Plusieurs heures plus tard et après avoir laissé leurs valises et Spip dans un hôtel, les deux journalistes montaient les escaliers de l’entrée principale de l’hôpital. Fantasio n’avait pas arrêté de protester tout au long du trajet, maudissant le fait que le rouquin l’avait de nouveau poussé dans un mystère qui menaçait de devenir une de ces aventures particulièrement longues que ne laissaient aucun moment de souffle.

- Et en plus, presque deux heures pour trouver une place de stationnement libre… Pays de fous! – grogna-t-il.
- C’est la saison des touristes, tu espérais autre chose? – remarqua son copain – En plus, on a eu de la chance finalement…
- Si tu apelles chance à avoir trouvé une place assez restreinte, à cinq pâtés d’ici… vingt minutes de trotte!
- Arrête de te plaindre et aide-moi à questionner cette dame-ci… - dit le rouquin par rapport à la réceptionniste, une dame aux alentours de la cinquantaine, débordée par tout le boulot qu’elle avait en main, entre les patients qui ne cessaient d’arriver et d’autres qui questionnaient aux cinq minutes pour les patients familiers.
- A ver ¿y a usted qué le pasa? – questionna-t-elle quand les deux journalistes arrivaient enfin jusqu’a elle - ¿Ha traído la cartilla?
- Quoi?
- Je crois qu’elle a demandé si tu avais la carte sanitaire… - éclaircit Fantasio.
- Ah! Aaaah… non, non, madame, euh… ‘veux dire “Señorita” – Spirou fit un effort pour communiquer avec elle dans la langue locale – Voyons, euh… “Busco a un paciente…” Euh, “me avisaron de que veniera…” Non! “viniera” euh…. bof…
- ¿Sabe el nombre del paciente? - Elle dit que…
- Je sais! – Spirou interrompit le blond, le froudrayant du regard, et se reprochant à lui-même de n’avoir pas plus étudié le livre de grammaire en espagnol que Fantasio, par contre, avait lu attentivement pendant le voyage en avion de Bruxelles à Madrid – Euh… John Helena, “busco a John Helena”
- Ah, sí… - fit elle sans trop d’intérêt – Bueno, esperen aquí, avisaré a la médico que le atiende…
- No hace falta, ya estoy aquí – interrompit une jeune femme en blouse blanche, les cheveux frisés attachés en une queue de cheval haute et yeux foncés derrière ses lunettes – Monsieur Spirou, je présume – s’adressa-t-elle à lui, tendant la main pour les saluer – Docteur Silvia Torres, c’est moi qui vous a fait appeller…
- Tiens, enfin une espagnole qui parle notre langue! – fit Fantasio avec curiosité.
- J’ai étudié ma dernière année de carrière en France, grâce à une bourse Erasmus, j’ai appris là… Alors, veuillez m’accompagner par ici, messieurs…

Tout au long du trajet de l’accueil jusqu’à la chambre où Helena reposait, la médecin eut le temps de leur expliquer tout ce qu’il était arrivé au patient: des agents de la Guardia Civil l’avaient trouvé avec plus de 60 immigrants marocains à bord d’un "patera" trois jours avant, en état d’extrême hypothermie et famélique, en fait comme tous ceux qui étaient à bord avec lui. Il fut soigné dans un hôpital de campagne de la Croix Rouge en Almería, où il donna son nom et sa nationalité. Après rémission, il insista à ce qu’on lui prête un portable pour faire un appel, mais il ne réussira jamais; une soudain attaque d’épilepsie l’en empêcha. Il fut donc transporté à un hôpital local, puis à celui de San Rafael à Grenade, vu que les convulsions augmentaient en fréquence et intensité; maintenant il était stable, mais aucune idée pour combien de temps.

- En arrivant ici, en pleine crise d’épilepsie, il eut le temps de demander qu’on appellait à un certain Comte de Champignac pour qu’il avise M.Spirou… - finit la docteure alors qu’ils traversaient le couloir qui les amenaient jusqu’à la chambre en question – Nous doutons qu’il puisse s’agir d’un cas de maladie cérébrale, mais il nous faut encore confirmation du laboratoire…
- Est-il conscient? – questionna Spirou.
- Pas pour l’instant, on l’a mis sous tranquilisants. – dit-elle. – Voilà, on est arrivés… Voyez par vous mêmes…

John Helena était en effet inconscient sur son lit, connecté d’un côté avec un goutte-à-goutte contenant le sérum physiologique avec le sédatif et de l’autre côté à une bonbonne d’oxygène, respirant grâce à un masque qui couvrait bouche et nez. Spirou eut l’impression qu’il était bien plus plongé dans un profond et plaisant sommeil, à en juger par l’expression calme de son visage.

- Est-il un ami à vous? – questionna la docteure Torres.
- Bin, ami… disons plutôt qu’il est une vieille connaissance. – répondit Fantasio pour les deux – Mais la dernière fois qu’on a entendu parler de lui, il était guide touristique à l’Antarctique…
- L’Antarctique? – s’étonna-t-elle – C’est bizarre… d’après ce que j’ai appris de la police, la "patera" serait parti de Melilla la semaine dernière et…

La docteur s’interrompit en voyant qu’au même moment Helena commençait à reprendre conscience. Après avoir ouvert les yeux, il s’enleva le masque et regarda aux alentours, l’air confus.

- Où… -dit-il à voix raunque – où suis-je…?
- Hôpital San Rafael de Grenade – lui expliqua la docteure alors qu’elle examinait ses pupilles avec une petite lampe de poche – Vous avez été amené de Almería, vous vous rappelez?
- N-non, je… - balbutia Helena, encore plus confus, juste avant de s’apercevoir de la présence du rouquin et son copain – Spirou? C’est toi, vraiment? – s’exclama-t-il.
- C’est bien moi, John – répondit le rouquin, s’approchant à ses côtés – Le Comte m’a dit que tu étais là et je suis venu le plus vite possible.

Après un soupir de soulagement, puis sourire aux lèvres, Helena s’adressa à l’aventurier en déposant une main sur son épaule.

- Avec toi, il y a encore espérance… écoute, je dois te parler de quelque chose d’important, j’ai découvert…

Il s’interrompit, voyant que sa jambe commençait à se convulser sans contrôle. Le visage avant souriant d’Helena s’est changé en une expression d’horreur.

- Non… merde, ça recommence… j’ai pas beaucoup de temps… - damna-t-il, pâle de peur. Il s’agrippa plus fort à Spirou par les épaules et approcha sa face à la sienne – Spirou, tu dois les aider… j’ai tenté mais ça ne sert à rien… ils sont en danger…
- Mais qui? – interrogea le rouquin, tentant de retenir la douleur qu’il sentait alors que les mains d’Helena s’agrippaient avec trop de force à ses épaules, l’attaque d’épilepsie devenant presque incontrôlable pour lui et la docteure, qui tentait de mantenir le patient sur le lit -.
- Ils les tueront! Aide-les à s’échapper! – hurla John de plus en plus effrayé – Spirou, je t’en prie, aid…! – soudain il perdit complètement conscience et le moniteur à sa droite indiqua par une alarme qu’il venait d’entrer en arrêt cardiaque.
- ¡Joder! – laissa échapper la docteure Torres – Laissez-moi de l’espace! – leur ordonna-t-elle en écartant Spirou et commença immédiatement avec un massage cardiaque - ¡Enfermera! – appela avec urgence à celle qui venait d’entrer dans la chambre - ¡Prepara una de lidocaína y 0.5 de diacepam, YA!

L’infirmière, encore plus nerveuse que la médecin, remplit la seringue de lidocaïne, les mains tremblantes. Elle fut au point de la laisser échapper, s’il ne fut parce que la docteure Torres lui arracha de ses mains et injecta son contenu directement dans la voie connectée avec le goutte-à-goutte, pendant qu’un auxiliaire l’aidait à retenir le patient, qui convulsait encore, et un autre qui indiquait à Spirou et Fantasio que leur présence dans la chambre était de trop et qu’ils feraient mieux de patienter dehors.

Les deux journalistes firent comme on l’avait dit. Cinq minutes après, la docteure Torres sortit de la chambre, rejettant la sueur avec la main, visiblement épuisée.

- La fonction cardiaque a été rétablie et les convulsions contrôlées… - leur expliqua-t-elle en soupirant – Mais je crains que cette fois il ne se réveillera pas si facilement…
- Que voulez-vous dire? – questionna Fantasio. Spirou avait un mauvais pressentiment.
- Il est entré dans un coma… même si c’est encore tôt pour savoir s’il restera dans cet état pour peu de temps où s’il sera permanent… – dit-elle – Messieurs, je suis bien désolée, mais comme vous comprendrez, c’est pas le moment de rester ici… Je vous conseille de rentrer à votre hôtel et de vous reposer, je serais en contact avec vous dans le cas qu’il y ait des nouveautés…


***

- Même la Murène n’a pu cette fois s’échapper…

Spirou ne dit rien à ce que Fantasio venait de commenter avec tristesse. On dirait qu’il avait l’esprit ailleurs, vu son regard perdu. Fantasio soupira et paya le chauffeur de taxi qui les avait amenés jusqu’à l’hôtel où ils logeaient ce soir.

- Mais ne t’inquiètes pas, mon vieux, je suis sûr qu’ils le soigneront bien, là. – dit-il en passant un bras par-dessus les épaules de son copain alors qu’ils entraient dans leur chambre. Spirou ne répondit pas et alla au lavabo, pendant que le blond s’allongea sur le lit et remplissait sa pipe de tabac – De toute façon, si tu veux mon avis, ça devait arriver un jour où l’autre… un ex-présidiare, c’est pas quelqu’un qui reste au même lieu pour longtemps, surtout un lieu si isolé comme l’Antarctique. Vas-y à savoir dans quelles affaires redoutables était-il en… mais qu’est-ce que tu fais?! – exclama-t-il, craignant le pire en voyant que Spirou sortait de la salle de bain avec tous ses effets d’hygiène et les remettait dans sa valise.
- C’est de Melilla que partit le "patera", non? Alors, on part vers là!
- Écoute, ce qui est arrivé à Helena m’affecte autant que toi, mais soit un peu raisonnable! – le blond tenta de le convaincre que cette affaire n’était pas pour eux – Qu’est qu’on va faire nous deux seuls, là-bas?
- Trouver ces personnes qui sont en danger de mort et à qui John tenta d’aider au prix de sa santé! – répliqua Spirou, résolu, mettant leurs vêtements par la suite – Et surtout découvrir pourquoi il est parti de l’Antarctique et qu’est-ce qu’il faisait au Maroc…


***

Les notes d'auteure fournies d'explications ^_^:

Sur les phrases en espagnol (suite) :
"A voir, et vous, qu'est-ce que se passe? Avez vous ramené votre carte sanitaire?"
"Vous savez commet se nome le patient?"
"- Ah, oui (...) Bon, veuillez patienter ici, je vais aviser le docteur qui s'occupe de lui...
- Pas nécesaire, je suis là maintenant (...)"

"Merde! (...) Infirmiére! (...) Préparez une dose de lidocaïne et 0.5 ml de diacepam, VITE!"