Le prix de l'enfance-Chapitre 8
Par Emyla, jeudi 24 juillet 2008 à 22:25 :: [Fanfictions] :: #339 :: rss
Bon. Avant tout, je vous avertis, il ne faut pas s'attendre à de l'humour dans ce chapitre... Beaucoup d'émotions un peu toutes mélangées, c'est tout ce que je peux dire. Un chapitre, selon moi, plutôt dense. Il y a une référence par rapport à ce qu'on connait déjà de la relation Siprou/Seccotine, mais j'ai simplifié un peu les choses. Sinon ça aurait alourdi l'histoire pour rien et je crois qu'elle est déjà assez lourde comme ça. 
Spirou suivi son amie dans l’appartement obscur. Comme un automate, Seccotine alluma les lumières, mit en marche la cafetière et profita de son passage à la cuisine pour ranger le pot de confiture maison, cadeau de Stéphanie. Elle alla ensuite dans sa chambre.
-Je reviens dans un instant! Cria-t-elle à travers l’appartement. Je vais me changer. Tous les documents sont sur la table de la cuisine : prends ceux que tu veux. Mais les dossiers des élèves, je dois les remettre à Mme Belhumeur dimanche.
-Entendu, je te les rapporterai avant.
Spirou pris les documents qui l’intéressaient et il les déposa sur la table basse du salon. Il s'affala ensuite sur le sofa en attendant que la jeune femme revienne. Ses pensées se dirigèrent rapidement à la soirée qu’ils venaient de passer. Se pourrait-il que le kidnappeur soit si proche? C'était presque trop facile. Pourtant, tous les faits étaient contre ce couple. Et avec un indice si évident… Soudainement, Spirou eut un étourdissement. Il mit sa tête dans ses mains en se disant qu'il n'aurait pas dû boire autant durant la soirée, lui qui ne supporte pas l'alcool. Ses pensées furent interrompues par son amie qui lui apportait sa tasse remplie de café fumant. Elle avait revêtu une camisole à fines bretelles et un pantalon de sport qui lui donnait un air décontracté contrastant avec l'élégance de "Martine".
-Je suis désolée, il ne me reste que du déca, dit-t-elle en lui donnant sa tasse.
-Pas de problème. C’est même mieux, à l’heure qu’il est. Merci!
-De rien. Dis donc, tu as l'air fatigué.
-Non, pas vraiment, c'est seulement l'apéritif et les trois verres de vin qui font leur effet! Même déca, un café va me faire du bien.
Elle sourit faiblement, puis s'installa près de lui.
-J'espère que ne te réveilleras pas demain avec un mal de tête! Lança-t-elle à la blague.
-Pour être honnête, ça m'étonnerais que ça n'arrive pas.
Elle resta silencieuse pendant quelques instants en observant Spirou boire son café à petites gorgées. Elle sorti soudainement de sa rêverie lorsqu’il lui lança un regard interrogateur. Elle détourna alors les yeux.
- Dis-moi, qu’as-tu pensé de nos hôtes de ce soir? Demanda-t-elle alors en soupirant comme si elle se sentait obligée d’en parler.
Le liquide chaud avait dissipé un peu les effets de l'alcool. Malgré cela, il eut besoin de réfléchir un peu avant de répondre.
-J’ai l’impression qu’ils nous ont menti quelque part, mais je ne sais pas où. Il doit y avoir une faille quelque part… Et tu continues de croire qu’ils n’ont peut-être rien à voir?
-Hé bien, je serais bien idiote de penser cela! Surtout que j’ai trouvé Stéphanie plutôt étrange ce soir. Moins extrovertie que d’habitude… Mais je ne pense pas qu'elle soit la coupable, que ce soit elle qui les aies enlevés; une mère ne pourrais pas faire cela. Et il y a un truc qui ne colle pas: s’ils sont suspects, pourquoi donc est-ce Daniel qui a remis Cédric à la police? Il quelque chose qui cloche.
-Hmm… J'y ai pensé moi aussi et je vois deux solutions: soit c'est lui qui est coupable et il ne voulait pas que sa femme découvre le tout, alors il a rapporté le gamin, ou bien c'est elle qui est coupable, il a découvert le pot au rose et il lui a pris l'enfant pour le rapporter.
-Mais alors? Qu'est-ce qu'on fait des deux autres enfants toujours disparus?
-Je ne sais pas... Cette histoire m'échappe complètement. Il y a quelque chose qui n'est pas normal dans tout ça... Et toi? Qu'en penses-tu?
-Je ne sais plus ce que je pense… Ma tête est ailleurs présentement. D'ailleurs, je propose qu'on parle d'autre chose que de cette foutue enquête! Lança-t-elle en prenant sa tasse qu'elle avait déposée sur la table.
- Entendu, répondit le rouquin bien que cette attitude l’étonna de la part de son amie.
Ils prirent chacun une bonne gorgée de café. Spirou observa à son tour la blondinette. Il vit qu’elle avait le teint plus pâle que d’habitude, que ses traits étaient tirés et qu'il manquait dans ses yeux la lumière qui les caractérise tant. Il n’avait rien remarqué avant et tout cela le frappa. Peu importe ce qu'elle disait, elle ne pouvait pas lui faire croire que tout allait bien. Il se dit que cela avait assez duré.
-Est-ce que tu vas bien, Seccotine? Demanda-t-il enfin.
- Pourquoi? Demanda-t-elle à son tour, son ton de voix trahissant son énervement.
-Hé bien, tout commence par Fantasio qui s’inquiète un peu que tu ne l’aies pas insulté depuis deux jours! Il ne trouve pas ça normal. Mais je dois avouer que, moi aussi, je te trouve un peu étrange ces temps-ci. Tu semble épuisée et… tu viens de le dire, tu as la tête ailleurs.
-Mais vous vous inquiétez pour rien! S’exclama-t-elle en voulant être convaincante. Je vais très bien. Je suis juste un peu fatiguée… J’ai peut-être attrapé quelque chose au Cambodge. Je reviens d'un reportage là-bas.
-Peut-être, dit-il, dubitatif. En tout cas, j’espère que ce n’est pas grave.
Seccotine pris une autre gorgée de café qu’elle eut du mal à avaler, déposa doucement sa tasse, puis fixa le vide. Elle se rendait bien compte que son mensonge n’avait pas de poids et que Spirou n’était pas idiot. Les mots sortirent de sa bouche en déboulant comme une cascade.
-En fait, je ne sais pas ce que j’ai depuis quelques jours. Moi aussi, ça m’inquiète.
Spirou ne dit rien; il était surpris mais ravi par ces aveux si soudains.
-On dirait que j’ai moins de volonté, que je suis moins présente, que je suis moins… moins moi. Quelque chose me met mal à l’aise, je le sens, mais j'ignore quoi. J’ai toutes sortes de sentiments qui se bousculent en même temps et on dirait que mon jugement ne fonctionne plus. Tu l'as remarqué, je ne suis plus aussi efficace. Et le fait de ne pas comprendre ce qui se passe est vraiment le pire : ça me met à l’envers. Je n’aime perdre le contrôle comme ça. Je dirais même que ça m’angoisse…
Elle baissa la tête. Elle avait honte de dire tout cela, honte de sa faiblesse. Mais en même temps, se confier la libérait d’un certain poids. Spirou la laissa parler en l'observant avec un regard compatissant, mais un peu inquiet.
-Je ne sais pas ce que c’est, ni d’où ça vient. Tout ce que je peux dire, c’est que je fais de mon mieux pour que ça ne paraisse pas. Je suis assez déçue que tu me dises que vous vous en êtes rendu compte.
-Mais tu sais, ce n’est pas si grave : ça arrive à tous le monde et je suis sûr que tout ça finira par passer…
Il faisait son possible pour être rassurant, mais il voyait bien qu’il ne l’aidait pas vraiment. Après un silence, elle finit par répondre.
-J’espère moi aussi. J’ai l’impression que tout passera quand cette enquête sera terminée, va savoir pourquoi. Et tu sais, je n’aime pas me plaindre, mais j’avoue que l’attitude de tous ces gens à l’école n’arrange pas les choses… Tout le monde fait comme si rien ne se passait, je trouve ça insupportable. Je suis entourée de plein de personnes, mais c’est comme si j’étais seule. Même la directrice que je croyais de mon côté a un comportement étrange. Aujourd’hui, j’ai l’impression qu’elle m’a espionnée toute la journée!
-Je comprends… Je croyais qu’on ne devait pas en parler, d’ailleurs!
-Oui, c’est vrai! Excuse-moi.
Spirou avait tenté de détendre l’atmosphère par son commentaire, mais il regretta aussitôt son initiative. Seccotine s’est plutôt encore plus refermée. Il décida donc de changer de tactique et de prendre le taureau par les cornes.
-Sans vouloir te critiquer, pourquoi ne pas nous en avoir parlé avant?
-Bof… Qu’est-ce que ça aurait changé? Et puis, je suis sûre que Fantasio en aurait profité pour se moquer de moi.
-Tu en es sûre?
Elle haussa les épaules en guise de réponse, se concentrant plutôt sur le fond de sa tasse.
-Tu devrais prendre soin de toi, dit-il en mettant sa main sur son épaule. De toute façon, après mon café, je vais partir, te laisser te reposer un peu.
Seccotine ramena ses genoux sous son menton. Elle n’avait pas envie qu’il parte; elle ne voulait pas être seule. Cette attitude tout à fait inusitée de la part de la jeune femme fit peur à Spirou.
-Mon dieu! Qu'est-ce qu'il y a? Tu te sens bien?
-Peux… peux-tu… me prendre dans tes bras…? J’ai besoin de réconfort… prononça-t-elle avec un grand effort.
-Quoi? Heu… Hé bien, si ça peut te faire du bien, répondit-il, hésitant.
Il lui entoura les épaules et elle se retourna pour se blottir contre lui. Elle resta immobile, alors il l’entoura doucement de ses bras.
-Tu n’es vraiment pas dans ton assiette, lui murmura-t-il. J’espère que tu n’es pas malade.
-Chut…
Le temps semblait être arrêté. On n’entendait plus que les grosses gouttes de pluie frapper les vitres faisant un bruit de fond étonnamment apaisant. Ils restèrent un bon moment en silence. Elle reprenait tranquillement le contrôle de la situation, l’étreinte d’un ami lui faisant énormément de bien. Lui, ne savait pas comment prendre cette situation ; il reconnaissait de moins en moins Seccotine. La petite inquiétude qu'il avait s'était transformée en véritable crainte. Qu’est-ce qui a pu être aussi grave pour causer un tel trouble à son amie? Comme il ne connaissait pas les détails de sa vie, c’était difficile de savoir. Aussi, il savait qu'elle n'en dirait pas plus. Après quelques minutes, il senti qu'elle était plus détendue et son visage était moins crispé.
-Ça va mieux? Demanda-t-il prudemment.
-Beaucoup mieux… Merci! Répondit-elle sans bouger. J'en avais besoin. Je me sens vraiment abandonnée...
-Tu n'es pas abandonnée, nous sommes là, tu le sais!
-Oui, je le sais. Et, parfois, je me demande ce que je ferais sans vous! Même si je sais que Fantasio ne me porte pas dans son cœur… C’est vrai que je peux être insupportable parfois, même souvent. Mais ce n'est jamais par méchanceté. Seulement par taquinerie, ou par concurrence! Un peu déloyale, des fois, je l'avoue!
-On te connaît depuis assez longtemps pour savoir que tu n’es pas méchante!
Elle sourit au grand soulagement de Spirou. Elle se redressa un peu, mais resta contre lui, les jambes pliées sous elle, la tête posée sur l’épaule du jeune homme. Il savait que ce n'était peut-être pas le moment, mais il voulait profiter de ce moment seul avec elle pour lui dire quelque chose auquel il pensait depuis la veille.
-Je peux t’avouer quelque chose?
-Bien sûr.
-J’ai pensé pendant un moment que tu avais fait exprès pour que je sois ton fiancé.
Elle réagit plus violemment qu’il ne l’avais prévu. Elle se détacha de lui et se leva brusquement. Sa voix était presque autoritaire.
-Quoi? Pourquoi penses-tu ça? Tu l’as entendue comme moi, la gamine qui a dit ça! Catherine qu'elle s'appelait, je me souviens! Je n’ai rien à voir là-dedans! Et puis, pourquoi j’aurais fait exprès, hein?
-Tu veux vraiment que je te réponde? Tu connais la réponse comme moi, dit-il en restant calme.
Il faisait référence à un moment où, indirectement mais clairement, Seccotine lui avait avoué avoir des sentiments pour lui. Mais cette histoire n’avait jamais aboutie, la jeune femme ayant accepté l’éternel célibat de Spirou. Seccotine était très étonnée de cette interrogation. Jamais cela ne lui était passé par la tête. Pour elle, elle n'avait vraiment utilisé cette histoire que pour se sauver la face devant ses élèves. Les yeux baissés, elle secoua la tête et pris un ton plus doux.
-Ha, c’est pas vrai… Cette histoire est terminée Spirou : j’ai compris. Je sais très bien que tu es un célibataire endurci et que la fille qui te fera changer d’avis devra vraiment être exceptionnelle! Et puis, ce n'était qu'une émotion passagère dont j'ignore d'ailleurs la cause. C'est du passé tout ça.
Elle balaya l’air de sa main droite, comme pour signifier d’oublier le passé. Spirou resta silencieux. Ces explications ne suffisaient manifestement pas.
-Je n’ai pas fait exprès, je te le jure… Tu es mon ami et c’est tout, dit-elle en se rasseyant.
-Bien, bien, je te crois. Je n’aurais pas dû imaginer cela alors… Je ne sais pas pourquoi je pensais encore à cette histoire d'ailleurs.
-J'ai réagit un peu fort, je m'excuse. Je pensais que tu m'accusais que quelque chose. Je suis désolée...
-Je ne vois pas de quoi j’aurais pu t’accuser…, mais ce n'est rien. Oublions cela.
-Tu n’as jamais aimé, toi?
Spirou ne comprenait pas pourquoi elle demandait cela. Était-ce pour se justifier de quelque chose, ou simplement pour tenter de lui soutirer quelque aveu personnel? Peu importe, il ne répondit rien. Elle n’attendait pas de réponse. Ils décidèrent sans se consulter que la discussion était close. Il comprit qu’elle n’en dirait pas plus, même s’il n’était pas convaincu et elle, elle était sûre que Spirou n’aborderais plus le sujet. Comme s’il ne s’était rien passé, elle reposa sa tête dans le creux de son épaule. Cette fois-ci, elle-même entoura le jeune homme de ses bras et elle serra son étreinte. Elle se senti rassurée, en sécurité, loin, loin de tous les soucis qui la martelaient depuis trois jours. Et elle était si bien qu’elle finit par s’assoupir, brisée par toutes ces émotions. Il la laissa dormir. Il sentit alors un grand apaisement. Même lui finit par oublier tout ce qui le tracassait. Il caressa tranquillement les doux cheveux blonds de son amie et ferma lui-même les yeux. Mais, il se sentait si bien que ça commençait à lui faire peur. Il rouvrit les yeux et observa la jeune femme assoupie contre lui. Elle semblait si douce, si vulnérable... Il fut alors pris d'une envie soudaine de la serrer très fort contre lui, et de l'embrasser et ... Sans qu'il ne réfléchisse, il approcha son visage de celle de l'endormie et, juste avant que leurs lèvres ne se touchent, il prit brutalement conscience de ce qu’il faisait. Il recula brusquement et se dégagea, comme si le corps de la jeune femme était devenu soudainement brûlant. Surprise, Seccotine sursauta.
-Que se passe-t-il? Je crois que je me suis assoupie, dit-elle, le choc passé.
-Tu… tu devrais aller te reposer, dit-il en se levant. Moi, heu... je vais rentrer.
-Ça va? Demanda-t-elle avec un regard interrogateur.
-Oui, oui. Tout va bien. Il faut vraiment que je parte. Il se fait tard.
Spirou pris nerveusement les documents qu’il était venu chercher et il se dirigea vers la porte.
-Attends! S’écria Seccotine en allant le rejoindre. Tu ne peux pas rentrer à pied : il pleut à boire debout! Je vais t’appeler un taxi.
-D’accord, merci. Je vais aller l’attendre en bas.
-Spirou!
Il s'arrêta mais ne se retourna pas. Elle posa alors la main sur son épaule pour le forcer à lui faire face.
-Merci, dit-elle. Être un moment avec toi, ça m’a fait beaucoup de bien. Je sais que je peux compter toujours sur toi.
-Oui, c’est sûr, Seccotine, tu peux toujours compter sur moi. Ça sert à ça, des amis! J’espère que tu prendras soin de toi. Il disait ces mots presque froidement, forçant un sourire et n’osant pas la regarder dans les yeux.
-Oui... dit-elle simplement en baissant les yeux.
Juste avant qu'il parte, elle réussit à lui donner un baiser sur la joue.
-Bye! dit-il sèchement sans la regarder et en s'engouffrant dans l'escalier.
-Bonne nuit… murmura-t-elle en fermant la porte derrière lui.
Dehors, il resta debout sous la pluie, ce qui lui rafraîchit un peu les idées. Mais, il restait confus. « Mais qu'est-ce qui m'a pris? Se dit-il. Je n'ai jamais eu aucun sentiment amoureux pour elle, pourquoi ce soir, j'ai l'impression que c'est en train de changer? Non, ça doit être le verre de trop qui me fait cet effet-là, je ne vois que ça. L'alcool, ça fait faire n'importe quoi... Je n’aurais pas dû lui parler de cette histoire de fiancés. Et cette enquête qui nous rend tous cinglés! »
-Merde! Laissa-t-il échapper à haute voix. Comme si j'avais besoin de ça, en plus!
Quelques instants plus tard, le taxi arriva et Spirou embarqua, heureux à l’idée d’être bientôt chez lui et, croyait-il, de pouvoir tourner la page sur cette étrange soirée.
Placée à sa fenêtre depuis le moment où elle avait raccroché le téléphone pour appeler le taxi, Seccotine l'observait partir. Elle ne voulait pas lui avouer, mais elle s'était réveillée au moment où il s'était approché d'elle et qu'il s'était éloigné brusquement. Mais, comme elle était encore à ce moment-là à moitié endormie, elle ne comprenait pas véritablement ce qu'il s'était passé. Tout ce qu'elle savait, c'est que durant ce trop court moment durant lequel elle avait été dans ses bras, elle s'était soudain sentie rassurée et en sécurité et, maintenant qu'elle était de nouveau seule, c'était comme si tout était brusquement disparu et tout son malaise revenu, encore plus fort. Elle se sentait encore plus désemparée, plus abandonnée. En parler à Spirou lui avait certes enlevé un poids, mais il était maintenant revenu de plus belle. Elle se surprit à se souvenir que, deux jours plus tôt, devant une autre fenêtre, elle essayait de choisir entre ses deux amis auquel elle aurait voulu avouer son trouble. Elle se dit que le hasard avait choisi pour elle. Mais, peut-être l'avait-elle choisi un peu elle-même, peut-être que Spirou avait raison... À cette constatation brutale, elle quitta la fenêtre des yeux pour se concentrer. S’il lui avait posé la question, c’est peut-être parce qu’elle laissait transparaître quelque chose sans qu’elle-même ne s’en rendre compte! Elle se souvenait… oui, deux jours auparavant elle avait pensé à lui et à comment il réagirait si elle lui disait. Et elle avait aussi imaginé la réaction qu’aurait eue Fantasio… Aurait-elle inventé la même histoire si ce dernier avait cogné à la porte de sa classe plutôt que Spirou, ce même jour? Soudain, comme si sa tête ne voulait plus suivre ses pensées, elle sombra dans un trou noir. Elle ne pourra jamais expliquer ce qu'il s'est passé... Était-ce la fatigue accumulée des nuits écourtées ou le fait qu'elle n'était à ce moment pas dans son état normal, elle l'ignorait. Tout ce dont elle souvenait, c’était d’être tombée par terre et d’avoir senti les murs de son appartement vibrer. Elle retrouva ses esprits, étendue sur le sol, des larmes plein les yeux et le bras droit endolori. Lorsqu’elle releva la tête, il lui fallu quelques minutes pour avoir la vue claire. Elle réussit à s’asseoir et ce qu’elle vit la mit dans tous ses états. Tout ce qui se trouvait autour d’elle était jeté par terre dans un innommable capharnaüm: les cadres, la console près de la porte et tout ce qu’il y avait dessus, le pot de fleurs, les livres… Ne voulant pas essayer de comprendre ce qu’il s’était passé, elle se recoucha sur le dos, exténuée et ferma les yeux en murmurant comme une prière :
-Qu'est-ce qui m'arrive, putain, qu'est-ce qui m'arrive? Je veux redevenir comme avant. Je ne comprends plus rien! je... je comprends rien… J'en peux plus...

Commentaires
1. Le jeudi 24 juillet 2008 à 22:51, par Kristaline
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