Mes chers amis, ma façon d'écrire étant bizarre -j'écris, comme Tolkien, un passage quand l'inspiration m'en vient, sans me soucier du fait qu'il se passe avant ou après ce que j'ai déjà écrit, quitte à retravailler plus tard la cohérence- je ne peux pas me permettre de vous montrer le début de ma grande fanfic consacrée à Zorglub, Flanner et Champignac. Aussi pour vous mettre dans le bain vais-je vous proposer un extrait au hasard dans ce qui est déjà rédigé.

(...)

Quand les gravats enfouissent vos rêves

Tous les professeurs étaient venus, bien sûr. Sottiaux évidemment, mais aussi Wihelmina Struys, la seule femme enseignant à l'université, respectée de tous pour son caractère sévère mais juste. Et dans un coin, bruyant et peu discret, le bouillant Hendrik Den Brol, qui avait l'impression très nette de perdre son temps. Zorglub monta sur l'estrade, vêtu de son plus beau costume et d'une veste doublée de fourrure légèrement trop grande qu'il avait sans doute chapardée chez son père. Il révéla la machine, une sorte d'immense foreuse à la large mèche conique persillée de cristaux bleu pervenche étincelants. -Et maintenant soyez prêts pour la démonstration qui fera date! lança-t-il, triomphant. Nous allons soumettre cette immense mèche incrustée et remplie de cristaux -qui en réalité est une sorte de pointeur directeur- à des ondes lumineuses. Or ces cristaux ont des propriétés jusqu'ici inconnues, que moi seul, Zorglub ai découvert!

-Abrégez! aboya du fond de la salle le professeur Den Brol.

-Hem, bien! dit l'autre en s'empourprant. Nous plaçons donc les sources lumineuses -les fameux petits pots de Champignac- dans les encoches prévues à l'arrière, comme ceci...

Le silence régnait. Pacôme était anxieux, Flanner impatiente, et Den Brol impassible voire indifférent.

-Et maintenant, poursuivit Zorglub, nous tirons sur ce levier -ah, non, ce levier!- pour mettre dans l'axe des miroirs qui augmenteront les ondes lumineuses. Reste à attendre.

Et pendant cinq minutes en effet, rien ne se produisit. Après dix minutes, les gens installés sur les bancs commençaient à bavarder, siffler, s'impatienter. Den Brol, devenu magenta, lançait à Zorglub des regards noirs, et le jeune homme paniqué tenta de comprendre ce qui se passait.

-Euh, voyons, ça va arriver, c'est certain! (Il tapota la machine.) Mais oui, elle va fonctionner cette machine, hein! (Paniqué, il frappa dessus de plus en plus fort.)

L'étrange perceuse géante se mit soudain à bourdonner et à vibrer, ce qui suffit à faire taire toute l'assistance comme un seul homme. Terrifié, Zorglub recula avec balourdise et rapidité, entraînant la machine à faire une culbute. Ensuite, tout s'enchaîna très vite. La machine gronda de plus belle, encore et encore, et un rayon qui au début était à peine perceptible dans l'air se fit de plus en plus visible et de plus en plus gros; des craquements sinistres se firent entendre et des morceaux de peinture, puis bientôt des moulures se détachèrent du plafond de la salle. Certains dans l'assistance s'enfuirent hors de l'amphithéâtre, d'autres se cachèrent sous les bancs dans la cohue et les cris. Le plafond était en train de s'effondrer, attiré par cette machine infernale qu'on n'arrivait pas à remettre dans sa position initiale tant elle était lourde.

Les fenêtres explosèrent comme si leur verre fragile avait été plongé dans l'eau bouillante, et une nuée de plâtre épaisse comme une brume se répandit, pour ajouter au chaos ambiant davantage de confusion. Protégés sous les bancs de l'amphithéâtre, certains élèves poussaient des petits cris de peur. Quand la poussière retomba, les dégâts devinrent évidents et leur vue était traumatisante. L'auditorium ressemblait à un champ de bataille de la Commune, et Zorglub se tenait là, au milieu des débris de sa machine, noir des brûlures qu'elle lui avait infligée et rouge, rouge de honte et de colère. Le professeur Den Brol releva son énorme masse parfaitement intacte, et s'avança coléreusement vers l'expérimentateur blessé. Pointant sur Zorglub un doigt gras et agité de colère, il lui dit:

-Nous allons d'abord soigner vos blessures, mais il est, je crois, un euphémisme inutile de vous dire que vous avez échoué! Le conseil se réunira demain dans une salle que vous n'avez pas détruite!

Et c'est comme ça que le monde s'effondre en même temps que les plafonds.

Echoué était en effet un euphémisme. Les conséquences de l'expérience avaient été si dévastatrrices et potentiellement dangereuse que Zorglub risquait bien plus que le bannissement. Un Sottiaux désolé présidait le conseil professoral, où l'on avait même invité les assistants, pour le plus grand inconfort de Champignac. Den Brol se tortillait sur sa chaise dont il débordait largement, en serrant ses gros poings couleur de vin. Sottiaux soupira:

-Nous devons statuer sur son sort, nous n'avons pas le choix... Nous avons été très patients, autant que l'on pouvait se permettre. J'ai le regret de dire que même moi, je pense aujourd'hui que nous devons nous séparer de lui.

-Et les dégâts qu'il a occasionné, mmmh? Demanda Den Brol, plissant ses yeux porcins et torves.

-Ne soyez pas ridicule, Hendrik, vous savez très bien qu'il n'a pas de quoi les rembourser! lança la voix tranchante de Wihelmina Struys.

-Qu'en pensez-vous, Champignac? Demanda Sottiaux en se tournant vers son assistant, l'air tracassé.

Avant qu'il aie le temps d'ouvrir la bouche, Den Brol s'agita:

-Voyez-vous ça! Vous avez besoin de l'avis d'un étudiant, maintenant? Et un des amis de l'intéressé qui plus est, comme par hasard!

-Pour la dernière fois, taisez-vous, espèce de vieille fistuline! Intima sèchement Struys. Laissez ce jeune homme parler! Personne ici ne doute de son honnêteté.

Personne n'en doutait, non. Et personne non plus, pas même Den Brol, n'était assez fou pour ne pas tenir profil bas quand Struys élevait la voix. Il bredouilla des excuses et on entendit Champignac:

-Messieurs, madame, vous savez comme moi que Zorglub es un cas particulier. Mais s'il est parmi nous c'est qu'il est très capable, son potentiel ne demande qu'à se réveiller mais il a sans doute plus de mal que nous ne pouvions le penser.

-Mais le potentiel n'est rien s'il doit ne rester que potentiel toujours, dit la professeure avec la compassion de sa voix de femme mûre. Nous allons devoir le renvoyer, votre ami, mon cher enfant...

Pacôme de Champignac déglutit puis acquiesça.

-Vous avez raison... J'imagine qu'il pourrait prendre une pause de quelques années avant de retenter l'université... Je lui demanderais de travailler avec moi pour qu'il pratique un peu. Mais je vous en prie, ne lui faites pas payer les dégâts, il n'y arriverait pas. Laissez-moi m'en charger, je préfère que mon argent serve à restaurer l'université qu'aux gabegies de mes cousins.

Sottiaux serra la main de son assistant avec le sourire triste du scientifique humainement maladroit qu'il était parfois, en signe d'accord. La séance était levée.

(...)