitfire, scientifique et second officier à bord du Romano-Fafard. Et vous êtes?…
-Moi je m’appel Spirou. Mon écureuil c’est Spip et lui, c’est le comte de Champignac.
-Le comte Pacôme de Champignac?
-Comment vous avez deviné? demanda le concerné.
-Mon père m’a beaucoup parlé de vous. Et toujours en bien, répondit Brad.
Le comte haussa un sourcil.
-Quel est le nom de votre père?
-Jerry Spitfire.
Champignac ouvrit grand les yeux avant de tomber sur le sol, inconscient.


********

Pétrolia avait rassemblé les vestiges de la gogosse patentée dans le poste de défense du vaisseau. Sur une petite table, elle regardait les pièces, subissant la colère continue et la mauvaise humeur du capitaine.
-Ca… Capitaine… Je comprend pas cette formule-là, fit-elle d’une voix tremblante en regardant son plan.
-Peut-être pourrions nous demander au scientifique de bord de vous la lire… Mais c’est vrai, j’oubliais! On a plus de scientifique à bord!
Charles prit une grande inspiration pour se calmer un peu.
-Écoutez Pétrolia. À partir de maintenant, vous n’avez plus le droit d’inventer quoi que ce soit.
-Quoi?!? Mais…
-Tut-tut, coupa le capitaine. C’est un ordre et c’est final. Vous me ramenez Brad et après, c’est fini. F-fi-fi, n-ni-ni.
Là-dessus, Charles quitta la pièce en prenant l’échelle pour descendre dans la salle de commandement.

Pétrolia senti une main saisir la sienne. Elle releva les yeux pour voir les yeux bruns et sombres d’un bel homme dans la mi-vingtaine. Ses cheveux en bataille, sa petite taille et son nez au bout rond lui conféraient un air timide qui ne voulait pas partir, même lorsqu’il tentait d’avoir l’air sûr de lui. La technicienne se jeta dans les bras de cet homme en lui disant dans l’oreille, la voix coupée par endroits par des sanglots :
-Flavien! Dis quelque chose! Je… suis certaine que tu peux raisonner le… le capitaine. Il peut pas m’empêcher de… de bricoler! C’est la chose que j… j’aime le plus au monde!!!
-Je sais, Pet. Mais… Je peux pas rien faire. Le capitaine à l’air vraiment décidé. Même Valence ne saurait pas le convaincre.
Valence, psychologue du vaisseau, était la petite amie du capitaine. Flavien le savais depuis longtemps, mais les autres l’ignoraient.

L’opérateur radar remarqua alors un truc étrange.
-Pétrolia? Comment ça se fait que t’étais pas capable de lire un plan que t’as écrit toi-même?
La technicienne semblait mal à l’aise.
-C’est parce que… c’est pas moi qui aie fait les plans, c’est mon père. Sans lui, on peut pas rien faire.
Flavien ravala sa salive.
-Mais ton père est…
-Mort quand j’avais 15 ans, je sais!!!
Pétrolia lui agrippa le collet lui demanda d’une voix suppliante :
-Tu le diras pas au capitaine, han? Je suis certaine qu’on va bien finir par saisir le sens de ces formules-là. Faut juste me laisser du temps pour que je puisse le faire. Avec un ordinateur, je devrais être capable.
Flavien ne dit rien. Il aimait Pétrolia de tout son cœur, mais il y avait six milliards de terriens qui attendaient après eux qu’ils trouvent enfin une nouvelle planète pour les déménager. Et sans scientifique pour lire les rapports de sonde… De plus, il désirait rester loyal au capitaine Patenaude, qu’il considérait comme un vrai père même s’il n’était son aîné que de quelques années. Il ne savait pas jusqu’où il pouvait aller pour aider Pétrolia sans trahir la confiance de Charles.
-C’est beau, je dirai rien, promit-il finalement.
-Merci!
Elle l’embrassa langoureusement.

Un bruit indiquant le retour de Bob et Serge-2 de l’exploration de la planète Timbits les éloigna l’un de l’autre. Ils descendirent dans la salle de commandement.
-C’est… J’en reviens juste pas!
Bob, le pilote, semblait tout excité. Gros et noir, il avait enlevé le casque de son scaphandre, laissant voir sa tuque bleue et noire.
-Serge le ramène. On l’a trouvé inconscient. J’en reviens juste pas!
Le téléphax émit de nouveau son bruit si particulier (qui était d’ailleurs le même que celui d’un fax) et le gigantesque androïde qu’était Serge-2 fut embarqué dans le vaisseau. Il transportait dans ses bras un homme blond vêtu d’une veste bleue. Ce-dernier semblait bel et bien inconscient. Le robot lui foutu une bonne baffe en pleine tronche et il eut tôt fait de se réveiller.

Charles jubilait presque. Cet homme était terrien! Il voyait enfin un des siens!
-Bonjour! Hello! Buenos dias! Comprenez-vous une de ces langues?
L’homme hocha la tête. L’air confus, il regarda autour de lui. Il ouvrit les yeux très grands par panique puis, retomba dans les pommes.
-Terge… Berge… Guerge… Tout cas, vous le robot. Transportez-le au centre de santé.
L’androïde se mit au garde-à-vous avant d’obéir à son supérieur.