Interviews
Interview inédite de Rob-Vel : Le Créateur de Spirou
Cet article a été publié à la base dans l'ouvrage "1938, l'age d'or, la naissance de SPIROU". InediSpirou, vous le propose ici en exclu car cet album est quasi introuvable!
PS : merci à JP qui m'a procuré cet interview!
Auteur de l'article : Michel Deligne
Paris, le 19ème arrondissement... la porte des Lilas, une petite allée bordée de petites maisons avec jardinets sur le devant... Un des quartiers les plus vieux et les plus pittoresques de la ville lumière!
De ces maisons minuscules et accueillantes, il en reste encore à peine trois cents dans Paris... Les promoteurs ne sont pas encore passés par là !
Heureusement pour nous car c'est là qu'habite Rob-Vel ! Nous franchissons le jardinet fleuri et sonnons à la porte grande ouverte... (comme dans la maison du Bon Dieu). Des bruits de pas pressés dans l'escalier et un monsieur aux cheveux blancs, tiré à quatre épingles, très gentleman anglais, nous accueille en souriant. Il nous fait pénétrer dans un petit salon dont les murs sont décorés de nombreuses peintures.
Robert Velter, un sourire sympathique sous sa moustache blanche bien taillée a bien voulu répondre a notre interview...
M.D Monsieur Rob-Vel, je vous pose une question indiscrete, quel age avez vous?
R. V. Soixante ans! bientot! bientot!
M.D. Soixante-six ans ! Et pourtant vous avez l'air d'un jeune homme, j'ai la vague impression que la bande dessinée conserve ! Qu'en pensez-vous ?
R. V. Ma foi... oui, je le pense et j'espère vivre encore quelques années...
M.D. Puis-je vous demander quel est le souvenir le plus marquant de votre passage au journal de Spirou ?
R. V. Ma foi... c'est difficile à dire, il y a si longtemps... attendez, ma femme était belge et nous aimions bien la Belgique et quand on m'a contacté pour travailler pour le journal, cela m'a fait un grand plaisir d'introduire dans celui-ci un de ces petits grooms ou mousses si vous voulez... comme ceux que j'avais côtoyé lors de mes nombreuses navigations sur les grandes lignes de la transatlantique... et quand Monsieur Dupuis m'a demander de créer un personnage, j'ai pensé tout de suite à ces mousses que j'avais crayonnés à bord et je n'ai jamais pensé qu'un jour ce petit bonhomme deviendrait le héros du journal et qu'il aurait la vie intense qu'il a présentement... Il a dépassé son papa !
M. D. Est-ce que l'idée de l'appeler Spirou, venait de vous ou de Monsieur Dupuis ?
R.V. Non... Elle vient de Monsieur Dupuis car le terme de Spirou m'était tout-à-fait inconnu... Je crois que c'est un petit garçon luté, éveillé... Cela vient de l'écureuil, je crois ? Par la suite on m'a demandé ou j'ai créé, je ne m'en souviens plus très bien, son petit compagnon Spip car j'aime beaucoup qu'il y ait des animaux dans mes histoires car j'aime beaucoup ceux-ci, et on l'a appelé Spip mais le nom vient de la maison de Belgique... Je ne connaissais pas ce terme qui veut dire futé... rapide...
M.D Joseph Gillain, Jijé, qui repris le personnage en mains lors de votre mobilisation, avait-il au préalable travaillé en équipe avec vous pour préparer cette reprise ?
R. V. Non, je n'ai jamais à mon grand regret eu l'occasion de rencontrer Jijé, je l'ai connu seulement après de longues années lors d'un passage à la télévision. Non, il a dû improviser ce qui a dû être très difficile à l'époque. C'est toujours très difficile de passer derrière un autre et de reprendre un personnage existant; ce fut le cas de beaucoup de dessinateurs de l'après-guerre. Mais malgré mon absence, Gillain a très bien su s'en tirer et depuis, a fait des choses très très bien...
M.D Savez-vous que votre histoire : «Toto au Mexique», fut replacée après la guerre dans des journaux belges comme le journal de Bravo ?
R.V. Non, je ne savais pas...
M.D. En effet, cette histoire qui fit les beaux jours du journal de Toto fut replacée après la guerre en 1948.
R. V. Cela me permettra de leur rappeler mes droits d'auteur un de ces jours, ah ...ah...ah...!
M. D. Qui préférez-vous de vos deux personnages principaux : Spirou ou Toto ?
R. V. Ecoutez,... Je les ai tous les deux dans mon coeur car ils proviennent comme je vous l'ai déjà dit, des bateaux sur lesquels j'avais navigué... Ils ont existé en chair et en os et leurs péripéties à bord amusaient beaucoup le personnel navigant. Il y avait des petits mousses qui ressemblaient à Spirou et des petits grooms qui ressemblaient à Toto, surtout qu'ils sont nés à un an de différence... Non, je n'ai pas de préférence, ce sont des frères. Ce sont deux personnages que j'ai beaucoup aimés.
M.D. Pendant la période de guerre, n'avez-vous pas eu trop de difficultés pour faire parvenir vos dessins en Belgique ?
R. V. Oh si ! D'ailleurs, j'en ai crayonné quelques-uns là-bas sur le front et ma femme, dès réception, s'occupait avec un dessinateur belge de les encrer mais après, cela a été très difficile et c'est une des raisons pour lesquelles j'ai du stopper parce que faire passer des choses en Belgique était extrêmement difficile. C'était grâce à un monsieur belge qui avait un laisser-passer et qui s'occupait d'encres d'imprimerie, que nous faisions parvenir mes dessins chez Monsieur Dupuis.
M. D. Quand vous avez cessé de dessiner Spirou, c'est-à-dire le 2 septembre 1943 qui fut le dernier fascicule de l'album 14 de la collection, qu'avez-vous fait au point de vue bandes dessinées ?
RV. Oh... à ce moment-là, comme je ne voulais pas collaborer dans les journaux français proallemands, j'ai abandonné le dessin, je n'ai plus rien dessiné sauf pour mon plaisir personnel et j'ai cherché autre chose ; j'étais au cadastre de la ville de Paris. Je faisais un tout autre travail pour éviter justement de travailler dans des journaux qui ne m'inspiraient pas.
M.D. Je vous remercie... Vous avez travaillé en équipe avec votre épouse pendant longtemps, vous étiez un vrai ménage d'artistes ; pourrais-je connaître les impressions d'un ménage de dessinateurs qui travaillent tous deux pour le même journal de jeunes ?
R.V. Ma foi... c'était très facile, ma femme aimait beaucoup les contes de fées, elle en écrivait beaucoup pour des journaux d'enfants, de plus c'était une très bonne dessinatrice, et comme elle préférait écrire les textes de mes histoires, c'était très facile et nous avions une très très bonne entente et elle me manque beaucoup actuellement parce que c'était vraiment ma plus fidèle collaboratrice.
M.D. Je comprends cela parfaitement surtout qu'il y a six mois que vous venez de perdre votre épouse, ce qui est évidemment quelque chose de très très grave dans la vie d'un couple et de surcroît, d'un couple comme le vôtre et je me souviens en effet que les histoires dessinées par Davine étaient empreintes de beaucoup de poésie, notamment celles des Aventures de Zizette où de vilains forains et des enfants abandonnés apportaient une ambiance particulière à la trame de l'histoire. Le dessin était très sobre et on s'y attachait beaucoup.
M D. Robert Velter, êtes-vous content que quelqu'un sorte deux albums sur votre oeuvre chez Spirou après 1943-1975, après bientôt 32 ans je ne vais pas dire d'éclipse car vous avez continué à dessiner mais plutôt d'absence du journal de Spirou ?
R V Oh certainement... Je dirais même que je prends cela comme une consécration... Et je suis même étonné et je trouve très gentil que ` on se souvienne de vieux dessinateurs comme moi... Je trouve que... c'est un honneur pour moi !
M D Merci beaucoup et nous espérons que ces deux albums plairont aux jeunes comme aux moins jeunes qui retrouveront dans ces ouvrages de nombreux souvenirs d'enfance et d'adolescence e! nous comptons sur votre présence tors de la prochaine convention de la bande dessinée de Paris afin que tous vos admirateurs puissent enfin voir le créateur du personnage de Spirou !
R.V. Bien sûr ! Je me ferai une joie d'assister à cette réunion mais j'espère que l'on ne me demandera pas de trop dessiner car je ne suis plus tout jeune et à Angoulême, j'étais vraiment assailli de toutes parts par de nombreux collectionneurs et chasseurs d'autographe. Je vous rappelle une petite anecdote qui a un rapport avec ma première rencontre avec Monsieur Dupuis. Je travaillais à l'époque chez Excelsior comme secrétaire de rédaction et j'avais plusieurs fois eu l'occasion de rencontrer Monsieur Dupuy avec y qui était alors le grand «Manitou» des Éditions de Dimanche Illustré, Toto, etc... mais «rencontré» comme on croise le PDG dans les bureaux, c'était tout. Et voilà qu'un beau matin, on m'annonce la visite de Monsieur Dupuis... Je me dis comment ! Ce monsieur vient me voir, moi qui n'était qu'un rouage dans la grande entreprise qui occupait presque toute la rue d'Enghien avec toutes ses publications comme Petit parisien, Journal de sport, Toto, Revues de cinéma, II n'y avait pas de journaux de Télévision à l'époque sinon il les aurait édités, journaux de TSF, et encore beaucoup d'autres publications, c'était un vrai consortium et je m'étonnais qu'il ait traversé la rue d'Enghien où se trouvaient ses grands locaux administratifs, pour venir parler à un humble dessinateur comme moi. Je dessinais déjà Toto à cette époque. Et voilà qu'entre un monsieur jovial et assez rondouillard qui me dit : «Vous êtes Rob-Vel, je suis Monsieur Dupuis de Belgique...), Ah j'avais compris ! Voilà une anecdote qui est assez curieuse car j'allais travailler pour deux éditeurs qui s'appelaient phonétiquement de la même façon.
M.D. Comment pensez-vous que Monsieur Dupuis ait pensé à vous pour son personnage ?
R.V. Il avait sans doute dû voir mes dessins dans Toto et comme à l'époque il voulait créer un journal illustré en Belgique, il a sans doute estimé que j'étais le dessinateur qu'il lui fallait à l'époque.
M. D. Une dernière question, vous intéressez-vous encore à l'heure actuelle, aux journaux illustrés ?
R. V. Pour vous dire franchement non ! Vous voyez je suis franc... on me fait le service puisque je continue à travailler pour Opera Mundi qui fait le journal de Mickey et toutes les autres revues du même genre... Non, ma foi... J'ai l'impression de ne plus être dans le bain... D'ailleurs, j'ai essayé de donner des scénari à la rédaction de Spirou, et on me les a toujours refusés en me disant que je n'étais plus au goût du jour...
Alors non... là non, je crois que j'ai décroché...
M. D. Enfin, nous allons leur prouver qu'ils se trompent en rééditant ces deux albums qui je le crois, auront le succès qu'ils méritent car il est anormal que l'on ne parle pas plus souvent des vétérans de la bande dessinée qui ont plus que fait leurs preuves ! Nous attendons avec impatience, la création des deux couvertures que vous avez bien voulu réaliser pour Curiosity.
R.V. Mais... cela sera avec le plus grand plaisir et je vais m'y atteler le plus tôt possible... et cela me retrempera, je serai à nouveau dans le bain ! C'est peut-être une nouvelle existence qui commence...
M. D. En effet, c'est un deuxième souffle, vous êtes le Lino Ventura de la Bande Dessinée ...Ah...Ah. Ah... Merci beaucoup Monsieur Velter !
R. V. Mais... vous êtes très sympathique, ce fut un plaisir pour moi d'avoir cet entretien qui m'a rappelé une foule de souvenirs...
[Septembre 1975] par Michel Deligne
PS : merci à JP qui m'a procuré cet interview!
Auteur de l'article : Michel Deligne
Paris, le 19ème arrondissement... la porte des Lilas, une petite allée bordée de petites maisons avec jardinets sur le devant... Un des quartiers les plus vieux et les plus pittoresques de la ville lumière!
De ces maisons minuscules et accueillantes, il en reste encore à peine trois cents dans Paris... Les promoteurs ne sont pas encore passés par là !
Heureusement pour nous car c'est là qu'habite Rob-Vel ! Nous franchissons le jardinet fleuri et sonnons à la porte grande ouverte... (comme dans la maison du Bon Dieu). Des bruits de pas pressés dans l'escalier et un monsieur aux cheveux blancs, tiré à quatre épingles, très gentleman anglais, nous accueille en souriant. Il nous fait pénétrer dans un petit salon dont les murs sont décorés de nombreuses peintures.
Robert Velter, un sourire sympathique sous sa moustache blanche bien taillée a bien voulu répondre a notre interview...
M.D Monsieur Rob-Vel, je vous pose une question indiscrete, quel age avez vous?
R. V. Soixante ans! bientot! bientot!
M.D. Soixante-six ans ! Et pourtant vous avez l'air d'un jeune homme, j'ai la vague impression que la bande dessinée conserve ! Qu'en pensez-vous ?
R. V. Ma foi... oui, je le pense et j'espère vivre encore quelques années...
M.D. Puis-je vous demander quel est le souvenir le plus marquant de votre passage au journal de Spirou ?
R. V. Ma foi... c'est difficile à dire, il y a si longtemps... attendez, ma femme était belge et nous aimions bien la Belgique et quand on m'a contacté pour travailler pour le journal, cela m'a fait un grand plaisir d'introduire dans celui-ci un de ces petits grooms ou mousses si vous voulez... comme ceux que j'avais côtoyé lors de mes nombreuses navigations sur les grandes lignes de la transatlantique... et quand Monsieur Dupuis m'a demander de créer un personnage, j'ai pensé tout de suite à ces mousses que j'avais crayonnés à bord et je n'ai jamais pensé qu'un jour ce petit bonhomme deviendrait le héros du journal et qu'il aurait la vie intense qu'il a présentement... Il a dépassé son papa !
M. D. Est-ce que l'idée de l'appeler Spirou, venait de vous ou de Monsieur Dupuis ?
R.V. Non... Elle vient de Monsieur Dupuis car le terme de Spirou m'était tout-à-fait inconnu... Je crois que c'est un petit garçon luté, éveillé... Cela vient de l'écureuil, je crois ? Par la suite on m'a demandé ou j'ai créé, je ne m'en souviens plus très bien, son petit compagnon Spip car j'aime beaucoup qu'il y ait des animaux dans mes histoires car j'aime beaucoup ceux-ci, et on l'a appelé Spip mais le nom vient de la maison de Belgique... Je ne connaissais pas ce terme qui veut dire futé... rapide...
M.D Joseph Gillain, Jijé, qui repris le personnage en mains lors de votre mobilisation, avait-il au préalable travaillé en équipe avec vous pour préparer cette reprise ?
R. V. Non, je n'ai jamais à mon grand regret eu l'occasion de rencontrer Jijé, je l'ai connu seulement après de longues années lors d'un passage à la télévision. Non, il a dû improviser ce qui a dû être très difficile à l'époque. C'est toujours très difficile de passer derrière un autre et de reprendre un personnage existant; ce fut le cas de beaucoup de dessinateurs de l'après-guerre. Mais malgré mon absence, Gillain a très bien su s'en tirer et depuis, a fait des choses très très bien...
M.D Savez-vous que votre histoire : «Toto au Mexique», fut replacée après la guerre dans des journaux belges comme le journal de Bravo ?
R.V. Non, je ne savais pas...
M.D. En effet, cette histoire qui fit les beaux jours du journal de Toto fut replacée après la guerre en 1948.
R. V. Cela me permettra de leur rappeler mes droits d'auteur un de ces jours, ah ...ah...ah...!
M. D. Qui préférez-vous de vos deux personnages principaux : Spirou ou Toto ?
R. V. Ecoutez,... Je les ai tous les deux dans mon coeur car ils proviennent comme je vous l'ai déjà dit, des bateaux sur lesquels j'avais navigué... Ils ont existé en chair et en os et leurs péripéties à bord amusaient beaucoup le personnel navigant. Il y avait des petits mousses qui ressemblaient à Spirou et des petits grooms qui ressemblaient à Toto, surtout qu'ils sont nés à un an de différence... Non, je n'ai pas de préférence, ce sont des frères. Ce sont deux personnages que j'ai beaucoup aimés.
M.D. Pendant la période de guerre, n'avez-vous pas eu trop de difficultés pour faire parvenir vos dessins en Belgique ?
R. V. Oh si ! D'ailleurs, j'en ai crayonné quelques-uns là-bas sur le front et ma femme, dès réception, s'occupait avec un dessinateur belge de les encrer mais après, cela a été très difficile et c'est une des raisons pour lesquelles j'ai du stopper parce que faire passer des choses en Belgique était extrêmement difficile. C'était grâce à un monsieur belge qui avait un laisser-passer et qui s'occupait d'encres d'imprimerie, que nous faisions parvenir mes dessins chez Monsieur Dupuis.
M. D. Quand vous avez cessé de dessiner Spirou, c'est-à-dire le 2 septembre 1943 qui fut le dernier fascicule de l'album 14 de la collection, qu'avez-vous fait au point de vue bandes dessinées ?
RV. Oh... à ce moment-là, comme je ne voulais pas collaborer dans les journaux français proallemands, j'ai abandonné le dessin, je n'ai plus rien dessiné sauf pour mon plaisir personnel et j'ai cherché autre chose ; j'étais au cadastre de la ville de Paris. Je faisais un tout autre travail pour éviter justement de travailler dans des journaux qui ne m'inspiraient pas.
M.D. Je vous remercie... Vous avez travaillé en équipe avec votre épouse pendant longtemps, vous étiez un vrai ménage d'artistes ; pourrais-je connaître les impressions d'un ménage de dessinateurs qui travaillent tous deux pour le même journal de jeunes ?
R.V. Ma foi... c'était très facile, ma femme aimait beaucoup les contes de fées, elle en écrivait beaucoup pour des journaux d'enfants, de plus c'était une très bonne dessinatrice, et comme elle préférait écrire les textes de mes histoires, c'était très facile et nous avions une très très bonne entente et elle me manque beaucoup actuellement parce que c'était vraiment ma plus fidèle collaboratrice.
M.D. Je comprends cela parfaitement surtout qu'il y a six mois que vous venez de perdre votre épouse, ce qui est évidemment quelque chose de très très grave dans la vie d'un couple et de surcroît, d'un couple comme le vôtre et je me souviens en effet que les histoires dessinées par Davine étaient empreintes de beaucoup de poésie, notamment celles des Aventures de Zizette où de vilains forains et des enfants abandonnés apportaient une ambiance particulière à la trame de l'histoire. Le dessin était très sobre et on s'y attachait beaucoup.
M D. Robert Velter, êtes-vous content que quelqu'un sorte deux albums sur votre oeuvre chez Spirou après 1943-1975, après bientôt 32 ans je ne vais pas dire d'éclipse car vous avez continué à dessiner mais plutôt d'absence du journal de Spirou ?
R V Oh certainement... Je dirais même que je prends cela comme une consécration... Et je suis même étonné et je trouve très gentil que ` on se souvienne de vieux dessinateurs comme moi... Je trouve que... c'est un honneur pour moi !
M D Merci beaucoup et nous espérons que ces deux albums plairont aux jeunes comme aux moins jeunes qui retrouveront dans ces ouvrages de nombreux souvenirs d'enfance et d'adolescence e! nous comptons sur votre présence tors de la prochaine convention de la bande dessinée de Paris afin que tous vos admirateurs puissent enfin voir le créateur du personnage de Spirou !
R.V. Bien sûr ! Je me ferai une joie d'assister à cette réunion mais j'espère que l'on ne me demandera pas de trop dessiner car je ne suis plus tout jeune et à Angoulême, j'étais vraiment assailli de toutes parts par de nombreux collectionneurs et chasseurs d'autographe. Je vous rappelle une petite anecdote qui a un rapport avec ma première rencontre avec Monsieur Dupuis. Je travaillais à l'époque chez Excelsior comme secrétaire de rédaction et j'avais plusieurs fois eu l'occasion de rencontrer Monsieur Dupuy avec y qui était alors le grand «Manitou» des Éditions de Dimanche Illustré, Toto, etc... mais «rencontré» comme on croise le PDG dans les bureaux, c'était tout. Et voilà qu'un beau matin, on m'annonce la visite de Monsieur Dupuis... Je me dis comment ! Ce monsieur vient me voir, moi qui n'était qu'un rouage dans la grande entreprise qui occupait presque toute la rue d'Enghien avec toutes ses publications comme Petit parisien, Journal de sport, Toto, Revues de cinéma, II n'y avait pas de journaux de Télévision à l'époque sinon il les aurait édités, journaux de TSF, et encore beaucoup d'autres publications, c'était un vrai consortium et je m'étonnais qu'il ait traversé la rue d'Enghien où se trouvaient ses grands locaux administratifs, pour venir parler à un humble dessinateur comme moi. Je dessinais déjà Toto à cette époque. Et voilà qu'entre un monsieur jovial et assez rondouillard qui me dit : «Vous êtes Rob-Vel, je suis Monsieur Dupuis de Belgique...), Ah j'avais compris ! Voilà une anecdote qui est assez curieuse car j'allais travailler pour deux éditeurs qui s'appelaient phonétiquement de la même façon.
M.D. Comment pensez-vous que Monsieur Dupuis ait pensé à vous pour son personnage ?
R.V. Il avait sans doute dû voir mes dessins dans Toto et comme à l'époque il voulait créer un journal illustré en Belgique, il a sans doute estimé que j'étais le dessinateur qu'il lui fallait à l'époque.
M. D. Une dernière question, vous intéressez-vous encore à l'heure actuelle, aux journaux illustrés ?
R. V. Pour vous dire franchement non ! Vous voyez je suis franc... on me fait le service puisque je continue à travailler pour Opera Mundi qui fait le journal de Mickey et toutes les autres revues du même genre... Non, ma foi... J'ai l'impression de ne plus être dans le bain... D'ailleurs, j'ai essayé de donner des scénari à la rédaction de Spirou, et on me les a toujours refusés en me disant que je n'étais plus au goût du jour...
Alors non... là non, je crois que j'ai décroché...
M. D. Enfin, nous allons leur prouver qu'ils se trompent en rééditant ces deux albums qui je le crois, auront le succès qu'ils méritent car il est anormal que l'on ne parle pas plus souvent des vétérans de la bande dessinée qui ont plus que fait leurs preuves ! Nous attendons avec impatience, la création des deux couvertures que vous avez bien voulu réaliser pour Curiosity.
R.V. Mais... cela sera avec le plus grand plaisir et je vais m'y atteler le plus tôt possible... et cela me retrempera, je serai à nouveau dans le bain ! C'est peut-être une nouvelle existence qui commence...
M. D. En effet, c'est un deuxième souffle, vous êtes le Lino Ventura de la Bande Dessinée ...Ah...Ah. Ah... Merci beaucoup Monsieur Velter !
R. V. Mais... vous êtes très sympathique, ce fut un plaisir pour moi d'avoir cet entretien qui m'a rappelé une foule de souvenirs...
[Septembre 1975] par Michel Deligne
Par Juho
, le 06 Mai 2006 9:00
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