Au moment où Lily-Ann ouvrit les yeux, la première chose qu’elle se demanda fut : ai-je entendu un bruit à la fenêtre ? Le bruit en question revint, confirmant sa question. En ce petit matin, alors que tout le château dormait paisiblement, elle quitta le lit qu’elle partagea avec Célestia, puis ouvrit les volets.

Le cœur faillit lui déborder, tant sa joie fut grande.

Du haut du deuxième étage, elle pouvait voir la silhouette d’un garçon, souriant, comme si le mal ne l’avait point touché.

- Nathan !

Il y a plus d’une semaine, le corps déchiqueté de l’enfant et ce qui restait de Cynaure fut remis entre les mains de Caténaire. Ce dernier promis de ne plus toucher à la femme bionique. Cependant, pour l’enfant… il décida de lui accorder une deuxième chance.

- Mais… que fais-tu ici ?

- Je voulais te voir avant que tu partes.

Sans plus attendre, la fille de Fantasio sortit de la chambre et se précipita vers l’extérieur, oubliant qu’elle portait sa longue chemise de nuit.

Mais ses pas furent la cause d’un réveil brutal…

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Un réveil brutal, qui mit fin à une nuit de sommeil trop courte à leur goût.

Toujours ensommeillée, Ororéa savoura la chaleur de ces bras qui l’entourèrent. Elle ne regretta pas son choix, d’autant plus qu’ils ne pouvaient se revoir avant de longs mois.

- Êtes-vous réveillée ?

La Polynésienne se retourna et vit Zorglub caresser ses cheveux d’un air songeur.

- Vous avez l’air heureux, sourit-elle.

- Oui, je le suis, puisque mon bonheur est entre les mains d’une déesse.

Charmée, Ororéa laissa ses lèvres se poser sur celles du savant.

- Si vous voulez mon avis, déclara-t-elle, il faudrait se lever. Je n’ai pas envie que mon fils nous voit ainsi.

Or, elle ne s’attendait pas à ce que ce soit Luna qui ouvrit la porte de sa chambre.

- Oro, Secco aurait besoin de ton aide pour-

Elle s’interrompit en apercevant le couple fraîchement formé dans le même lit. Sans un mot, elle passa de la surprise au sourire espiègle, puis ajouta :

- Je savais bien que ça finirait comme ça.

Et elle quitta la chambre, mais ne put éviter auparavant l’agile lancer d’oreiller de son amie.

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- Écoute, je sais ce que tu ressens pour moi… mais tu dois comprendre que je ne pourrais jamais grandir…

Ainsi, Nathan était au courant de son secret ? Pourtant, il avait raison : leur amour était impossible.

- Mais rien ne nous empêche de rester amis…

Lily-Ann lui sourit, se voulant être forte. Pourtant, elle aurait bien aimé que les sentiments à son égard furent réciproques.

- Par contre, si je suis venu ce matin, c’est pour t’offrir ce que tu as toujours voulu.

Elle ne comprit pas ce qu’il lui avait dit… jusqu’à ce qu’elle reçut ce délicat baiser sur ses lèvres. En peu de temps, la teinte de ses joues passa du rosé au rouge homard et ce geste avait suffit à apaiser sa peine.

Cependant, elle n’était pas la seule à être témoin de son geste. En effet, elle ignorait que son père venait de s’étouffer avec son café en observant la scène. De la cuisine, sa femme lui demanda :

- Fantasio ? Tout va bien ?

Lorsqu’il reprit enfin son souffle, il comprit que sa fille aînée avait franchi un autre pas dans sa vie. Alors il se promit intérieurement de surveiller les faits et gestes venant de ses futurs prétendants… Or, il ignorait à cet instant que son enfant avait hérité de lui son instabilité amoureuse. Ce qui voulait dire beaucoup de prétendants, à son grand dam…

-xxx-

Hier soir, le Comte avait reçu cette machine moderne venant du vétérinaire du village, chose rare dans les environs. Mais c’était aujourd’hui qu’il comptait en faire l’essai, dans le laboratoire de Zorglub, où Spirou, Gaeth et Spip furent invités à l’expérimentation.

- Messieurs, commença le scientifique, aujourd’hui est un grand jour pour la science. Nous allons en effet savoir si Cassiopée, créature unique en son genre, est apte à se reproduire avec une espèce proche à la sienne.

Spip, reposant dans les bras de Gaeth, jeta alors un regard haineux à l’endroit du Comte.

- Ce n’est pas fini, ces allusions ?

Cassiopée, toujours dans son aquarium, approuva son compagnon.

- Et puis, pas besoin d’une machine, nous connaissons la réponse.

Mais puisque les humains l’ignoraient, cette réponse, le Comte sortit doucement la créature aquatique de son élément, le temps de placer des électrodes sur son ventre. L’écographie étant rapide, il put ensuite la remettre à l’eau.

- Alors ? demanda Spirou.

- Mon cher ami, sans le savoir, votre écureuil a contribué au miracle scientifique en fécondant sa petite amie.

- Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda Gaeth.

- Que Cassiopée attend des bébés.

- Ouah ! C’est génial !

- J’espère seulement que Zorglub va prendre la nouvelle d’une façon positive, s’inquiéta Spirou.

Ce souhait ne fut malheureusement pas réalisé, car la première chose que Zorglub fit en entrant dans son laboratoire fut d’engueuler Spip.

- Sale rongeur ! Que je ne te vois plus remettre tes sales pattes sur ma Cassiopée !

- Allons, ne lui faites pas de reproches, répondit Spirou. C’est dans sa nature…

- Ce qui veut dire que je dois vous tenir pour responsable ?

- Euh…

- Mais Cassiopée va avoir des bébés ! répéta Gaeth. Et j’ai très hâte de les voir !

- N’est-ce pas un heureux événement, mon cher Zorglub ? demanda le Comte. Vous allez être grand-père !

- C’est justement ce que vous dites qui m’exaspère, répliqua son collègue. Grand-père ? Vous saurez que j’ai encore assez de force pour-

Voyant que le fils de Spirou était toujours là, il décida de parler autrement.

- Pour… Pour introduire ma pipette dans une éprouvette. Euh… si vous voulez m’excuser…

Et il partit, visiblement embarrassé.

- Est-ce moi ou il y avait un double sens dans ce qu’il venait de dire ? chuchota Spirou au Comte.

-xxx-

L’heure de départ approcha, mais, en scrutant ce boudoir restauré avec soin, le seul sentiment qu’éprouva Luna fut la déception. Aucune femme du village n’avait répondu à son invitation, probablement par méfiance envers le Comte et son entourage. Certes, elle fut ravie d’avoir rénové cette pièce, source de souvenirs mémorables, plus plaisants que désagréables, mais elle n’avait qu’un seul regret : que ce boudoir ne pouvait vivre en son absence.

- Tante Lulu ?

Luna se retourna et vit Célestia, déjà prête pour les adieux au château.

- Oncle Spirou te cherchait.

- J’arrive.

Mais avant que la fillette fit demi-tour, la femme du reporter l’interpella. L’enfant s’arrêta, puis vit sa tante spirituelle se pencher à sa hauteur.

- S’il t’arrivait l’envie de prendre un thé avec ta poupée, tu peux le faire dans ce salon.

- Pour vrai ? Je peux ?

- Mais bien sûr. Elle est faite pour les mesdames, mais aussi pour les petites filles.

Sur un ton de confidence, elle ajouta :

- Et, lorsque tu deviendras une femme, nous pourrons commencer à parler des mystères de la vie.

- Des mystères ? Comme le truc bizarre entre les jambes de Gaeth quand j’ai joué au docteur ?

Luna s’estimait chanceuse que son compagnon n’ait pas entendu cela. Par contre, elle ne pouvait s’empêcher de sourire face à cette candeur.

-xxx-

Au moment où Luna et Célestia sortirent du château, Zorglub échangea une étreinte avec Manuarii. Une voix en lui souhaitait que cet enfant puisse devenir son fils, tant il ressentait à son égard une admiration pour son intelligence en croissance. Mais il ne pouvait nier qu’il resterait à jamais le fils de Fantasio.

- Ravi de vous avoir rencontré, monsieur Zorglub, déclara le garçon. J’espère vous revoir un jour.

Le scientifique voulut que cet espoir puisse se réaliser, mais il voulait d’abord faire ses preuves en possédant son propre laboratoire, puis en courtisant Ororéa de la façon dont elle le méritait : avec élégance.

Puis, lorsque vint le temps de dire au revoir à la Polynésienne, il lui dit ces simples mots :

- Ej suov emia te suov iaremia erocne.

Sa Vénus ne connaissait pas encore la Zorglangue, mais elle fut touchée par cette attention.

Enfin, lorsque le véhicule familiale quitta la cour, le savant ressenti, pour la première fois depuis une éternité, cet étau. Cette poigne qui vous prend au cœur lorsqu’une personne qu’on a chéri passionnément vous quitte. Le Comte posa une main compatissante sur une épaule.

- Mon cher Zorglub, l’amour est comme un champignon : vénéneux, il vous fait perdre les repères, mais comestible, il est délicieux. Mais votre choix me paraît juste. Explosif, oui, mais vous avez toujours aimé prendre des risques.

Le savant n’en rajouta pas plus, songeant alors à sa dernière rencontre avec Miss Flanner. Peut-être aurait-il dû prendre des risques, lui aussi, mais il avait son orgueil. Il ignorait ce qu’il était advenu d’elle, encore moins s’il allait la revoir un jour. Mais ça, c’est une autre histoire…