Etudes sur la série
Zorglub, Etude complete du personnage
En 1961 paraît aux Éditions Dupuis le quinzième album des aventures de Spirou et Fantasio, intitulé Z comme Zorglub. Ce personnage intervient de nouveau en 1962 dans L'ombre du Z.
Cet article a été écrit par Édouard Duprey et Pierre-François Le Faou et appartient à leurs auteurs respectifs, je n'y apporté aucune modification.
André Franquin, dessinateur et scénariste de la série à l'époque, souhaitait en fait faire de Zorglub un des personnages principaux de la série. L'album suivant, initialement QRM sur Bretzelburg, devait avoir pour personnage central Zorglub. Greg, co-scénariste de Franquin, raconte :
« Franquin lui [Charles Dupuis, l'éditeur] a raconté l'histoire en commençant par “ C'est Zorglub qui… ” et Dupuis l'a arrêté par un “ Non, Zorglub on vient d'en prendre deux histoires de suite, je n'en veux plus. ” ».
C'est pourquoi Franquin ne dessinera plus Zorglub que pour Panade à Champignac.
Ce personnage est la propriété des Éditions Dupuis, il a donc été utilisé par certains des auteurs qui ont repris la série : Fournier dans Le faiseur d'or et Tora Torapa, Tome et Janry dans Le réveil du Z.
L'intérêt particulier que l'on peut porter à Zorglub réside dans le fait qu'il est un personnage ambigu, Franquin le qualifie de « semi-mauvais », il est « l'ennemi qu'on combat mais avec qui l'on reste encore en contact, que l'on peut faire changer »
Cet article a été écrit par Édouard Duprey et Pierre-François Le Faou et appartient à leurs auteurs respectifs, je n'y apporté aucune modification.
André Franquin, dessinateur et scénariste de la série à l'époque, souhaitait en fait faire de Zorglub un des personnages principaux de la série. L'album suivant, initialement QRM sur Bretzelburg, devait avoir pour personnage central Zorglub. Greg, co-scénariste de Franquin, raconte :
« Franquin lui [Charles Dupuis, l'éditeur] a raconté l'histoire en commençant par “ C'est Zorglub qui… ” et Dupuis l'a arrêté par un “ Non, Zorglub on vient d'en prendre deux histoires de suite, je n'en veux plus. ” ».
C'est pourquoi Franquin ne dessinera plus Zorglub que pour Panade à Champignac.
Ce personnage est la propriété des Éditions Dupuis, il a donc été utilisé par certains des auteurs qui ont repris la série : Fournier dans Le faiseur d'or et Tora Torapa, Tome et Janry dans Le réveil du Z.
L'intérêt particulier que l'on peut porter à Zorglub réside dans le fait qu'il est un personnage ambigu, Franquin le qualifie de « semi-mauvais », il est « l'ennemi qu'on combat mais avec qui l'on reste encore en contact, que l'on peut faire changer »
Par Juho
, le 11 Juin 2006 14:16
LES ORIGINES DE ZORGLUB
Selon Greg, le personnage de Zorglub est de Franquin. Celui-ci voulait opposer au comte de Champignac un adversaire aussi efficace, mais dans la méchanceté, que le digne savant.
Du point de vue du dessin, le personnage de Zorglub s'apparente, sans être une caricature, « à un gars que je [Franquin] connaissais et qui jouait un rôle dans la direction d'un grand magasin de Bruxelles ». Le docteur Kilikil de QRN sur Bretzelburg (ci-dessous) sera graphiquement inspiré de Zorglub. Volonté de Franquin d'insérer dans son histoire un "faux méchant avec un collier de barbe", malgré le veto de Charles Dupuis ?
Zorglub mesure environ 1m80 et aurait entre 45 et 50 ans : c'est ainsi que Fantasio le décrit dans Panade à Champignac (planche 26). Il n'est pas très séduisant, Franquin l'associe à un « vieux beau » et Spip dans L'ombre du Z pense en le voyant : « Ne vous en faites pas, mon vieux. Chez un homme, ce n'est pas la beauté qui importe…» (planche 13). Le titre « Z comme Zorglub » est de Greg, mais on ne connaît pas la provenance du nom de Zorglub.
(QRN sur Bretzelburg, page 27)
Ce nom fera l'objet de diverses anagrammes. Ci-dessous, les marques Zugol+BR et Zbul Gor.
(L'ombre du Z, page 45)
Zorglub se fait également passer pour un journaliste (L'ombre du Z, planche 13), son pseudonyme sera Zug Brol, "brol" en patois bruxellois signifiant "désordre".
L'importance est bien sûr accordée à la lettre Z, toujours en première position. Cela n'est pas sans rappeler un certain Don Diego de la Vega alias Zorro. Franquin s'amuse d'ailleurs avec cela dans la page de garde de L'ombre du Z, puisque à la manière de Zorro, Zorglub y signe son nom à la pointe du dentifrice d'un Z qui veut dire Zorglub (ci-dessous).
(L'ombre du Z, page 1)
On peut trouver chez Zorglub des points communs avec M. Choc, apparu au milieu des années 50 dans la série « Tif et Tondu », ainsi qu'avec Olrik, ennemi de Blake et Mortimer pour la première fois dans Le secret de l'espadon, ou encore avec Axel Borg, le malfaisant adversaire de Lefranc. Le goût du pouvoir, un certain raffinement, qui tend parfois au dandysme, l'utilisation de la technologie (l'hélicoptère de Choc, l'aile volante d'Olrik… et le Zorgléoptère), la symbolique du rouge, le sens de la mise en scène…
(L'ombre du Z, page 60)
Plus directement, le Z de Zorglub le rapproche de Zantafio (ci-dessus), le cousin de Fantasio, alias général Zantas depuis Le dictateur et le champignon. Les deux personnages seront même associés dans L'ombre du Z, puis opposés dans Le faiseur d'or de Fournier, puis de nouveau associés dans Tora Torapa. Ce dernier album présente certaines similitudes de scénario avec L'ombre du Z : caché dans une ancienne base Z, Zantafio utilise Zorglub en lui cachant ses véritables desseins. Ils ont en commun le sens de la dictature mais leurs intérêts divergent : Zantafio est en effet plus terre-à-terre, matérialiste et mesquin. Ce n'est pas un scientifique, juste un aventurier malfaisant, au contraire de Zorglub, qui est dominateur mais « qui ne se rend pas compte des désagréments qu'il provoque ».
En fait, Zorglub est le "côté obscur" de Champignac. Le comte apparaît ambigu dès ses débuts dans Il y a un sorcier à Champignac. Franquin voulait « le faire apparaître comme une espèce de sorcier inquiétant », et il amasse une fortune en trichant aux compétitions auxquelles il prend part, sans que cela semble choquer qui que ce soit (page 45 de cet album). Dans La peur au bout du fil, après avoir ingurgité par erreur un produit nocif, Champignac était devenu franchement mauvais (ci-dessous). D'ailleurs, au cours de cet épisode, il ne cessait de répéter « Zut » (Z comme…).
(La peur au bout du fil, page 56 de l'album n°13)
Zorglub et Champignac ont étudié ensemble (cf. pages 16 et 17 de Z comme Zorglub), ce qui est étonnant puisque, physiquement, une génération semble les séparer.
Zorglub oblige même Champignac à sortir de ses gonds. Page 36 de Z comme Zorglub, il dit : « Jamais je n'utilisai mes découvertes dans un but destructeur, mais ceci est un cas de légitime défense ». Il a les moyens d'être très dangereux, comme le fait remarquer le biologiste dans La peur au bout du fil (page 59 de l'album 13). Pour vaincre Zorglub, il est obligé de « faire sortir ses petits champignons de ses petits pots » (Z comme Zorglub, page 36)… Il ira même jusqu'à utiliser la zorglonde dans L'ombre du Z (page 56 par exemple).
(L'ombre du Z, page 35)
On peut avancer que pour vaincre Zorglub, il faut devenir Zorglub, puisque dans cet album, Pacôme rivalise de maladresse avec Zorglub (ci-dessus). À la fin de Z comme Zorglub, c'est d'ailleurs lui qui part en Zorglumobile (ci dessous).
(Z comme Zorglub, page 63)
De même, Zorglub n'a pas voulu détruire sa dernière base, comme Champignac n'a pu se résoudre à rayer Zorgland de la carte (ci-dessous).
(Z comme Zorglub, page 63)
Les deux hommes se respectent, même si leur façon d'envisager la science n'est pas la même. On pourrait même penser que Zorglub est amoureux de Champignac ; d'ailleurs, à la fin de Panade à Champignac, il partent bras dessus bras dessous à la cueillette des champignons. Fournier ira même jusqu'à rendre Zorglub nettement moins sûr de lui, et c'est un peu comme une femme effrayée par une souris qu'il réagit en voyant marcher Spip sous une casquette (ci-dessous). Page 4 de Z comme Zorglub, il se fait passer pour une femme, Spip le qualifie d'ailleurs de « reine des fofolles ».
(Le faiseur d'or, page 16)
Leurs rapports sont en tous cas assez violents, comme le montre cette scène de Z comme Zorglub, une des rares scènes d'action de Champignac. Zorglub a le don d'énerver Champignac, il est son mauvais démon : dans cette scène, la progression est aussi patente que rapide. Pacôme accueille Zorglub franchement amicalement (bas de la page 17), puis commence à se moquer de lui (il pouffe à l'avant-dernière case, et ne « disconvient pas » à la case suivante du fait que Zorglub soit « le roi », sous-entendu « des maladroits », voire « des cons »). Très vite son regard se durcit (cases 2 et 3, page 18), et finalement il le jette à la porte (ci-dessous).
(Z comme Zorglub, page 18)
Tome et Janry dans Le réveil du Z ont d'ailleurs retranscrit la même action en 2062 (tout juste un siècle après) entre Champignac et Zorglub juniors (ci-dessous).
(Le réveil du Z, page 31)
Selon Greg, le personnage de Zorglub est de Franquin. Celui-ci voulait opposer au comte de Champignac un adversaire aussi efficace, mais dans la méchanceté, que le digne savant.
Du point de vue du dessin, le personnage de Zorglub s'apparente, sans être une caricature, « à un gars que je [Franquin] connaissais et qui jouait un rôle dans la direction d'un grand magasin de Bruxelles ». Le docteur Kilikil de QRN sur Bretzelburg (ci-dessous) sera graphiquement inspiré de Zorglub. Volonté de Franquin d'insérer dans son histoire un "faux méchant avec un collier de barbe", malgré le veto de Charles Dupuis ?
Zorglub mesure environ 1m80 et aurait entre 45 et 50 ans : c'est ainsi que Fantasio le décrit dans Panade à Champignac (planche 26). Il n'est pas très séduisant, Franquin l'associe à un « vieux beau » et Spip dans L'ombre du Z pense en le voyant : « Ne vous en faites pas, mon vieux. Chez un homme, ce n'est pas la beauté qui importe…» (planche 13). Le titre « Z comme Zorglub » est de Greg, mais on ne connaît pas la provenance du nom de Zorglub.
(QRN sur Bretzelburg, page 27)
Ce nom fera l'objet de diverses anagrammes. Ci-dessous, les marques Zugol+BR et Zbul Gor.
(L'ombre du Z, page 45)
Zorglub se fait également passer pour un journaliste (L'ombre du Z, planche 13), son pseudonyme sera Zug Brol, "brol" en patois bruxellois signifiant "désordre".
L'importance est bien sûr accordée à la lettre Z, toujours en première position. Cela n'est pas sans rappeler un certain Don Diego de la Vega alias Zorro. Franquin s'amuse d'ailleurs avec cela dans la page de garde de L'ombre du Z, puisque à la manière de Zorro, Zorglub y signe son nom à la pointe du dentifrice d'un Z qui veut dire Zorglub (ci-dessous).
(L'ombre du Z, page 1)
On peut trouver chez Zorglub des points communs avec M. Choc, apparu au milieu des années 50 dans la série « Tif et Tondu », ainsi qu'avec Olrik, ennemi de Blake et Mortimer pour la première fois dans Le secret de l'espadon, ou encore avec Axel Borg, le malfaisant adversaire de Lefranc. Le goût du pouvoir, un certain raffinement, qui tend parfois au dandysme, l'utilisation de la technologie (l'hélicoptère de Choc, l'aile volante d'Olrik… et le Zorgléoptère), la symbolique du rouge, le sens de la mise en scène…
(L'ombre du Z, page 60)
Plus directement, le Z de Zorglub le rapproche de Zantafio (ci-dessus), le cousin de Fantasio, alias général Zantas depuis Le dictateur et le champignon. Les deux personnages seront même associés dans L'ombre du Z, puis opposés dans Le faiseur d'or de Fournier, puis de nouveau associés dans Tora Torapa. Ce dernier album présente certaines similitudes de scénario avec L'ombre du Z : caché dans une ancienne base Z, Zantafio utilise Zorglub en lui cachant ses véritables desseins. Ils ont en commun le sens de la dictature mais leurs intérêts divergent : Zantafio est en effet plus terre-à-terre, matérialiste et mesquin. Ce n'est pas un scientifique, juste un aventurier malfaisant, au contraire de Zorglub, qui est dominateur mais « qui ne se rend pas compte des désagréments qu'il provoque ».
En fait, Zorglub est le "côté obscur" de Champignac. Le comte apparaît ambigu dès ses débuts dans Il y a un sorcier à Champignac. Franquin voulait « le faire apparaître comme une espèce de sorcier inquiétant », et il amasse une fortune en trichant aux compétitions auxquelles il prend part, sans que cela semble choquer qui que ce soit (page 45 de cet album). Dans La peur au bout du fil, après avoir ingurgité par erreur un produit nocif, Champignac était devenu franchement mauvais (ci-dessous). D'ailleurs, au cours de cet épisode, il ne cessait de répéter « Zut » (Z comme…).
(La peur au bout du fil, page 56 de l'album n°13)
Zorglub et Champignac ont étudié ensemble (cf. pages 16 et 17 de Z comme Zorglub), ce qui est étonnant puisque, physiquement, une génération semble les séparer.
Zorglub oblige même Champignac à sortir de ses gonds. Page 36 de Z comme Zorglub, il dit : « Jamais je n'utilisai mes découvertes dans un but destructeur, mais ceci est un cas de légitime défense ». Il a les moyens d'être très dangereux, comme le fait remarquer le biologiste dans La peur au bout du fil (page 59 de l'album 13). Pour vaincre Zorglub, il est obligé de « faire sortir ses petits champignons de ses petits pots » (Z comme Zorglub, page 36)… Il ira même jusqu'à utiliser la zorglonde dans L'ombre du Z (page 56 par exemple).
(L'ombre du Z, page 35)
On peut avancer que pour vaincre Zorglub, il faut devenir Zorglub, puisque dans cet album, Pacôme rivalise de maladresse avec Zorglub (ci-dessus). À la fin de Z comme Zorglub, c'est d'ailleurs lui qui part en Zorglumobile (ci dessous).
(Z comme Zorglub, page 63)
De même, Zorglub n'a pas voulu détruire sa dernière base, comme Champignac n'a pu se résoudre à rayer Zorgland de la carte (ci-dessous).
(Z comme Zorglub, page 63)
Les deux hommes se respectent, même si leur façon d'envisager la science n'est pas la même. On pourrait même penser que Zorglub est amoureux de Champignac ; d'ailleurs, à la fin de Panade à Champignac, il partent bras dessus bras dessous à la cueillette des champignons. Fournier ira même jusqu'à rendre Zorglub nettement moins sûr de lui, et c'est un peu comme une femme effrayée par une souris qu'il réagit en voyant marcher Spip sous une casquette (ci-dessous). Page 4 de Z comme Zorglub, il se fait passer pour une femme, Spip le qualifie d'ailleurs de « reine des fofolles ».
(Le faiseur d'or, page 16)
Leurs rapports sont en tous cas assez violents, comme le montre cette scène de Z comme Zorglub, une des rares scènes d'action de Champignac. Zorglub a le don d'énerver Champignac, il est son mauvais démon : dans cette scène, la progression est aussi patente que rapide. Pacôme accueille Zorglub franchement amicalement (bas de la page 17), puis commence à se moquer de lui (il pouffe à l'avant-dernière case, et ne « disconvient pas » à la case suivante du fait que Zorglub soit « le roi », sous-entendu « des maladroits », voire « des cons »). Très vite son regard se durcit (cases 2 et 3, page 18), et finalement il le jette à la porte (ci-dessous).
(Z comme Zorglub, page 18)
Tome et Janry dans Le réveil du Z ont d'ailleurs retranscrit la même action en 2062 (tout juste un siècle après) entre Champignac et Zorglub juniors (ci-dessous).
(Le réveil du Z, page 31)
Par Juho
, le 11 Juin 2006 14:31
LE CARACTÈRE DE ZORGLUB
Greg raconte que « ce côté mégalomane du type qui veut toujours faire des démonstrations étonnantes » est de lui. Zorglub est effectivement mégalomane, cela est omniprésent : il ne manque pas une occasion de se mettre en avant, affichant partout le Z de son initiale, par exemple sur la bibliothèque de Champignac (ci-dessous). Il parle de lui à la troisième personne (page 23 de Z comme Zorglub : « Zorglub n'a besoin de personne »).
(Z comme Zorglub, page 16)
Il s'arroge également « la propriété de toutes les planètes du système solaire » (page 18 de ce même album). Il se pare de différents titres dont ceux de génie ou de roi (ci-dessous)
(Z comme Zorglub, page 17)
D'ailleurs ce n'est sans doute pas innocemment qu'il porte une veste doublée d'hermine, ou qu'il utilise une DS Citroën, voiture présidentielle qui lui permet de mêler symbolique du pouvoir et contenu technologique. Dix ans plus tard, il se serait certainement déplacé en Concorde !
(L'ombre du Z, page 34)
Il est également méprisant (il s'adresse ci-dessus à trois pilotes de chasse).
(Z comme Zorglub, page 17)
Ce qui rend de l'humanité à Zorglub, c'est le fait qu'il ne puisse pas s'empêcher d'être gaffeur (ci-dessus) : Franquin le qualifie d'ailleurs de Gaston. Donc si Zorglub est un génie, c'est avant tout un « génie de la gaffe » (ci-dessous)
(Z comme Zorglub, page 61).
Ces gaffes sont souvent dues à son impatience, Champignac le dit « trop bouillant » (page 52 de Z comme Zorglub). En fait, Zorglub est un instable : on le voit alterner ci-dessous deux attitudes totalement différentes.
(L'ombre du Z, page 35)
Il est également inconscient du mal qu'il peut faire, sa phase dépressive de Z comme Zorglub le montre (pages 56 à 62), ainsi que le haut de la page 62 de L'ombre du Z où il demande à Pacôme : « Tu es certain que des gens, à Chiquito, en sont réduits à manger du savon ?!? ».
(Le dictateur et le champignon, page 33)
En fait, Zorglub est un traumatisé, cela est dû à son extrême solitude et aux moqueries et humiliations qu'il a dû essuyer (entre autres à l'université). Il le reconnaît lui-même : Champignac est son seul ami (Z comme Zorglub, page 56). Tout cela pousse Zorglub à devenir un dictateur ; d'ailleurs l'association du rouge, du blanc et du noir n'est pas sans rappeler la symbolique nazie, et tous les zorglhommes ont le crâne rasé… Lorsque Zorglub déclenche, page 28 de Z comme Zorglub, une émeute contre le comte, il utilise la radio, comme Hitler lorsqu'il faisait diffuser ses discours. De même, il emploie le système du bouc émissaire : « Les champignons du comte sont le fléau de Champignac » (page 29).
Franquin avait d'ailleurs singé Hitler dans Le dictateur et le champignon (ci-dessous), et ce n'est pas un hasard si Zantafio est le bras droit de Zorglub dans L'ombre du Z.
On remarque aussi que Zorglub pratique la torture selon sa « méthode » (page 15 de Z comme Zorglub). Mais le seul dictateur dans l'âme, avec tout ce que cela comporte de totalitarisme et de violence, c'est Zantafio.
Greg raconte que « ce côté mégalomane du type qui veut toujours faire des démonstrations étonnantes » est de lui. Zorglub est effectivement mégalomane, cela est omniprésent : il ne manque pas une occasion de se mettre en avant, affichant partout le Z de son initiale, par exemple sur la bibliothèque de Champignac (ci-dessous). Il parle de lui à la troisième personne (page 23 de Z comme Zorglub : « Zorglub n'a besoin de personne »).
(Z comme Zorglub, page 16)
Il s'arroge également « la propriété de toutes les planètes du système solaire » (page 18 de ce même album). Il se pare de différents titres dont ceux de génie ou de roi (ci-dessous)
(Z comme Zorglub, page 17)
D'ailleurs ce n'est sans doute pas innocemment qu'il porte une veste doublée d'hermine, ou qu'il utilise une DS Citroën, voiture présidentielle qui lui permet de mêler symbolique du pouvoir et contenu technologique. Dix ans plus tard, il se serait certainement déplacé en Concorde !
(L'ombre du Z, page 34)
Il est également méprisant (il s'adresse ci-dessus à trois pilotes de chasse).
(Z comme Zorglub, page 17)
Ce qui rend de l'humanité à Zorglub, c'est le fait qu'il ne puisse pas s'empêcher d'être gaffeur (ci-dessus) : Franquin le qualifie d'ailleurs de Gaston. Donc si Zorglub est un génie, c'est avant tout un « génie de la gaffe » (ci-dessous)
(Z comme Zorglub, page 61).
Ces gaffes sont souvent dues à son impatience, Champignac le dit « trop bouillant » (page 52 de Z comme Zorglub). En fait, Zorglub est un instable : on le voit alterner ci-dessous deux attitudes totalement différentes.
(L'ombre du Z, page 35)
Il est également inconscient du mal qu'il peut faire, sa phase dépressive de Z comme Zorglub le montre (pages 56 à 62), ainsi que le haut de la page 62 de L'ombre du Z où il demande à Pacôme : « Tu es certain que des gens, à Chiquito, en sont réduits à manger du savon ?!? ».
(Le dictateur et le champignon, page 33)
En fait, Zorglub est un traumatisé, cela est dû à son extrême solitude et aux moqueries et humiliations qu'il a dû essuyer (entre autres à l'université). Il le reconnaît lui-même : Champignac est son seul ami (Z comme Zorglub, page 56). Tout cela pousse Zorglub à devenir un dictateur ; d'ailleurs l'association du rouge, du blanc et du noir n'est pas sans rappeler la symbolique nazie, et tous les zorglhommes ont le crâne rasé… Lorsque Zorglub déclenche, page 28 de Z comme Zorglub, une émeute contre le comte, il utilise la radio, comme Hitler lorsqu'il faisait diffuser ses discours. De même, il emploie le système du bouc émissaire : « Les champignons du comte sont le fléau de Champignac » (page 29).
Franquin avait d'ailleurs singé Hitler dans Le dictateur et le champignon (ci-dessous), et ce n'est pas un hasard si Zantafio est le bras droit de Zorglub dans L'ombre du Z.
On remarque aussi que Zorglub pratique la torture selon sa « méthode » (page 15 de Z comme Zorglub). Mais le seul dictateur dans l'âme, avec tout ce que cela comporte de totalitarisme et de violence, c'est Zantafio.
Par Juho
, le 11 Juin 2006 14:44
LES INVENTIONS DE ZORGLUB
Comme Gaston et Pacôme, Zorglub est un inventeur dans l'âme, à peine est-il guéri à la fin de Panade à Champignac qu'il se met à bricoler et à réinventer la zorglonde : « Si j'ajoute à ceci dix transistors et trois diodes, je peux émettre une onde qui agirait à distance sur… ». Même Spirou le reconnaît lorsqu'il dit que Zorglub ne craint personne comme bricoleur (page 42 de Z comme Zorglub), et ce terme le rapproche encore une fois de Gaston, dont les gaffes tirent souvent leur origine de bricolages malheureux. Bricoler, c'est humain, faillible, et toute la technologie de Zorglub n'y peut rien : elle échoue, victime des impatients bricolages de son maître. Lorsqu'il se confesse à la fin de cet album, il avoue n'avoir inventé que la zorglonde (ci-dessous) et que le reste de sa technologie a été volé.
(Et Franquin créa la gaffe, page 131)
La zorglonde permet de dominer le comportement humain. Elle rend possible la constitution du bras armé de Zorglub : la troupe des zorglhommes. Ci-dessous la machine à zorglhommiser.
(Z comme Zorglub, page 38)
Zorglub a quand même inventé autre chose, à savoir la zorglangue, qu'il estime comme l'une de ses « plus habiles trouvailles » (Z comme Zorglub, page 39). L'idée est en fait de Greg, et il suffit d'écrire les mots à l'envers, en en conservant l'ordre. Au début, les mots n'étaient pas séparés (comme à la page 20 de Z comme Zorglub), puis Franquin inséra des espaces pour faciliter la tâche au lecteur, et finalement, dans L'ombre du Z, traduisit la plupart des bulles.
(Z comme Zorglub, page 63)
Les zorglhommes sont généralement d'anciens policiers ou gendarmes, du fait de leurs bonnes aptitudes physiques et de leur sens de la discipline : en atteste l'avant-dernière case de la page 57 de Z comme Zorglub, ou le dessin ci-dessus, qui a d'ailleurs suscité une polémique contre Franquin, accusé de mener sournoisement campagne en faveur de l'ordre établi et des forces chargées de le défendre ; pour André, c'était bien évidemment tout le contraire dans son esprit.
Les autres inventions furent donc volées, simplement en s'assurant la complicité des gardiens de tous les laboratoires secrets du monde au moyen de la zorglonde : Zorglub l'avoue page 56 de Z comme Zorglub. Ses réalisations technologiques principales sont ses bases d'action. Il révèle page 57 qu'il y en a dans le monde entier : Zorgland, Zorgrad, Zorg-City, Zorg-les-Bains, Zorgville, Zorgburg… Sur ce plan (ci-dessous), on compte 11 bases réparties sur quatre continents.
(Z comme Zorglub, page 59)
Fournier y ajoutera Tora Torapa en Polynésie (ci-dessous).
(Tora Torapa, page 24)
Dans L'ombre du Z, page 24, on apprenait pourtant que Zorglub avait détruit à la fin de l'épisode précédent toutes ses bases sauf une, celle de Palombie. Mais Zorglub a pu en reconstituer au cours de l'épisode L'ombre du Z… ce que de Champignac ignorait. Sa surprise, page 36 de Tora Torapa, en atteste.
Les inventions de Zorglub sont principalement des véhicules.
La zorglumobile
(Et Franquin créa la gaffe, page 129)
Le zorgléoptère (inventé par un ingénieur français, adapté par André et recopié plus tard par Seron)
(Z comme Zorglub, page 22)
La fusée téléguidée
(Z comme Zorglub, page 41)
Les fusées publicitaires
(Z comme Zorglub, page 59)
Il y a aussi le rayon de la mort, une application excessivement dangereuse de la zorglonde, heureusement pas au point, puisque Zorglub, son unique victime à la fin de L'ombre du Z, n'est pas tué et que l'arme explose à sa première utilisation.
(Panade à Champignac, page 10)
L'essentiel de la documentation de Franquin en la matière provient de Science et vie. Zorglub s'est d'ailleurs fait passer pour un journaliste de « Science et… futur » (à la page 21 de L'ombre du Z), et notons qu'il existe à présent un magazine intitulé Science et avenir. Grâce à Zorglub, Franquin a donné à Spirou et Fantasio un côté fantastique et moderne… qui n'a pas plu à tout le monde : Charles Dupuis était resté à la vision charmante et poétique du Nid des marsupilamis et fut désorienté par le triomphe de la technologie des albums 15 et 16.
La dernière des créations de Zorglub est sa descendance. L'existence de celui que l'on peut estimer être son petit-fils (ci-dessous) fut révélée par Tome & Janry dans Le réveil du Z.
(Le réveil du Z, page 28)
Le Zorglub de 2062 conserve d'ailleurs les inventions de son aïeul mais n'a pas hérité de son génie scientifique. Et hélas pour lui, de Champignac a détruit la machine à zorglhommiser : ses sbires ne sont plus des robots inconscients et sont, partant, beaucoup moins parfaits.
Comme Gaston et Pacôme, Zorglub est un inventeur dans l'âme, à peine est-il guéri à la fin de Panade à Champignac qu'il se met à bricoler et à réinventer la zorglonde : « Si j'ajoute à ceci dix transistors et trois diodes, je peux émettre une onde qui agirait à distance sur… ». Même Spirou le reconnaît lorsqu'il dit que Zorglub ne craint personne comme bricoleur (page 42 de Z comme Zorglub), et ce terme le rapproche encore une fois de Gaston, dont les gaffes tirent souvent leur origine de bricolages malheureux. Bricoler, c'est humain, faillible, et toute la technologie de Zorglub n'y peut rien : elle échoue, victime des impatients bricolages de son maître. Lorsqu'il se confesse à la fin de cet album, il avoue n'avoir inventé que la zorglonde (ci-dessous) et que le reste de sa technologie a été volé.
(Et Franquin créa la gaffe, page 131)
La zorglonde permet de dominer le comportement humain. Elle rend possible la constitution du bras armé de Zorglub : la troupe des zorglhommes. Ci-dessous la machine à zorglhommiser.
(Z comme Zorglub, page 38)
Zorglub a quand même inventé autre chose, à savoir la zorglangue, qu'il estime comme l'une de ses « plus habiles trouvailles » (Z comme Zorglub, page 39). L'idée est en fait de Greg, et il suffit d'écrire les mots à l'envers, en en conservant l'ordre. Au début, les mots n'étaient pas séparés (comme à la page 20 de Z comme Zorglub), puis Franquin inséra des espaces pour faciliter la tâche au lecteur, et finalement, dans L'ombre du Z, traduisit la plupart des bulles.
(Z comme Zorglub, page 63)
Les zorglhommes sont généralement d'anciens policiers ou gendarmes, du fait de leurs bonnes aptitudes physiques et de leur sens de la discipline : en atteste l'avant-dernière case de la page 57 de Z comme Zorglub, ou le dessin ci-dessus, qui a d'ailleurs suscité une polémique contre Franquin, accusé de mener sournoisement campagne en faveur de l'ordre établi et des forces chargées de le défendre ; pour André, c'était bien évidemment tout le contraire dans son esprit.
Les autres inventions furent donc volées, simplement en s'assurant la complicité des gardiens de tous les laboratoires secrets du monde au moyen de la zorglonde : Zorglub l'avoue page 56 de Z comme Zorglub. Ses réalisations technologiques principales sont ses bases d'action. Il révèle page 57 qu'il y en a dans le monde entier : Zorgland, Zorgrad, Zorg-City, Zorg-les-Bains, Zorgville, Zorgburg… Sur ce plan (ci-dessous), on compte 11 bases réparties sur quatre continents.
(Z comme Zorglub, page 59)
Fournier y ajoutera Tora Torapa en Polynésie (ci-dessous).
(Tora Torapa, page 24)
Dans L'ombre du Z, page 24, on apprenait pourtant que Zorglub avait détruit à la fin de l'épisode précédent toutes ses bases sauf une, celle de Palombie. Mais Zorglub a pu en reconstituer au cours de l'épisode L'ombre du Z… ce que de Champignac ignorait. Sa surprise, page 36 de Tora Torapa, en atteste.
Les inventions de Zorglub sont principalement des véhicules.
La zorglumobile
(Et Franquin créa la gaffe, page 129)
Le zorgléoptère (inventé par un ingénieur français, adapté par André et recopié plus tard par Seron)
(Z comme Zorglub, page 22)
La fusée téléguidée
(Z comme Zorglub, page 41)
Les fusées publicitaires
(Z comme Zorglub, page 59)
Il y a aussi le rayon de la mort, une application excessivement dangereuse de la zorglonde, heureusement pas au point, puisque Zorglub, son unique victime à la fin de L'ombre du Z, n'est pas tué et que l'arme explose à sa première utilisation.
(Panade à Champignac, page 10)
L'essentiel de la documentation de Franquin en la matière provient de Science et vie. Zorglub s'est d'ailleurs fait passer pour un journaliste de « Science et… futur » (à la page 21 de L'ombre du Z), et notons qu'il existe à présent un magazine intitulé Science et avenir. Grâce à Zorglub, Franquin a donné à Spirou et Fantasio un côté fantastique et moderne… qui n'a pas plu à tout le monde : Charles Dupuis était resté à la vision charmante et poétique du Nid des marsupilamis et fut désorienté par le triomphe de la technologie des albums 15 et 16.
La dernière des créations de Zorglub est sa descendance. L'existence de celui que l'on peut estimer être son petit-fils (ci-dessous) fut révélée par Tome & Janry dans Le réveil du Z.
(Le réveil du Z, page 28)
Le Zorglub de 2062 conserve d'ailleurs les inventions de son aïeul mais n'a pas hérité de son génie scientifique. Et hélas pour lui, de Champignac a détruit la machine à zorglhommiser : ses sbires ne sont plus des robots inconscients et sont, partant, beaucoup moins parfaits.
Par Juho
, le 11 Juin 2006 15:10
LES OBJECTIFS DE ZORGLUB
Zorglub est un personnage qui a de nombreux projets. En deux albums, on peut distinguer plusieurs objectifs, dont le point commun est l'asservissement de la nature :
-+- La nature humaine en premier lieu. Sa démonstration de la "robotisation" des zorglhommes qui rient ou pleurent sur commande à la page 51 de Z comme Zorglub montre la volonté de Zorglub d'affranchir l'homme de sa condition, de sa "sujétion du matériel humain aux impératifs de la nature" (page 50), pour autant que ce soit à son unique profit…
-+- La nature proprement dite. Ses constructions le nécessitent, en particulier le site palombien qui se trouve en pleine forêt à 120 km de la ville la plus proche. On ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec Brasilia, la capitale brésilienne artificielle créée au milieu de l'Amazonie en 1957. Son premier projet à l'université visait déjà le changement des lois de la nature : rapprocher la Lune de la Terre (Z comme Zorglub, page 17).
Cependant, tous ses projets seront contrariés : la nature incarnée par les champignons du comte reprendra ses droits en détruisant les constructions de Zorglub (ci-dessous).
(L'ombre du Z, page 63)
Zorglub est aussi un rebelle. Il n'accepte pas plus de se soumettre à l'autorité en place qu'à la nature. La statue du maire en majesté est qualifiée d'« objet ridicule » (page 28 de L'ombre du Z) avant d'être décapitée comme un aristocrate par une guillotine. Il se moque des militaires et proteste contre les impôts : « En général, je paye ce que je prends, mais jamais aux militaires : j'estime avoir payé assez d'impôts… » (page 38 du même album). Et indirectement, il participe au projet de révolution zantiste en Palombie.
(Z comme Zorglub, page 18)
Cependant, il ne cherche pas à instaurer un nouveau système politique. En fait, Zorglub est assez confus dans ses envies de puissance. À l'origine, il semble vouloir devenir le maître du monde avec l'aide de Champignac : « Zorglub t'attend ! Les zorglhommes sont en marche ! Viens avec eux vers la gloire ! Sous le signe du Z, que l'intelligence vienne au génie. » (Z comme Zorglub, page 15). Le monde ne lui suffit plus, il prétend dominer l'univers entier (ci-dessous).
Cette croyance en son omnipotence se remarque également à la fin de Z comme Zorglub. Même en pleine crise de déprime, il essaye de commander au "créateur", Franquin, en lui expliquant la marche à suivre pour conclure l'album (ci-dessous).
(Z comme Zorglub, page 61)
Ce n'est en tout cas pas ce projet de Zorglub, dominer le monde, qui restera dans l'histoire. Certes, Tome et Janry le présentent comme le « dictateur électronique » (page de garde du Réveil du Z), expression tirée de la page 31 de Z comme Zorglub, où ce dernier précise en outre qu'il pourrait demain asservir la Terre entière, s'il ne trouvait ce globe trop minuscule pour l'envergure de son génie… Mais Zorglub a d'autres projets.
En effet, à la fin de Z comme Zorglub, il réalise son véritable objectif, ce qu'il appelle son chef-d'œuvre : faire de la publicité sur la Lune. Et dans L'ombre du Z, il utilise la zorglonde comme le degré ultime de la publicité et de la persuasion du consommateur. En fait, l'empire que Zorglub voudrait fonder est un empire commercial : on le voit développer la marque Z, qui orne les semelles de ses chaussures ou encore des dentifrices et des savons (pourquoi du dentifrice et du savon ?). Cependant, son chef-d'œuvre (ci-dessous) est au profit de Coca-Cola (pourquoi Coca-Cola ?).
(Z comme Zorglub, page 61)
Zorglub (donc Franquin) est en avance sur son temps et a compris l'importance de la publicité dès la fin des années 50. Elle lui permet à la fois d'utiliser l'ensemble de ses connaissances techniques et de se mettre en avant. Zorglub est un peu le Séguéla des années 60, mégalomane aux projets publicitaires gigantesques.
Le maître-mot est ici communication, et ceci reste cohérent avec les méthodes totalitaires, nazies par exemple, fondées sur la maîtrise des médias. Faut-il opérer un rapprochement tentant, confondant publicité et société de consommation avec une certaine forme de dictature des esprits ? Serions-nous zorglhommisés par le matraquage publicitaire ?
Mais Zorglub subit l'échec sur toute la ligne :
-+- L'emploi de la zorglonde est reconnu dangereux, même en matière publicitaire. Cette concurrence est déloyale et Zorglub ne se rend pas compte du fait que ses effets sont nuisibles (L'ombre du Z, page 62).
-+- La publicité sur la Lune sera certes un exploit technique, mais aussi un échec publicitaire, le nom de la marque étant écrit en zorglangue.
Finalement, Zorglub n'aura pas réalisé ses projets. En contrepartie, à la fin de Panade à Champignac, il n'est plus seul. Pendant des années, certainement, il ne fut entouré que de ses zorglhommes sans personnalité, des robots à sa botte. Il déclare d'ailleurs, certainement pour s'en persuader lui-même : « Zorglub n'a besoin de personne ! » (Z comme Zorglub, page 23). C'est certainement parce qu'il ne pouvait plus le supporter qu'il est allé trouver de Champignac, le seul ami qu'il ait jamais eu, et dont il n'avait techniquement pas du tout besoin pour ses projets de conquête. Mais à défaut d'avoir conquis l'univers, il a trouvé des amis. Il partait de l'état de bébé (comme le prouvent les attentions du comte envers lui à la dernière case de la page 56 de Z comme Zorglub), même avant de le devenir mentalement (ci-dessous) à cause de la zorglonde, foudroyé par son propre rayon de la mort. Puis il a grandi, toujours par la zorglonde (page 39 de Panade à Champignac), perdu ses fantasmes enfantins de "maître du monde", ses jouets parfois incontrôlés (des grands jouets pour un grand bébé, de même qu'il aura ensuite des grandes couches et un grand berceau), est devenu adulte, gentil et a perdu ainsi une bonne partie de son intérêt psychologique. Il aura d'ailleurs des enfants, puisque Zorglub junior est issu de sa descendance directe (page 28 du Réveil du Z), au contraire d'Aurélien de Champignac, qui n'est que le "petit neveu" de Pacôme (page 45 de L'horloger de la comète), à la mode puritaine américaine.
(Panade à Champignac, page 10)
Comme il l'avait fait pour Fantasio dans Spirou et les héritiers en créant Zantafio, Franquin a créé le répondant de Champignac en inventant Zorglub. Des méchants qui ont affronté Spirou et Fantasio, il était le plus charismatique, le plus fascinant, le plus attachant. On peut regretter que Franquin n'ait pu mener à bien son projet de seconde jeunesse de Zorglub, et qu'il ait arrêté la série en 1968.
Zorglub était de la trempe d'Olrik et de M. Choc. Il a certes commis quelques crimes, mais comme il est dit dans Quand la ville dort de John Houston : « Le crime n'est qu'une forme dévoyée du génie humain », et génial il l'était.
Les successeurs de Franquin ont créé leurs propres "méchants", mais peu avaient suffisamment d'intérêt pour être utilisés dans plusieurs albums. Fournier avait un groupe, le Triangle, mais il a vite réutilisé Zorglub et Zantafio dans Tora Torapa. Seuls Tome & Janry semblent avoir un contre-héros conçu pour durer : Vito Cortizone, apparu dans Spirou à New-York, et que l'on retrouve dans les trois derniers albums de la série. Cortizone est un personnage plus bouffon que Zorglub, plus malfaisant et moins intelligent, mais très proche de lui dans son humanité.
Zorglub est un personnage qui a de nombreux projets. En deux albums, on peut distinguer plusieurs objectifs, dont le point commun est l'asservissement de la nature :
-+- La nature humaine en premier lieu. Sa démonstration de la "robotisation" des zorglhommes qui rient ou pleurent sur commande à la page 51 de Z comme Zorglub montre la volonté de Zorglub d'affranchir l'homme de sa condition, de sa "sujétion du matériel humain aux impératifs de la nature" (page 50), pour autant que ce soit à son unique profit…
-+- La nature proprement dite. Ses constructions le nécessitent, en particulier le site palombien qui se trouve en pleine forêt à 120 km de la ville la plus proche. On ne peut s'empêcher de faire le rapprochement avec Brasilia, la capitale brésilienne artificielle créée au milieu de l'Amazonie en 1957. Son premier projet à l'université visait déjà le changement des lois de la nature : rapprocher la Lune de la Terre (Z comme Zorglub, page 17).
Cependant, tous ses projets seront contrariés : la nature incarnée par les champignons du comte reprendra ses droits en détruisant les constructions de Zorglub (ci-dessous).
(L'ombre du Z, page 63)
Zorglub est aussi un rebelle. Il n'accepte pas plus de se soumettre à l'autorité en place qu'à la nature. La statue du maire en majesté est qualifiée d'« objet ridicule » (page 28 de L'ombre du Z) avant d'être décapitée comme un aristocrate par une guillotine. Il se moque des militaires et proteste contre les impôts : « En général, je paye ce que je prends, mais jamais aux militaires : j'estime avoir payé assez d'impôts… » (page 38 du même album). Et indirectement, il participe au projet de révolution zantiste en Palombie.
(Z comme Zorglub, page 18)
Cependant, il ne cherche pas à instaurer un nouveau système politique. En fait, Zorglub est assez confus dans ses envies de puissance. À l'origine, il semble vouloir devenir le maître du monde avec l'aide de Champignac : « Zorglub t'attend ! Les zorglhommes sont en marche ! Viens avec eux vers la gloire ! Sous le signe du Z, que l'intelligence vienne au génie. » (Z comme Zorglub, page 15). Le monde ne lui suffit plus, il prétend dominer l'univers entier (ci-dessous).
Cette croyance en son omnipotence se remarque également à la fin de Z comme Zorglub. Même en pleine crise de déprime, il essaye de commander au "créateur", Franquin, en lui expliquant la marche à suivre pour conclure l'album (ci-dessous).
(Z comme Zorglub, page 61)
Ce n'est en tout cas pas ce projet de Zorglub, dominer le monde, qui restera dans l'histoire. Certes, Tome et Janry le présentent comme le « dictateur électronique » (page de garde du Réveil du Z), expression tirée de la page 31 de Z comme Zorglub, où ce dernier précise en outre qu'il pourrait demain asservir la Terre entière, s'il ne trouvait ce globe trop minuscule pour l'envergure de son génie… Mais Zorglub a d'autres projets.
En effet, à la fin de Z comme Zorglub, il réalise son véritable objectif, ce qu'il appelle son chef-d'œuvre : faire de la publicité sur la Lune. Et dans L'ombre du Z, il utilise la zorglonde comme le degré ultime de la publicité et de la persuasion du consommateur. En fait, l'empire que Zorglub voudrait fonder est un empire commercial : on le voit développer la marque Z, qui orne les semelles de ses chaussures ou encore des dentifrices et des savons (pourquoi du dentifrice et du savon ?). Cependant, son chef-d'œuvre (ci-dessous) est au profit de Coca-Cola (pourquoi Coca-Cola ?).
(Z comme Zorglub, page 61)
Zorglub (donc Franquin) est en avance sur son temps et a compris l'importance de la publicité dès la fin des années 50. Elle lui permet à la fois d'utiliser l'ensemble de ses connaissances techniques et de se mettre en avant. Zorglub est un peu le Séguéla des années 60, mégalomane aux projets publicitaires gigantesques.
Le maître-mot est ici communication, et ceci reste cohérent avec les méthodes totalitaires, nazies par exemple, fondées sur la maîtrise des médias. Faut-il opérer un rapprochement tentant, confondant publicité et société de consommation avec une certaine forme de dictature des esprits ? Serions-nous zorglhommisés par le matraquage publicitaire ?
Mais Zorglub subit l'échec sur toute la ligne :
-+- L'emploi de la zorglonde est reconnu dangereux, même en matière publicitaire. Cette concurrence est déloyale et Zorglub ne se rend pas compte du fait que ses effets sont nuisibles (L'ombre du Z, page 62).
-+- La publicité sur la Lune sera certes un exploit technique, mais aussi un échec publicitaire, le nom de la marque étant écrit en zorglangue.
Finalement, Zorglub n'aura pas réalisé ses projets. En contrepartie, à la fin de Panade à Champignac, il n'est plus seul. Pendant des années, certainement, il ne fut entouré que de ses zorglhommes sans personnalité, des robots à sa botte. Il déclare d'ailleurs, certainement pour s'en persuader lui-même : « Zorglub n'a besoin de personne ! » (Z comme Zorglub, page 23). C'est certainement parce qu'il ne pouvait plus le supporter qu'il est allé trouver de Champignac, le seul ami qu'il ait jamais eu, et dont il n'avait techniquement pas du tout besoin pour ses projets de conquête. Mais à défaut d'avoir conquis l'univers, il a trouvé des amis. Il partait de l'état de bébé (comme le prouvent les attentions du comte envers lui à la dernière case de la page 56 de Z comme Zorglub), même avant de le devenir mentalement (ci-dessous) à cause de la zorglonde, foudroyé par son propre rayon de la mort. Puis il a grandi, toujours par la zorglonde (page 39 de Panade à Champignac), perdu ses fantasmes enfantins de "maître du monde", ses jouets parfois incontrôlés (des grands jouets pour un grand bébé, de même qu'il aura ensuite des grandes couches et un grand berceau), est devenu adulte, gentil et a perdu ainsi une bonne partie de son intérêt psychologique. Il aura d'ailleurs des enfants, puisque Zorglub junior est issu de sa descendance directe (page 28 du Réveil du Z), au contraire d'Aurélien de Champignac, qui n'est que le "petit neveu" de Pacôme (page 45 de L'horloger de la comète), à la mode puritaine américaine.
(Panade à Champignac, page 10)
Comme il l'avait fait pour Fantasio dans Spirou et les héritiers en créant Zantafio, Franquin a créé le répondant de Champignac en inventant Zorglub. Des méchants qui ont affronté Spirou et Fantasio, il était le plus charismatique, le plus fascinant, le plus attachant. On peut regretter que Franquin n'ait pu mener à bien son projet de seconde jeunesse de Zorglub, et qu'il ait arrêté la série en 1968.
Zorglub était de la trempe d'Olrik et de M. Choc. Il a certes commis quelques crimes, mais comme il est dit dans Quand la ville dort de John Houston : « Le crime n'est qu'une forme dévoyée du génie humain », et génial il l'était.
Les successeurs de Franquin ont créé leurs propres "méchants", mais peu avaient suffisamment d'intérêt pour être utilisés dans plusieurs albums. Fournier avait un groupe, le Triangle, mais il a vite réutilisé Zorglub et Zantafio dans Tora Torapa. Seuls Tome & Janry semblent avoir un contre-héros conçu pour durer : Vito Cortizone, apparu dans Spirou à New-York, et que l'on retrouve dans les trois derniers albums de la série. Cortizone est un personnage plus bouffon que Zorglub, plus malfaisant et moins intelligent, mais très proche de lui dans son humanité.
Par Juho
, le 11 Juin 2006 15:28
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