- ¡Queridos compañeros de profesión, me complace darles la bienvenida al 25º congreso internacional de periodistas!

L’Auditoire du centre de conventions nord de l’IFEMA fut rempli par l’applaudissement général que les paroles du maître de cérémonie avaient provoqué parmi les plus de 1000 invités venus de presque toutes les parties du monde. Nonobstant, aux premiers rangs de fauteuils, dans le secteur des représentants de Belgique, il y en avait un qui se remuait en son siège, nerveux. Son copain d’à côté détecta ce mouvement et dit, avec une certaine touche d’ironie:

- Quoi? Tu ne serais pas nerveux, hein?
- Comment veux-tu que je le soit?! – répondit la personne en question, ne laissant s’ajuster son noeud papillon, pendant que la maître de cérémonie continua en parlant – Quand cette bonne dame finira de donner son discours de bienvenue, ce sera mon tour de parler!
- C’est tout un honneur…
- Ce n’est pas l’honneur qui me préoccupe – fit l’autre en se mordant les lèvres – mais toute la gent qui est venue aujourd’hui!
- Ne me dis pas que tu as le trac! – rigola son copain.
- Je me permets de te rappeler que c’est toi qui donne les conférences de nos reportages… Tu es plus habitué à ces choses que moi…
- Mais ce n’est pas non plus la première fois que tu donnes un discours…
- Le public en ce temps-là ne surpassait pas 500 personnes… maintenant c’est plus du double!
- Fantasio… - le rouquin déposa une main sur l’épaule de son blond ami pour le tranquiliser – Tu le feras bien, mon vieux. Ça fait presque trois semaines que tu pratiques ce discours, tu as même ramené des cartons avec les mots clés… rien ne peut rater!
- Ben, oui… t’as raison… ce sont seulement les nerfs…
- C’est ça, tout est question de se calmer… allez, respire à fond… – Spirou fit une grande inspiration, puis lâcher l’air peu à peu et encouragea son copain à l’imiter trois fois plus – Alors, ça va mieux?
- Un peu, oui…
- … y ya sin más preámbulos, les invito a escuchar a nuestro compañero venido de bélgica, que recientemente ha cosechado numerosos éxitos con sus exposiciones fotográficas sobre el japón de nuestros días. ¡Demos una calurosa bienvenida al Sr. Fantasio!
- Râaah, mon tour déjà! – râla le blond, puis il s’obligea à se calmer en prenant une grande inspiration – Ok, maitenant je suis prêt. Souhaite-moi bonne chance – dit à son copain en se dirigeant vers la tribune.
- Bonne chance! – lui répondit-il à son tour, se joignant à l’aplaudissement géneral.

À pas résolus (ou tout le résolu que pouvait quelqu’un aussi nerveux que lui) Fantasio se dirigea vers la maître de cérémonie et après la poignée de main de rigeur, il occupa la place qu’elle lui avait laissée. Il se racla la gorge, ajusta le micro à sa hauteur et jeta un dernier coup d’oeil à ses cartons. Et alors il commença:

- Mes chers collègues de profession – à mesure que Fantasio parlait, les traducteurs présents à la salle s’efforçaient de répéter le même discours en espagnol, anglais, allemand… et de le transmetre grâce aux émetteurs-récepteurs qui avaient été remis préalablement à tous les invités, afin que tous pouvaient suivre les conférences sans problème – je me sens bien honoré d’être avec vous aujourd’hui et de, avec mon discours, inaugurer ce congrès qui célébré à Madrid sa 25ème édition. Bref, j’en voulais commencer par…

Soudain, une mélodie de portable retomba dans la salle, grâce aux hauts-parleurs distribués tout le long du mur et connectés au micro que Fantasio avait devant lui. Le photographe rougit de honte quand il s’aperçut que c’était son prope portable, celui qui avait interrompu son discours si inopportunément.

- Euh… excusez-moi… - après avoir présenté ses excuses à basse voix, il porta sa main à sa poche et s’empressa à peser sur le bouton d’annulation pour rejeter l’appel. Puis il se racla la gorge, nerveux, et reprit le discours là où il l’avait laissé – Hum… qu’est-ce que je disais… ah, oui. Je voulais commencer mon discours avec un rappel pour tous ces copains que…

Le portable sonna encore, avec insistance pour la nervosité de Fantasio et honte pour lui du reste des personnes présentes. Cette fois-ci, il sortit l’appareil de sa poche et après avoir rejeté l’appel une autre fois, il s’assura de le mettre en mode silencieux.

- Ehem… désolé, euh, “Discúlpenme” – s’excusa de nouveau en essayant de prononcer ce mot en posant le meilleur accent espagnol qu'il était capable – Je disais que je voulais faire un rappel pour tous ces copains décédés en acte de service – à ce moment-là, le portable s’est mis à vibrer, mais Fantasio fit l’effort de l’ignorer – Car, il faut ne pas oublier que notre métier a parfois des risques… - l’appareil insista sans arrêt, ce qui rendait de plus en plus nerveux le journaliste - …des risques qui, en quelque sorte, il faut courir pour révéler la vérité au public… - le portable menaçait de sortir de sa poche et Fantasio, ne pouvant plus se retenir, décrocha finalement, fâché – QUOI??!! – le micro grinça à cause de l’exclamation du blond, qui, s’apercevant de sa gaffe, l’éteindra rapidement – Monsieur le Comte, c’est pas le meilleur moment pour m’appeller, voyons!
- Excuse-moi de vous déranger, Fantasio – fit le Comte de Champignac à l’autre bout du fil – mais le portable de Spirou est éteint et je voulais parler avec lui de toute urgence… pouvez-vous me le passer?

Se contenant pour ne pas hurler encore et pensant fugacement qu’il aurait dû faire comme son copain pour s’épargner si lamentable spectacle, le blonde acquiesça, abandonna la tribune pour un moment et se dirigea directement vers son copain, pendant que plus de mille regards suivaient ses pas.

- C’est pour toi. – dit-il en passant le portable d’un geste irrité à Spirou, dont les joues commençaient à acquérir un ton de couleur pareil à celui de ses cheveux.

Pendant que Spirou répondait discrètement à l’appel, Fantasio retourna à la tribune, se racla la gorge une fois de plus et commença à nouveau.

- Comme j’étais en train de dire… - il jeta un coup d’oeil à l’endroit où Spirou était en train de parler avec M. le Comte, pour s’assurer que cette fois, il ne serait pas dérangé. Puis, satisfait, il continua - Notre métier a des risques qu’il faut courir parfois au nom de la liberté d’expression. Une liberté qui manque encore dans certains pays… Donc, il est notre devoir moral de continuer l’honorable tâche de ces copains, devenus martyrs de notre profession par les circonstances. Parce qu’il n’y aura jamais une guerre, conflit armé ou révolution qui ne doit rester sans être dénoncé, raconté, documenté avec rigueur, pour les générations futures! – animé par le succès de son discours, le blond n’avait pas remarqué que Spirou s’approchait de la tribune en vitesse et ainsi il continua – N’oublions pas, mes chers camarades, que c’est justement de l’information réunie par les moyens de communication que naît la mémoire historique de nos jours, et c’est donc important que…
- Aaah, voilà, c’est ça, - dit Spirou en arrachant le micro des mains de Fantasio – on doit faire notre possible pour éviter les guerres, merci de nous avoir écouté! – puis, il agrippa la main de son ami et abandonna rapidement avec lui la salle, au milieu des chuchotements de confusion du reste des invités.
- Mais, Spirou, quelle manière est-ce d’interrompre mon discours!? – s’écria l’entraîné, mi-confus, mi-contrarié – J’allais les laisser bouche bée!
- Le Comte vient de me donner une nouvelle incroyable, on doit filer vers Grenade! – s’expliqua tout simplement le rouquin.
- Vers Grenade??? Mais que diable allons-nous faire en Grenade?! Et le congrès alors?
- C’est plus important. Devine qui a été admis à l’hôpital San Rafael après avoir été repêché d’un "patera"…
- ‘Sais pas et je m’en fous! – protesta le blond - Pourquoi devrais-je abandonner Madrid, nom de nom?


***

Les notes d'auteure fournies d'explications ^_^: Le problème de l'immigration illégal c'est un problème bien ancien dans notre pays, mais suite aux nouvelles politiques d'immigration, ça a été aggravé aux derniers 4-5 ans, jusqu'au point que dans certaines cités du sud de l'Espagne, la population immigrante dépasse la locale. Quand Averell proposa un scénario qui aurait lieu en l'Espagne ET en Afrique, j'ai immédiatement pensé à ce sujet comme le moteur principal de l'histoire...

Sur le mot “patera” : en espagnol patera c’est une “embarcation rustique de peu calaison” (d’après la définition de mon dic’ :P) La traduction littérale de ce mot en français était patère, mais après avoir passer le chapitre par le filtre de la correction, Kristaline m’a signalé que le mot patère se définissait plutôt par “support à vêtement” et que le mot plus correct dans ce cas serait “cargo” Nonobstant “cargo” impliquait une embarcation plus élaborée et solide que celles avec lesquelles les immigrants venus de l’Afrique arrivent aux côtes espagnoles et puis le mot n’était pas le plus indiqué pour le cas. Après plusieurs délibérations j’ai opté pour mettre le mot original en espagnol, patera, entre guillemets afin de le distinguer comme un mot unique et expliquer son significat lors des notes d’auteure.

Sur les phrases en espagnol: Comme vous aurez remarqué, certaines phrases ont été laissées en espagnol dans l'original, afin de donner un peu plus de réalisme à l’histoire. Pour tous ceux qui ne comprennent rien d'espagnol, je vais vous donner ici la traduction approximée:

"(...) mes chers collèges de profession, je suis heureuse de vous souhaiter la bienvenue au 25éme congrès international des journalistes!"
"... et maintenant, sans préambule, je vous invite à écouter notre copain venu de Belgique, qui a récemment obtenu un grand succès avec son exposition photographique sur le Japon de nos jours... Une chaleureuse bienvenue pour M. Fantasio!"