Interviews
Interview de Charles Dupuis par Michel Deligne
Cet article est initialement paru dans "La seconde guerre mondiale et toujours... SPIROU!" Ed. Deligne 1975, épuisé TL 1000 exemplaires.
(exclusivité inédite par InediSpirou!)
Monsieur Charles DUPUIS a bien voulu nous accorder quelques instants de son temps et répondre aimablement à nos questions sur la naissance et la survie de son journal pendant la seconde guerre mondiale.
M.D. Monsieur Dupuis, quel souvenir avez-vous gardé du passage de Robert Velter au sein du journal de Spirou ?
C. D. J'ai gardé un très bon souvenir autant que je m'en rappelle, car mon frère et moi, nous étions aux études à cette époque et d'après moi, Rob-Vel était le seul dessinateur à l'époque qui fut capable de créer le personnage que nous voulions pour le journal car il avait déjà fait ses preuves dans pas mal de journaux français comme Toto et je peux même affirmer que pour l'époque, il était même en avance sur son temps car il avait acquis un style qui allait inspirer pas mal de jeunes débutants.
D'ailleurs, j'aimais beaucoup ce qu'il faisait et c'est dommage qu'il ait été mobilisé en 1939 car cela a apporté pas mal de difficultés à la rédaction car ses planches ont été continuées par son épouse, je crois puis interrompues pendant tout un temps, ce qui nous a permis d'engager Jijé qui est devenu le grand dessinateur que vous connaissez et par la suite, Jijé a attaqué une toute nouvelle série écrite par Jean DOISY : «Les aventures de Jean Valhardi», ce qui a permis à Rob-Vel de continuer son Spirou qu'il avait si bien créé.
M. D. En effet, à cette époque, Rob-Vel était un dessinateur qui avait un style bien particulier et on peut dire qu'il sortait du rang, c'était peut-être à cause de son travail d'équipe avec BRANNER, le dessinateur américain de la série des «Bicot» parue chez Hachette ; au contact de celui-ci, il avait acquis une certaine maîtrise et une «patte» qui a éveillé l'attention de Monsieur votre père quand il a eu l'heureuse idée de créer le journal de Spirou !
C. D. C'est cela ! Car à cette époque, il y avait quelques journaux français qui n'étaient pas mal du tout mais en Belgique, il n'y avait rien dans le genre et mon père ayant un ami écrivain wallon qui a je le crois influencé pour le titre du journal, avait envie de lancer une revue pour la jeunesse et mon frère et moi avons insisté fortement à l'époque pour créer le journal.
M.D. Monsieur Dupuis, quand on a lancé le journal quel en était le tirage ?
C. D. Je crois que nous avons fait un tirage de 80.000 exemplaires pour démarrer ; on avait fait un gros lancement ; on avait inondé les boîtes aux lettres de la Wallonie avec des prospectus vantant les mérites de ce journal qui allait sortir... Malheureusement aujourd'hui, nous ne possédons plus un seul exemplaire de ces «numéros zéro»...Note : Voyez l'article sur les numeros zéro pour en savoir plus.
M.D. Eh bien !, nous nous ferons un plaisir de vous remontrer ce prospectus car possédant celui-ci dans ma collection, une reproduction fidèle en sera faite dans le tome I des albums en cours ; c'est en effet un fascicule très rare de nos jours... Monsieur Dupuis, pendant la période de guerre, Rob-Vel étant mobilisé, comment la rédaction du journal a-t-elle pensé à Joseph GILLAIN pour la suite de la série Spirou ?
C.D. A ce moment-là, JIJÉ avait déjà commencé pour nous une série qui s'appelait «Trinet et Tripette» et il correspondait parfaitement au personnage que nous voulions pour continuer la série Spirou ; ce n'était pas tout à fait le genre de Rob-Vel mais c'était celui qui s'en rapprochait le plus.
A cette époque Jijé s'inspirait beaucoup des personnages de Hergé mais il faisait comme beaucoup de dessinateurs ont fait depuis et prenez les médecins... nombre d'entr'eux s'inspirent des travaux des grands médecins et c'est comme cela que l'on va de progrès en progrès.
M.D. Monsieur Dupuis, une dernière question, pourquoi le journal a-t-il cessé de paraître en 1943, est-ce une interdiction de l'occupant ou un manque de matériel, papier, encre, etc...
C.D. Eh bien voilà !, les allemands nous convoquaient sans cesse pour la censure... et ils ont estimé que c'était du gaspillage de papier que d'imprimer des journaux d'enfants à l'époque et c'est surtout pour des «raisons» économiques qu'ils ont stoppé la parution. Nous avons toujours eu des embêtements avec eux pour les séries imprimées dans le journal mais c'est surtout une question d'économie de papier qui pouvait leur servir à eux !
M.D. Eh bien voilà un point d'éclairci et je vous remercie beaucoup de nous avoir reçus et d'avoir bien voulu faire un bond de 27 ans en arrière pour répondre à nos questions et j'espère que les albums Curiosity vous plaîront et que vous aurez bien du plaisir à la lecture de ceux-ci.
Marcinelle, septembre 1975.
Michel Deligne
(exclusivité inédite par InediSpirou!)
Monsieur Charles DUPUIS a bien voulu nous accorder quelques instants de son temps et répondre aimablement à nos questions sur la naissance et la survie de son journal pendant la seconde guerre mondiale.
M.D. Monsieur Dupuis, quel souvenir avez-vous gardé du passage de Robert Velter au sein du journal de Spirou ?
C. D. J'ai gardé un très bon souvenir autant que je m'en rappelle, car mon frère et moi, nous étions aux études à cette époque et d'après moi, Rob-Vel était le seul dessinateur à l'époque qui fut capable de créer le personnage que nous voulions pour le journal car il avait déjà fait ses preuves dans pas mal de journaux français comme Toto et je peux même affirmer que pour l'époque, il était même en avance sur son temps car il avait acquis un style qui allait inspirer pas mal de jeunes débutants.
D'ailleurs, j'aimais beaucoup ce qu'il faisait et c'est dommage qu'il ait été mobilisé en 1939 car cela a apporté pas mal de difficultés à la rédaction car ses planches ont été continuées par son épouse, je crois puis interrompues pendant tout un temps, ce qui nous a permis d'engager Jijé qui est devenu le grand dessinateur que vous connaissez et par la suite, Jijé a attaqué une toute nouvelle série écrite par Jean DOISY : «Les aventures de Jean Valhardi», ce qui a permis à Rob-Vel de continuer son Spirou qu'il avait si bien créé.
M. D. En effet, à cette époque, Rob-Vel était un dessinateur qui avait un style bien particulier et on peut dire qu'il sortait du rang, c'était peut-être à cause de son travail d'équipe avec BRANNER, le dessinateur américain de la série des «Bicot» parue chez Hachette ; au contact de celui-ci, il avait acquis une certaine maîtrise et une «patte» qui a éveillé l'attention de Monsieur votre père quand il a eu l'heureuse idée de créer le journal de Spirou !
C. D. C'est cela ! Car à cette époque, il y avait quelques journaux français qui n'étaient pas mal du tout mais en Belgique, il n'y avait rien dans le genre et mon père ayant un ami écrivain wallon qui a je le crois influencé pour le titre du journal, avait envie de lancer une revue pour la jeunesse et mon frère et moi avons insisté fortement à l'époque pour créer le journal.
M.D. Monsieur Dupuis, quand on a lancé le journal quel en était le tirage ?
C. D. Je crois que nous avons fait un tirage de 80.000 exemplaires pour démarrer ; on avait fait un gros lancement ; on avait inondé les boîtes aux lettres de la Wallonie avec des prospectus vantant les mérites de ce journal qui allait sortir... Malheureusement aujourd'hui, nous ne possédons plus un seul exemplaire de ces «numéros zéro»...Note : Voyez l'article sur les numeros zéro pour en savoir plus.
M.D. Eh bien !, nous nous ferons un plaisir de vous remontrer ce prospectus car possédant celui-ci dans ma collection, une reproduction fidèle en sera faite dans le tome I des albums en cours ; c'est en effet un fascicule très rare de nos jours... Monsieur Dupuis, pendant la période de guerre, Rob-Vel étant mobilisé, comment la rédaction du journal a-t-elle pensé à Joseph GILLAIN pour la suite de la série Spirou ?
C.D. A ce moment-là, JIJÉ avait déjà commencé pour nous une série qui s'appelait «Trinet et Tripette» et il correspondait parfaitement au personnage que nous voulions pour continuer la série Spirou ; ce n'était pas tout à fait le genre de Rob-Vel mais c'était celui qui s'en rapprochait le plus.
A cette époque Jijé s'inspirait beaucoup des personnages de Hergé mais il faisait comme beaucoup de dessinateurs ont fait depuis et prenez les médecins... nombre d'entr'eux s'inspirent des travaux des grands médecins et c'est comme cela que l'on va de progrès en progrès.
M.D. Monsieur Dupuis, une dernière question, pourquoi le journal a-t-il cessé de paraître en 1943, est-ce une interdiction de l'occupant ou un manque de matériel, papier, encre, etc...
C.D. Eh bien voilà !, les allemands nous convoquaient sans cesse pour la censure... et ils ont estimé que c'était du gaspillage de papier que d'imprimer des journaux d'enfants à l'époque et c'est surtout pour des «raisons» économiques qu'ils ont stoppé la parution. Nous avons toujours eu des embêtements avec eux pour les séries imprimées dans le journal mais c'est surtout une question d'économie de papier qui pouvait leur servir à eux !
M.D. Eh bien voilà un point d'éclairci et je vous remercie beaucoup de nous avoir reçus et d'avoir bien voulu faire un bond de 27 ans en arrière pour répondre à nos questions et j'espère que les albums Curiosity vous plaîront et que vous aurez bien du plaisir à la lecture de ceux-ci.
Marcinelle, septembre 1975.
Michel Deligne
Par Juho
, le 07 Mai 2006 15:34
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